Mutilations génitales féminines : « Plus jamais ça d’ici 2030 »

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La présidente du comité interafricain / Ph. Blaise / ATPE

A l’occasion de la 15ème Journée internationale tolérance zéro aux mutilations génitales féminines, la présidente du comité interafricain de la lutte contre les mutilations génitales féminines (CIAF-Tchad), Djimtébaye Sali-Gadja, a fait une déclaration placée sous le thème « Traduire les décisions politiques en action pour accélérer l’atteinte de la tolérance zéro aux MGF d’ici 2030 ». C’était le 5 février 2019 au bureau dudit comité. Déclaration faisant état des lieux de la situation alarmante des mutilations génitales avant de lancer un appel pathétique pour la lutte contre cette pratique. Les activités liées à cette journée se poursuivront jusqu’au 10 février.

Les mutilations génitales féminines représentent un réel handicap à la réalisation des objectifs du développement durable d’où leur élimination constitue un véritable défi à relever à l’échèle nationale, régionale et internationale a déclaré la présidente du comité interafricain de la lutte contre les mutilations génitales féminines. Le CIAF-Tchad avec l’appui des ministères de l’Action sociale et de la Santé ainsi que ses partenaires au développement à savoir UNFPA et  SWISSAID ont mené des actions allant dans le cadre de la lutte contre cette pratique, dont la dernière en cours dans les régions du Mandoul et le Moyen Chari, a-t-elle informé. Pour elle, ces actions consistent à impliquer les autorités traditionnelles et religieuses dans la lutte contre l’excision, former et encadrer les jeunes sur les effets néfastes de l’excision, créer des clubs des jeunes filles et garçons dans les établissements scolaires afin de sensibiliser les élèves sur les effets néfastes de l’excision.

Les actions entreprises pour la lutte contre l’excision ont effectivement porté fruits a-t-elle ajouté.   Plusieurs centaines de jeunes  filles et garçons agissent maintenant contre la stigmatisation et l’exclusion des femmes non excisées, des filles organisent des séances de sensibilisation à l’intention de leurs pairs, et des jeunes filles candidates à l’excision ont fui leurs familles pour rejoindre le centre Bethelpia à Sarh. « Mais ces résultats satisfaisants obtenus ne doivent pas nous amener à dormir tranquillement sur nos oreillers. Car, nous avons conscience que des poches des résistances existent dans presque toutes les régions du pays  ou l’excision se pratique », a-t-elle insisté.

Combattre l’ignorance

En dépit des efforts consentis par le gouvernement et ses partenaires, les pratiques persistent et affectent dangereusement la santé et les droits des femmes et des enfants. Elle a fait comprendre que la persistance s’explique par plusieurs facteurs notamment l’ignorance, les considérations culturelles, les mauvaises interprétations des textes religieux et les méconnaissances des textes et leur non application. « Selon l’enquête démographique sanitaire (EDS) à multiples indicateurs de 2014-2015, près de deux femmes sur cinq soit un taux de 38% très inégalement répartis entre les provinces du Tchad. Ce taux varie en fonction de la religion et surtout du niveau d’instruction et du milieu de résidence », a-t-elle expliqué.  Depuis l’agenda commun adopté en 2003 à Addis-Abeba en Ethiopie a-t-elle rappelé, le CIAF-Tchad a réalisé plusieurs projets avec l’appui du gouvernement et ses partenaires au développement.  Pour mettre fin à cette pratique a-t-elle justifié, la volonté politique du gouvernement s’est traduite par des textes à savoir la loi 006 de 2002 portant promotion de la santé de la reproduction et la loi 001 de 2007 portant code pénal et la validation de la feuille de route pour l’accélération de l’élimination des MGF au Tchad d’où la nécessité de traduire les décisions en actions politiques afin d’éradiquer cette pratique à l’horizon 2030.

La 15ème  Journée internationale ‘’tolérance zéro aux mutilations génitales féminines’’ a pour objectif d’attirer l’attention de la communauté nationale et internationale sur la persistance de cette pratique afin d’amener les différents acteurs à s’impliquer effectivement dans la lutte pour l’éradication de l’excision au Tchad a-t-elle plaidé. « Il y a nécessité de fédérer nos efforts par une synergie d’action agissante pour amener les différents acteurs à s’impliquer activement dans la lutte pour l’éradication de l’excision dont l’issue serait l’abandon total de la pratique » a-t-elle renforcé. Elle a émis le vœu de voir le gouvernement tchadien et ses partenaires techniques et financiers, les Hommes de bonne volonté et les différentes organisations de la société civile d’œuvrer pour l’éradication des MGF. Car, selon elle, l’excision pose un problème de santé à cause de ses conséquences et séquelles dont de nombreuses filles et femmes souffrent en silence. L’excision est également une question de droits, a-t-elle conclu, en disant « plus jamais ça en 2030 ».

Blaise Djimadoum Ngarngoune

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