Urbanisation de N’Djamena : redorer l’image de la capitale tchadienne

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une vue aérienne d'un quartier de N'Djamena

N’Djaména, cette grande ville en pleine expansion dont le nom est beau à entendre et chanté de par le monde entier, ne reflète pas l’image d’une cité moderne. Sur ce point, les architectes n’ont rien à redire. Les ressources pour l’embellir sont là, dommage qu’elles sont à la fois moins exploitées et inaccessibles pour la grande majorité de la population. Un véritable manque à gagner pour cette agglomération qui se veut à la fois touristique et plaque tournante de la sous-région Afrique centrale.

En commençant par l’aéroport international Hassan-Djamous jusqu’au centre-ville, un mélange de vieux bâtiments coloniaux se succèdent  pour faire place aux maisons en banco qui, vues d’en haut, ressemblent fort à des termitières. Il faut faire une immersion au cœur des premiers quartiers tels que Djambal Barh, Klémat, Bololo, pour voir apparaître de nouveaux immeubles les uns bien éloignés des autres et la place de la nation, monument mythique qui fait la fierté des N’Djaménois. Difficile de faire le distinguo entre quartiers résidentiels et ceux administratifs ou industriels. Un mélange qui ne facilite pas le suivi des dossiers puisque les services sont souvent distants de plusieurs kilomètres.

Les édifices abritant les différents services sont logés de manière disparate. Dans aucun quartier, les constructions sont harmonisées suivant un plan architectural bien défini, excepté les villas des hôtes et la cité de l’Union africaine. Dans ce désordre accepté, à côté des maisons en poto-poto, s’élèvent sans honte celles en étage, comme si la misère et l’opulence font bon ménage. D’ordinaire, les hommes ne s’en plaignent pas pour autant, mais c’est une pratique qui avilit ou du moins ôte le peu de beauté qui reste à ces vieux quartiers mal lotis. Si le Nord de la capitale brille et est mieux desservi en routes et autres constructions de haut standing, ceux du cotés Est et Sud sont les parents pauvres de l’urbanisme. Cette physionomie est davantage amochée par l’occupation anarchique des  lieux où les espaces verts, ceux de loisirs et les espaces vides non viabilisés sont parsemés dans  les quartiers.

Mauvaise politique de l’habitat et mentalités révolues

Touristique, le Tchad l’est dans son ensemble, sauf que tout est laissé à l’état artisanal voire naturel. La touche artistique et esthétique fait défaut jusque-là. Heureusement que les citoyens, selon leurs moyens, se sont dotés ces dernières années de logements de plus en plus décents mais cela au prix des yeux de la tête. Grâce aux matériaux durables comme les briques cuites ou celles en parpaing, les maisons résistent de mieux en mieux aux inondations qui font chaque année des hécatombes. Les matériaux locaux sont moins exploités et se vendent à un tarif prohibitif, la politique de logements sociaux est une promesse de Gascon. Que dire quand le ciment made in Chad est plus cher que celui des pays voisins comme le Cameroun et le Nigeria ? Quand on sait que les graviers et le sable abondent dans tout le pays et qu’ils se vendent comme des produits importés, où est réellement la volonté de construire la vitrine de le CEMAC. Il est temps de redescendre sur terre et se dire la vérité car la construction d’une cité nécessite un effort de tous, même si l’idée vient des autorités nationales. L’insalubrité caractérisée est cet autre talon d’Achille des N’Djaménois ; des eaux usées déversées sur les voies bitumées, des caniveaux ouverts ou fermés, remplis de détritus de tous genres empêchent l’écoulement des eaux de pluies, etc.

Pour couronner le tout, l’obscurité qui règne pendant les nuits donne à N’Djaména l’allure d’une bourgade abandonnée. C’est à se demander comment les Tchadiens perçoivent le modernisme. Sont-ils réellement préparés pour s’arrimer aux comportements urbains ? Bien des citadins sont attachés aux mentalités rurales telles que la défécation à l’ai libre, les tendances à cracher et jeter les ordures partout sans penser aux conséquences. Dans cette situation qui n’honore personne, architectes, ingénieurs, urbanistes et agents d’assainissement ne sont pas moins indexés que la population.

Florent Baïpou

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