Autonomisation de la femme tchadienne : lutter sans considération des classes sociales

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Les femmes lors d'un défilé de la JIF/Ph Archives/ATPE

La date du 8 mars, Journée internationale de la femme (JIF), est une journée célébrée de par le monde par les femmes pour se rappeler la lutte que certaines ont mené pour arracher leurs droits. Elle tire son origine de la lutte des ouvrières américaines pour des meilleures conditions de travail au 20ème. Au Tchad, les festivités s’étendent, depuis 1989, sur une semaine de manifestations, d’où le nom de Semaine nationale de la femme tchadienne (SENAFET). Cependant, cette célébration continue de faire  l’objet de controverses. L’on se pose la question de savoir si la célébration de cette Journée est devenue une chasse gardée pour certaines se disant leaders ou cadres.

Au lieu tergiverser sur la composition du comité d’organisation qui se fait souvent par affinités et qui frustre certaines femmes, la gestion des fonds et du matériel ne se fait jamais dans la transparence. Là où le bât blesse, la gestion des pagnes dans les ministères  et le partage du gâteau après le défilé sont toujours  sujets de discorde. Il faut aussi signaler au passage que l’organisation des festivités ne se résume qu’au niveau des femmes travailleuses, des intellectuelles, bref des leaders ; la ménagère est princièrement ignorée. Ne cernant pas bien la portée de cette fête, ‘’les cheffes de file’’ autoproclamées de toutes sortes se livrent à des libertinages tels que s’enivrer, déserter le domicile conjugal laissant les enfants à leur triste sort, s’amouracher avec d’autres hommes, etc. Beaucoup de femmes pensent que ce jour-là, c’est l’homme qui doit accomplir tous les travaux domestiques.  

Certaines organisations féminines ayant pour vocation d’être la voix des femmes dites vulnérables, font  ombrage aux autres qui constituent la grande majorité. Cela qui crée un mécontentement préjudiciable.  Au lieu de s’attarder sur des futilités,  elles doivent plutôt s’unir pour réfléchir sur les voies et moyens de transformer les opportunités qui se présentent à elles pour un meilleur avenir.  Il faut mener  des actions concrètes pour asseoir leur dignité et arracher leurs droits. Cela doit passer par le travail et l’affirmation de soi en tant qu’actrice et artisane de leur vie. Si l’on est en train de lutter pour l’égalité de genre alors que parmi celles qui luttent il existe encore l’inégalité et la discrimination, comment ce combat peut-il aboutir ? La gent féminine doit franchir la barrière des préjugés, de citadine ou villageoise, de l’instruite ou de non instruite, de fonctionnaire ou de la ménagère pour se souder et lutter main dans la main pour leur totale autonomisation.

Maintenir la lutte dans la durée

La femme tchadienne, il faut le reconnaître, joue un rôle non négligeable dans le développement socioéconomique. La célébration de la SENAFET devrait être l’occasion pour elle de faire un bilan sur la situation économique que traverse le pays et chercher des solutions pour s’en sortir. Le gouvernement a certes ratifié plusieurs conventions accordant aux femmes l’exercice de leurs droits fondamentaux, mais le hic est que la majorité des Tchadiennes n’a pas vraiment saisi la portée de cet engagement. Il ne faut pas attendre la Journée internationale de la femme pour formuler des chapelets de revendications à l’endroit des plus hautes autorités, mais savoir se tenir la main, s’entraider pour y arriver. La femme leader a l’obligation de tenir la main de la ménagère pour l’aider à s’affirmer. Nommée à une instance de responsabilité, elle doit penser à hisser les autres à des niveaux honorables et les  former.

Pour maintenir le cap, les Tchadiennes doivent d’abord s’unir et se mettre dans la tête que chaque jour de la vie est une JIF ; la lutte pour l’autonomisation doit donc être le cheval de bataille pour chacune. Et vu le contexte socioéconomique actuel difficile pour le pays, puisse la célébration de 2019 se passer dans l’unité, la réflexion et la sérénité afin d’aider la femme tchadienne à  sortir la tête de l’eau !

Modjimadi Djimas Justine

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