Partenaires sociaux et gouvernement se mettent d’accord

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Après l’échec de l’accord du 14 mars dernier ayant  conduit à une grève sèche et  illimitée pendant cinq mois dans le secteur public, un nouvel accord vient d’être entériné entre les regroupements syndicaux et le gouvernement. Ainsi, la grève est suspendue jusqu’à nouvel ordre. C’était au cours d’une rencontre tenue à la présidence de la République le vendredi 26 octobre 2018 sous les auspices du ministre d’Etat, secrétaire général de la présidence de la République, Kalzeubé Payimi Deubet, en présence de plusieurs membres du gouvernement.

Le décor planté, le nouvel accord est lu en français et en arabe. Il est le fruit de plusieurs rencontres entre le gouvernement et la plateforme syndicale revendicative. Eu égard à la situation actuelle, le gouvernement s’engage à consentir 15 % sur la coupe des augmentations générales et spécifiques à compter de janvier 2019, ramenant ainsi le rétablissement des AGS à 65 %. Dans cette optique, un comité paritaire gouvernement-plateforme syndicale revendicative sera mis en place dans un délai n’excédent pas une semaine, après signature du présent protocole d’accord. Ce comité se chargera de l’assainissement du fichier de la solde sur une période n’excédent pas 45 jours. Il sera impliqué dans l’audit des diplômes en collaboration avec le cabinet adjudicataire de ce marché dans un délai raisonnable. Les deux parties souhaitent que l’économie réalisée dans le cadre de ces deux actions soit placée dans un compte séquestre. Elles examineront et apprécieront ensemble le gain obtenu et logé au compte séquestre. Ce qui permettra au gouvernement de prendre conséquemment les mesures idoines d’amélioration des acquis des travailleurs.

L’accord prévoit la mise en place d’un haut comité technique tripartite par un décret pour poursuivre les discussions sur les autres points de revendications de la Plateforme en vue de l’élaboration d’un pacte social pouvant consacrer une paix sociale durable. De son côté, la plateforme syndicale revendicative s’engage à suspendre le grève dès la signature de l’accord. Le gouvernement, pour sa part s’emploiera à obtenir une audience auprès du président de la République après la reprise effective du travail pour un échange constructif afin de permettre à la plateforme de faire le plaidoyer de ses revendications. Pour finir, la Plateforme syndicale revendicative et la confédération libre des travailleurs du Tchad adhèrent à ce protocole d’accord. Ses signataires sont le ministre de la Fonction publique, du Travail et du Dialogue social, Ali Mbodou Mbodoumi, Pour la plateforme, le porte-parole, Barka Michel, le Comité national du dialogue social (CNDS), Ali Abbas Seïtchi, pour la Confédération libre des travailleurs du Tchad (CLTT), Brahim Ben Seïd, et Mahamat Tahir Hassan Gouchoulaye, pour la plateforme syndicale pour le dialogue social (CST-CSTT).

L’assainissement des finances publiques, clé de voûte

A tour de rôle, ils ont exprimé de vive voix leur joie et émis des pistes de solution afin de redresser le pays. Le ministre de la Fonction publique, du Travail et du Dialogue social, Ali Mbodou Mbodoumi, se dit satisfait de ce terrain d’entente trouvé avant de féliciter les principaux facilitateurs et tous ceux qui y ont contribué. Cependant, il appelle à un changement de comportements revendicatifs et de négociation. Le porte-parole de la plateforme, Barka Michel indique de son côté, «qu’en pareille circonstance, les choses vont vite et l’application ne suit pas. Il plaide pour que cette fois-ci tout soit fait pour atteindre un pacte social indispensable à l’instauration d’une paix sociale durable. « Que les dispositions soient prises pour que l’audit des diplômes et le toilettage du fichier de la Solde soient rapidement mis en œuvre car la suite de l’accord en dépend. Gardons espoir et ayons foi en ce protocole pour réussir », relève-t-il. Prenant la parole, le président de la CLTT reconnait martèle que les agents doivent aller quand il le faut et le gouvernement doit les respecter. De l’avis du président de la Plateforme syndicale pour le dialogue social (CST-CSTT), Mahamat Tahir Hassan Gouchoulaye, ce dénouement est un ouf de soulagement pour la population : « La vertu du syndicaliste c’est le dialogue, et ceux qui se parlent finiront un jour par s’entendre. Cet accord permettra à nos enfants d’aller à l’école et à la population d’avoir des soins médicaux. »

De  cette crise sociale qui a secoué le pays, le président du Comité national de dialogue social (CNDS) dit tirer deux leçons : les positions radicales n’arrangent personne, et le durcissement de ton n’avance pas les choses. Il fait observer que le rendement des travailleurs passe par l’amélioration de leurs conditions de travail et de vie. « Dans cette optique, signale-t-il, l’assainissement des finances publiques est incontournable ». Ali Abbas Seïtchi interpelle le gouvernement à mettre les bouchées double pour rendre supportable la masse salariale et à assainir la Fonction publique.

D’abord la parole donnée

Le ministre d’Etat, Kalzeubé Payimi Deubet, après avoir invité l’assistance à acclamer la signature de ce protocole d’accord, exprime sa reconnaissance envers les partenaires qui « ont fait prévaloir l’intérêt des enfants tchadiens privés d’une rentrée scolaire sereine, l’intérêt de la population tchadienne qui n’a pas accès comme il se doit aux soins de santé depuis plusieurs mois faute de praticiens disponibles, l’intérêt des usagers des services publics et l’intérêt du Tchad tout court, qui a connu à travers ces régies et d’autres énormes déperditions ». Il a laissé entendre que désormais le débrayage et la grève sont de mauvais souvenirs. Le ministre voit en cette signature une victoire  à préserver : « Il s’agit là de la victoire du bon sens, d’un sens aigu de responsabilité. Le gouvernement entend maintenir et entretenir le dialogue en tant que vertu cardinale. Tout accord conclu de bonne foi comme celui-ci sera respecté. Apposer une signataire est un acte de responsabilité, la respecter est une marque d’honneur. Ceci est surtout valable quand nous agissons comme mandataires et c’est le peuple tchadien qui sort grandi ». Son discours fini, Kalzeubé Payimi Deubet et l’ensemble des leaders syndicaux, ont levé leurs verres au nom de ce nouvel engagement.

Florent Baïpou

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