Migration féminine : Il faut mettre fin aux stigmatisations

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Les migrantes à leur triste sort

En Afrique, les hommes ont longtemps été perçus comme les seuls acteurs de la migration internationale. Mais depuis quelques années, les femmes également participent activement aux mouvements migratoires dans le but d’améliorer leurs moyens d’existence comme le font les hommes. Celles-ci, tentées par l’aventure, seules ou aux côtés de leurs maris, vont désormais à la recherche d’un mieux-vivre.

« La migration porte un visage humain, et c’est celui d’une femme », dit Babatunde Osotimehin, ancien secrétaire exécutif du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA). La féminisation de la migration n’est donc plus une simple tendance. Apparue au début des années 1990, elle est devenue une réalité croissante en Afrique. La conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) rapporte qu’en 2017, les femmes étaient 11,5 millions à migrer à l’intérieur du continent, contre 6,9 millions en 2000.

Les migrations féminines ne constituent pas un phénomène nouveau, les femmes ont longtemps été ignorées des recherches sur les questions liées à la migration, la plupart des études actuelles sont également limitées par une approche de la féminisation des migrations mesurée dans les pays de destination. Les femmes jouent un rôle croissant dans toutes les régions et dans tous les types de migrations. Cette  féminisation est non seulement marquée par le fait  que les femmes se déplacent plus, mais aussi qu’elles voyagent en tant que migrantes autonomes et indépendantes.  Les femmes représentent aujourd’hui 48,8 % des plus de 258 millions des migrants dans le monde. Leur nombre dépasse même celui des hommes dans les pays développés où elles constituent 51,5 % de la population migratoire, contre 45,6 % dans les pays en voie de développement.

Les prémices de la crise migratoire la plus aigüe vécue par le continent font voir des milliers de filles et de femmes prendre le chemin de certains pays d’Afrique et  d’Europe pour échapper aux guerres ou confits, aux mouvements terroristes n’ayant d’autres fins que leur cruauté, mais aussi aux viols comme arme de guerre. Elles sont exposées à des risques. La femme migrante est doublement déconsidérée auprès de ses proches et envers elle-même, la seule issue pour survivre est la prostitution. Elles étaient également issues des zones précaires et n’avaient aucune expérience migratoire antérieure.

Les rapports de genre mis à mal

Beaucoup d’entre elles migrent indépendamment pour trouver du travail et non pour accompagner leurs maris ou les rejoindre à l’étranger en tant que membre dépendant de la famille. La féminisation de la migration remonte à une vingtaine d’années et affecte toutes les régions du monde entier. Elle demeure encore méconnue et peu analysée. Si la migration féminine peut se révéler émancipatrice pour les femmes et modifier positivement les rapports de genre, la migration induit aussi des situations d’exploitation et d’inégalité vis-à-vis des femmes migrantes. La question de la place des femmes dans les sociétés, dépasse largement les contextes migratoires.

L’Union africaine (UA), dans son « cadre politique migratoire », relève que les femmes ne sont souvent pas incluses dans les systèmes financiers formels en raison de l’analphabétisme financier et n’ont pas accès aux avantages et à la sécurité de ces instituions financières. Aussi, l’UA place-t-elle au cœur de ses objectifs stratégiques l’importance d’empêcher « l’exploitation des femmes et des filles conformément au droit international, aux normes et principes des droits humains, et reconnaissant le risque accru de la traite des femmes et des filles en raison des facteurs économiques, des contextes de conflit et post-conflit et des catastrophes naturelles, surtout lorsqu’elles n’ont pas de documents d’identité ».

Les migrantes sont jeunes, certaines sont en âge de procréer. Selon les pays membres de l’UA, il faut promouvoir l’égalité des chances et la protection des droits des femmes migrantes, en faisant en sorte  que les politiques et les pratiques en matière de migration du travail soient sexospécifiques et non-discriminatoires, en tenant compte de la féminisation croissante de la migration. Les femmes migrantes subissent la violation de leurs droits. Elles subissent également des violences sexuelles de tout genre et des viols si elles sont en situation irrégulière et vulnérables ainsi que la discrimination raciale.

Bintou Kachallah Kasser

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