Média : les règles du métier à l’épreuve du terrorisme

0
204
Photo de famille des officiels (assis) et des participants / Ph. Macka / ATPE

Face au terrorisme, les médias doivent fournir une information claire et objective. Pour ce faire, il a été organisé un atelier multi-pays qui regroupe le Cameroun, le Nigeria et le Tchad qui depuis quelques années n’échappent pas à cette violence. A cet effet, l’Union de la presse francophone (Upf) en partenariat avec l’Unesco ont organisé du 31 janvier au 1erfévrier à Yaoundé, un atelier de formation financé par le gouvernement Canadien à travers le Programme international pour le développement de la communication (Pidc) de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco), pour former une presse crédible qui se construit avec des professionnels de qualité aux pratiques évolutives et aux enjeux  mouvants d’un métier qui, plus que d’autres, est le miroir du citoyen.

L’hôtel Djeuga Palace de Yaoundé a abrité le jeudi 31 janvier les travaux de l’Union de la presse francophone placés sous le thème : « Amélioration des capacités des médias sur la couverture des événements liés au terrorisme et à l’extrémisme violent ». Axé sur ce thème comment le journaliste doit se prendre pour informer son public et ne pas tomber dans la désinformation, ces assises de formation ont mis l’accent sur des questions spécifiques dans la couverture des informations actuelles et la stimulation de l’auto-réflexion, mais aussi de favoriser une conversation plus approfondie sur la nécessité d’éviter le sensationnalisme tout en maintenant l’accès à l’information pour laquelle les médias sont si critiqués. La formulation des reportages par l’attaque, l’importance du choix des mots,  la recherche de la vérité, les principes éthiques du journalisme, la responsabilité du journaliste d’informer, la difficulté d’avoir une source fiable, éviter l’amalgame ainsi que l’après attentat, etc. sont au nombre dessous-thèmes abordés lors de cet atelier de formation.

Éviter de faire l’apologie du terrorisme

« L’objectif des groupes terroristes est de répandre la peur dans les sociétés, empêcher les gens  de vivre une vie normale et, dans certains cas, provoquer un contrecoup politique et social de manière à servir leurs propres intérêts », explique Mme Evelyne Owona Essomba, vice-présidente de l’Upf-Cameroun. Elle ajoute que dans ce contexte, il devient nécessaire de travailler avec les médias afin de mieux faire connaître la difficulté qui existe dans le maintien de l’équilibre de l’information. «Nous vivons une époque troublée et complexe. Notre monde est anxieux, schizophrène, épileptique et anthropophage. Des troubles contagieux, devenus endémiques et ne connaissent pas de frontières. Les grosses poussées de fièvre n’épargne aucun état. Et, il y a longtemps déjà que la menace est aux portes de nos maisons et obscurcissent  nos horizons. Le terrorisme, ce mal du 21ème siècle, et ses corolaires : l’intolérance, le rejet de la différence et l’extrémisme violent se banalisent. Une bombe qui explose là, une attaque de masse ici, ne sont plus finalement que des faits de routine dans nos rédactions » a-t-elle analysé. Que nous le voulions ou pas, les journalistes se laissent prendre dans une spirale qui s’avère contre-productive pour l’équilibre de l’information. Parfois de manière inconsciente, les journalistes diffusent les violences à travers leurs reportages, ils cristallisent les stigmates, nourrissent les peurs, exacerbent les clivages et même parfois légitimes la terreur comme moyen d’expression. Cette formation consiste à mieux outiller avec des concepts clés, les journalistes afin d’aborder ce sujet complexe, a-t-elle lancé. Elle devrait proposer une boite à outil de « DoandDon’t » adaptée à un discours nouveau ».

S’agissant du déséquilibre de couverture médiatique et pour mieux aborder le sujet lié au terrorisme, les médias doivent corriger les disproportions et les déséquilibres pour s’assurer qu’ils ne contribuent pas par inadvertance à la stigmatisation des groupes, à l’exacerbation des divisions et à l’encouragement des peurs irrationnelles et de haine à travers des reportages sur le terrorisme. D’où la nécessité des questions soulevées par les professionnels des médias dans le cas d’un attentat et dans l’urgence de vouloir faire son travail, le journaliste  se doit pour ne pas avoir une disjonction entre les faits et leur couverture médiatique.

Le respect de l’éthique en premier lieu

Pour le représentant résident de l’Unesco à Yaoundé, Salah Khaled, cet atelier vise principalement à « définir un cadre de couverture professionnel sur les sujets se rapportant au terrorisme sans sensationnalisme ni stigmatisation. Il souligne également la forte responsabilité des médias afin d’assurer que le public soit informé de ces événements et rappelle que la liberté du journaliste de rapporter l’information est fondamentale pour le fonctionnement d’une démocratie saine. Il soulève également à ce sujet que l’Unesco a élaboré un manuel adressé aux journalistes intitulé « les médias face au terrorisme », qui traite de l’importance de les engager dans une discussion ouverte, tout en abordant les conséquences politiques et sociales potentielles de la couverture d’un sujet aussi délicat, qui peut entrainer des réactions violentes, ainsi que la stigmatisation de groupes vulnérables.  

Dans de telles circonstances, le journaliste doit éviter d’aller vers le scoop. Ce n’est pas la course vers l’information mais la course vers la vérité qui prime.  Car le problème majeur qui se pose n’est pas le professionnalisme, mais plutôt le respect de l’éthique et de la déontologie. Il est aussi important de s’en tenir au communiqué officiel.

Macka Abdraman Hamdan de retour de Yaoundé

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here