Il faut une prise de conscience et un engagement

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Alors que la 4ème République se veut une nouvelle ère où les citoyens coupent les ponts avec les mauvaises pratiques pour développer des mentalités positives et constructives, les vieilles habitudes ont toujours la peau dure. S’il est vrai que ces choses prennent du temps pour s’estomper, qui  doit donner le bon exemple ? Gouvernés et gouvernants sont-ils prêts à laisser tomber leurs intérêts égoïstes ? Ce qui est sûr, les courageux ont du pain sur la planche et paient le prix fort. Une décision cruciale pour que l’émergence ne soit pas un vœu pieux.

Sur les ondes de la Radiodiffusion nationale, l’ex-ministre en charge des Finances, Issa Mahamat Abdelmahmout fustige le népotisme, l’affairisme et la médiocrité au sein des régies financières. Ces paroles ont surpris plus d’un Tchadien et manifeste un temps apparemment une velléité de tirer les choses vers le haut. Et puis… Quelques semaines après, il est limogé ! En plus de l’instabilité gouvernementale, les comportements au sein des strates sociales est choquant. Pour le moindre grief, on menace sous des prétextes mesquins comme : « Je suis le fils d’un tel ministre, le cousin d’un tel DG ! Est-ce que tu me connais ? Tu verras ! » Le pardon est, pour plusieurs, un signe de faiblesse. La loi de la jungle s’est imposée en plusieurs endroits, alors que les juridictions compétentes sont là pour dire le droit. En ce 21ème siècle, il y a encore des déclarations comme du genre ‘’Nordiste-Sudiste’’, ‘’chrétien-musulman’’. Même ceux dits intellectuels tiennent ce langage.

Pis, des hommes politiques ayant pion sur rue remuent la fibre régionaliste, religieuse ainsi que les anciennes rengaines guerrières et autres événements fâcheux qu’a connus le pays pour saper le vivre-ensemble. En matière de loi, le Tchad est riche, cependant leur application pose problème, exhibe-t-on en substance à tout bout de champ. Des citoyens emprisonnés à la demande d’une tierce personne sont passés à tabac avant leur jugement. Des gardes à vue ne respectent pas souvent les normes. Une personne qui connaît un accident, bien que fautive, se permet d’appeler son parent haut gradé pour la défendre. Au lieu de chercher le droit, c’est la solidarité aveugle qui prend le dessus. Où va le pays ? Et dire que ces choses se passent dans un Etat de droit dans lequel les hommes manifestent fortement leur foi en Dieu à travers des actes comme les prières quotidiennes, les jeûnes, les pèlerinages, les aumônes et le financement des bâtisses religieuses, etc. !

Un nombrilisme démesuré

La corruption gagne du terrain, de la Fonction publique à l’école en passant par les mosquées et les églises, elle a terni l’image des institutions et des hommes qui les incarnent. Des dossiers qui se traitent par affinité ou selon que l’usager sait mouiller la barbe des agents à tour de bras. Lorsque les institutions publiques et privées sont prises en otage par des clans, tribus, lobbies et autres clubs d’amis, la propension à aller à l’encontre des principes établis est grande, même au sein de l’élite qui doit marquer la différence pour servir de repère. L’appât du gain facile prime sur les considérations humaines et morales au point où chacun fait sa loi sans rendre compte à qui de droit. Tout tourne autour de l’intérêt personnel. A-t-on vraiment besoin de médiatiser à outrance une journée de nettoyage des institutions publiques ? N’a-t-on appris que la propreté chasse la maladie ?

Il est temps de se ressaisir pour se focaliser sur l’essentiel. Les valeurs républicaines, les coutumes et us, les lois, la constitution, l’éthique, la déontologie ne doivent pas servir de faire-valoir. Ils doivent être observés scrupuleusement pour favoriser une vie en société où les potentialités et les richesses sont reconnues et valorisées. Toute société est régie par des règles, un contrat qui garantit sa bonne marche. Il peut arriver qu’une minorité se croie au dessus de ces lois et les foule aux pieds. Pendant un temps, c’était encore admissible ; mais lorsque cette anarchie s’inscrit dans la durée et partout, l’implosion prend corps et tous les acquis s’écroulent comme un château de cartes. Ce genre de communauté est semblable à un édifice dont le fondement est fragile et livré à la merci de la moindre tempête.

Inculquer les valeurs républicaines et morales

Dans la vie, tout est question de mentalité. Le développement, la pauvreté, l’unité, et la liste n’est pas exhaustive, doivent commencer dès le bas âge. L’enfant est une richesse qui appartient à la société. Mais avant qu’il ne devienne un membre actif et utile, il faut lui offrir une éducation de base en phase avec les règles constructives admises par tous. Combien sont ces parents qui prennent la peine d’inculquer à leurs progénitures le respect de la personne humaine, la culture de l’excellence, le respect de l’autre dans sa différence ? Des parents qui se pointent dans les écoles pour négocier le passage en classe supérieure de leurs enfants ! Dans certains quartiers de N’Djaména, l’occupation des carrés est fortement axée sur les appartenances ethniques ou religieuses. Les mariages interreligieux se comptent sur les doigts d’une main. In fine, quelle perception du changement, de l’Etat, de la chose publique, bref du développement ont la plupart des citoyens ? A quel type de société veut-on ressembler ? Se plaire dans les actes de haine et de méchanceté est une grosse erreur. Si les pauvres ne s’aiment pas entre eux et exacerbent les discriminations, comment vont-ils faire aux impérialistes qui font main basse sur leurs richesses?

Les Tchadiens doivent apprendre à laver leur linge sale en famille dans un pacte sacré contre les dérives en rabaissant leur égo. Car, on n’impose pas un changement de mentalité, il se conçoit et se construit. Les anciennes pratiques jugées inutiles doivent faire place aux nouvelles. Le pays se trouve acculé et les ressources ne sont pas exploitées à bon escient. Au regard de ces conséquences, n’est-il pas temps de faire un revirement salutaire et d’engager un éveil de conscience individuel et collectif ? Il y a sûrement des Tchadiens qui ont compris ces choses et ont mal rien qu’en voyant ces dérives. Ils doivent persévérer et ne pas prêter le flanc aux mauvaises habitudes, quelles que soient les frustrations. Ce qui n’est pas du tout facile pour eux mais contribuera un jour à changer la donne. Les intellectuels, les hauts cadres et autres couches sociales conscientes sont appelés à se démarquer pour donner le bon exemple. Les générations futures leur seront tôt ou tard reconnaissantes. Si l’acte vaut mieux que la parole, l’heure est venue vraiment de poser des actes convaincants.

Florent Baïpou

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