Blanchisserie traditionnelle : une activité informelle mais à encadrer

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Des blanchisseurs traditionnels au bord du fleuve Chari/ Ph ATPE

Les étrangers et les autochtones de la capitale ont pris le goût de la blanchisserie traditionnelle. Ils s’adonnent de plus en plus à cette activité pour gagner leur pain en lavant les linges sales d’innombrables familles à la main souvent au bord du fleuve. Mais cette activité comporte des risques variés.

Sollicités par presque toutes les catégories sociales, ces blanchisseurs sont venus pour la plupart des pays comme le Burkina Faso, le Niger, le Nigeria ou le Tchad. Au bord des deux fleuves qui longent N’Djaména, ils triment pour gagner leur pain quotidien en s’échinant sur leurs nattes et récipients pour rincer les habits. Quelques femmes parmi eux portent au dos leur bébé dont de temps en temps les pleurs fusent dans la chaleur étouffante qui submerge l’entourage. Ces infatigables femmes chantent plus fort afin de couvrir les plaintes de leurs enfants. Diabaté Brahim Mahamat, la trentaine révolue, vient du Burkina Faso. Il est blanchisseur à N’Djaména depuis les événements douloureux des 2 et 3 février 2008. Chaque matinée, de très bonne heure, il collecte les linges sales de maison en maison dans différents quartiers. Il rejoint ensuite ses collègues au bord du fleuve. « C’est depuis 10 ansque je pratique cette activité. J’en tire des bénéfices substantiels », déclare-t-il. Il renseigne laver à 250 F CFA un complet sans repassage.  

Saleh Aboubacar, lui, totalise 25 ans à N’Djaména. Il dit avoir débuté par nécessité de survie mais a fini par en faire son activité principale. Il témoigne que c’est fatigant de consacrer sa journée sous le soleil accablant à la lessive. Quant à la blanchisseuse Balakissa Ali, elle affirme que laver des habits contre l’argent n’est vraiment pas bénéfique. Pourtant, elle informe gagner entre 2500 F CFA et 3000 F CFA voire 5000 F CFA par jour. Elle déplore néanmoins le comportement de certains clients. « Beaucoup ne paient qu’une partie du tarif convenu. D’autres nous menacent quand nous passons de temps en temps le leur demander », relève-t-elle. A ce souci s’ajoute la perte des vêtements. Plusieurs vêtements subissent ce sort par confusion au ramassage et à la remise aux propriétaires. Elle précise que quelques clients compréhensifs tolèrent ces pertes, mais d’autres exigent le remboursement. « Dieu merci, je n’ai pas encore rencontré ce problème », se réjouit-elle.

Un service apprécié de diverses manières                                                                               

Adamou  Djo Henri, licencié en génie hydraulique est content de ces blanchisseurs : « Je les félicite parce qu’ils nous rendent beaucoup services. Mais le mauvais côté est que l’eau du fleuve est tellement sale », relativise t-il. Et d’ajouter qu’elle contient de nombreux microbes. Le jeune licencié déplore la manière dont ils composent le savon pour en faire une grosse boule. Cette composition détruit et change la couleur de l’habit. Quant au responsable de l’Hygiène et Assainissement du district sanitaire de N’Djaména-Nord, Saleh Tadjadine, il trouve dangereuse cette activité. « Le contact permanent avec de l’eau souillée peut causer de sérieux problèmes de santé. Il y a les maladies comme le ver de Guinée, les maladies dermiques, les démangeaisons, etc. ». Bien que la blanchisserie traditionnelle soit sollicitée par de nombreuses personnes, ses conséquences sont énormes. Il serait important de sensibiliser ses praticiens afin de pouvoir par exemple laver les habits à domicile avec de l’eau de robinet  pour réduire les risques.

Djobvouna Urbain, stagiaire

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