Une capitale plongée en permanence dans le noir

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Dans d’autres pays, l’électricité est un bien de consommation banale à laquelle tout les monde a accès comme le pain. Or, au Tchad en général, cette denrée qu’on ne peut dissocier de la vue, est si rare que lorsqu’elle apparaît, les enfants d’une cour d’habitation se mettent à crier « nar dja », c’est-à-dire « l’électricité est arrivée ».

Dimanche 21 octobre 2018, il est 20 h 45 mn, lorsqu’un avion d’une compagnie aérienne ayant pignon sur rue à N’Djaména amorce son atterrissage à l’aéroport international Hassan-Djamous. L’auteur de ces lignes, assis côté hublot, n’en revenait pas de ses yeux : la capitale de son pays ressemble à une bourgade située en pleine forêt tropicale. Pour apercevoir une lueur, il faut être un connaisseur des lieux ; la Place de la nation, l’avenue qui passe devant la présidence de la République et les cinq viaducs ont des lampadaires allumés. Pour tout le reste de la ville, obscurité totale. C’est dire que plusieurs voies et places publiques sont plongées dans des ténèbres indescriptibles. Pourquoi cet état de fait alors qu’au constat, en tout cas pour ceux qui ont la chance de voyager en dehors du pays, notamment chez les voisins soudanais, camerounais et nigérians, même les villages sont électrifiés 24 h/24 ?

Selon des sources concordantes mais non confirmées officiellement, seuls 6 % des ménages tchadiens ont accès à l’énergie électrique, bien que d’autres sources brandissent un pourcentage de 3 %. Ce qui fait que cette denrée qui est basique est un luxe au Tchad. Certes, des investissements colossaux ont été consentis, notamment par l’acquisition des groupes électrogènes assez sophistiqués sur fonds propres de l’Etat ou des partenaires. Mais les résultats laissent toujours à désirer jusque-là. Pour ce qui concerne le cas particulier de N’Djaména, il convient de noter que le paiement des factures dues à la Société nationale d’électricité (SNE) incombe à la mairie centrale ; c’est du moins ce que souffle à L’Info sous couvert d’anonymat une source bien introduite. Or, cette mairie, malgré les énormes recettes mensuelles qu’elle engrange, attend que ce soit l’Etat qui joue ce rôle. Elle a même un service chargé de rendre la ville ‘’lumineuse’’. Malheureusement ; il y a comme une fuite de responsabilité dans ses prérogatives et c’est l’image de cette capitale que les plus hautes autorités voudraient transformer en ‘’vitrine de l’Afrique centrale’’ qui en prend un coup.

Une honte pour une capitale !

Un expatrié qui faisait escale à bord du même avion mentionné ci-haut a interrogé, comme pour enquiquiner son voisin tchadien, en ces termes : « Comment faites-vous pour circuler la nuit dans cette ville ? » Ce constat, le président de la République, Idriss Déby Itno, l’a d’ailleurs fait il n’y a pas longtemps en rappelant le témoignage d’un des ses amis pilotes qui a failli rater l’atterrissage tout simplement parce que la capitale tchadienne est tout le temps plongé dans l’obscurité. Si le slogan lancé par les autorités nationales de faire de la plus grande cité du pays de Toumaï une belle et présentable ville n’est pas suivi d’actions conséquentes, cela ressemblera à un slogan de plus. Les responsables élus, désignés ou nommés pour faire avancer les choses, doivent se ressaisir pour être à la hauteur et relever les immenses défis qui ne sont d’ailleurs pas insurmontables. Il suffit d’un peu de bonne volonté et de bon sens pour que les choses aillent mieux pour redorer l’image de N’Djaména.

Riamian Doumtoloum Ghislain

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