Système éducatif : l’enseignant, au cœur de la réussite

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Un enseignant devant ses élèves dans une salle de classe/ Ph ATPE

L’enseignant est une personne qui est chargée de transmettre des connaissances ou méthodes de raisonnement à autrui dans le cadre d’une formation générale ou spécifique dans une matière, un domaine ou une discipline scolaire. Etant le deuxième éducateur après les parents, cet acteur était jadis respecté des parents et des élèves. Force est de constater que les temps ont changé. Les élèves ne respectent plus les enseignants et, pire, certains parents se mettent systématiquement du côté de leurs enfants. Conséquence, l’école tchadienne est en décrépitude avancée.

Depuis la nuit des temps, l’on accorde une place prépondérante à l’enseignant dans la société, car celui-ci est considéré comme l’axe central qui fait des hommes des bons citoyens de demain. Ce dernier mérite respect, considération et encouragement dans l’exercice de son métier. L’on a tendance à dire que la profession d’enseignement est un métier noble et ingrat, car ceux que l’on enseigne aujourd’hui peuvent devenir les chefs demain. Lorsque l’on parle de l’enseignant, l’on a automatiquement l’image d’un érudit, d’un intellectuel, d’un connaisseur, d’un chercheur, etc.

L’enseignant est un pédagogue qui connaît les méthodes et les pratiques d’enseignement requises pour transmettre des compétences, c’est-à-dire un savoir, un savoir- faire et un savoir être.  Celui-ci doit se cultiver, s’informer,  aimer son métier, ses élèves, se respecter et se faire respecter par les apprenants.  Nul ne peut dire qu’il n’a été le fruit de l’enseignant s’il sait lire et écrire. Beaucoup se souviennent encore de cette époque où les parents conduisent leurs progénitures vers les enseignants pour les corriger. La tendance aujourd’hui, selon les plaintes et témoignages, semble inversée. Pour des petites punitions en cas de faute, les parents alertés descendent pour s’en prendre à l’enseignant.

Vocation ou appât du gain facile ?

Ce métier est généralement choisi par vocation, par amour de partager la connaissance et d’éduquer, et non par intérêts ni par ambition parce qu’il est un métier qui fait appel au sérieux, au savoir-faire, à l’intelligence et au sacrifice. Mais force est de constater qu’il est devenu un gagne-pain, une issue  pour ceux qui ont échoué ailleurs,  et  n’ayant pas le profil requis et qui veulent gagner facilement leur vie. Il suffit qu’une personne sache un peu lire et écrire pour être un enseignant. Que peut-elle vraiment enseigner aux autres et avec quelle pédagogie ? En outre, à cause du dévoiement de certains constaté dans ce métier, l’on pointe un doigt accusateur sur tous les enseignants. Ne dit-on pas qu’une tomate pourrie fait pourrir toutes les autres dans le panier ?

Beaucoup exercent ce métier comme un gagne-pain et non par conviction. Ce sont les enseignants eux-mêmes qui étalent leurs faiblesses devant les élèves au point où ces derniers ne les respectent plus. Pour combler ce vide et ses lacunes, l’enseignant se voit obliger de tisser un lien  d’amitié avec ses élèves. Ce système le rabaisse dans l’exercice de sa fonction. Au  lieu que ce soit l’élève qui respecte son enseignant, c’est plutôt le contraire. Quand les deux se retrouvent quelque part, ils se tapotent et se taquinent. Même en classe, l’élève oublie que celui-ci est son éducateur et s’adresse à lui  comme à un ami ou un subalterne. Quelques fois, il l’insulte, voire lève la main sur lui. Pourtant, auparavant, lorsqu’un élève rencontrait son enseignant dans un endroit quelconque, soit il se cachait, soit il quittait immédiatement les lieux.

En faisant un tour dans les établissements scolaires, la remarque est qu’il n’existe aucune culture de respect des uns envers les autres. Dans certains établissements, des comportements inciviques sont observés. Des élèves peuvent décider de suivre les cours ou pas, l’administration de l’école n’a aucun pouvoir sur eux. L’enseignant est relégué au second rang par les parents, les élèves, voire la société toute entière. S’il s’avère que l’enseignant est traité comme un moins-que-rien maintenant, qui en est le responsable ? Qu’est ce qui est à l’origine de ce changement ? Les enseignants sont-ils prêts à payer le prix pour refaire leur image ternie ?

Responsabilité parentale largement engagée

Un autre obstacle à l’échec de l’encadrement des élèves à l’école, les parents. Ceux-ci ne se soucient plus du devenir de leurs enfants. Certains n’ont plus le temps matériel pour encadrer leur progéniture. Ils ne cherchent pas à  savoir quel genre d’enseignement ils reçoivent. Ils ne prennent même pas la peine de vérifier le cahier, l’emploi du temps pour se rassurer si l’enfant est régulier en classe et est à jour dans ses cours ou s’il fait ses exercices à la maison. A la fin des trimestres, ils ne viennent pas retirer les bulletins, ne se rapprochent jamais de l’enseignant quand tout va bien, mais ne viennent vers lui que quand l’enfant a échoué à son examen ou redouble sa classe. A ce stade, ils cherchent à voir l’enseignant pour négocier le passage en classe supérieure…

Nombre de parents ne savent même pas dans quel établissement fréquentent leurs enfants. Les plus grands ennemis des études sont la télévision et les réseaux sociaux. Une majorité de  parents laissent les enfants devant la télévision toute la journée, parfois toute la nuit. Le matin, l’enfant se réveille tout fatigué, et une fois en classe, il ne fait que somnoler ou dormir. Certains élèves communiquent à travers les réseaux sociaux et n’ont les yeux que sur leur téléphone au point d’oublier qu’ils sont en classe. Une fois à la maison, au lieu de réviser les cours ou traiter leurs exercices, ils sont toujours sur les réseaux sociaux. Ceci les amène à construire des phrases incomplètes et abrégées qui rabaissent de plus en plus leur niveau. Malheureusement, ce sont les enseignants qui sont accusés. « Ne restez pas les bras croisés pour crier baisse de niveau. Combattez le mal à la racine pour redonner un nouveau visage à l’école tchadienne », lance un enseignant, qui garde encore espoir, sous couvert de l’anonymat.

Modjimadi Djimas Justine

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