Garde des engins: un service facultatif ou obligatoire ?

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Un parking de moto / Ph. Haltebaye / ATPE

Mettre son engin à l’abri des voleurs qui écument les lieux publics moyennant quelques pièces d’argent est normal si cela vient du bon vouloir du propriétaire dudit engin. Cependant, lorsque l’on vous force la main à solliciter ce service, il y a matière à réflexion.

Au Tchad, faut-il le rappeler, l’initiative de la garde des engins est venue de l’association des diplômés sans emploi. Ceux-ci se déploient à travers les édifices publics pour veiller à la sécurité des engins des usagers. Ce, moyennant le déboursement d’une somme de 100 Fcfa, bien marqué sur les tickets aussi bien conçus.  Les fonds collectés permettent à l’association de fonctionner et, de dédommager, en cas de vol d’engin le propriétaire dudit engin. A cette période, la demande de ce service est facultative. L’usager peut garer son engin où il veut, pourvu qu’il n’obstrue pas le passage. De nos jours, il est apparu des nouveaux acteurs dans le gardiennage des engins dans les édifices publics. On les rencontre devant les hôpitaux, banques, ministères, entre autres.

Ils sont constitués des agents de la Gendarmerie nationale, de la Garde nationale et nomade (Gnnt) ainsi que des agents privés de sécurité (Aps), affectés par leurs services respectifs pour veiller à la sécurité des personnes et de leurs biens dans ces différentes institutions. Ce qui est un acte louable en ce temps de crise sécuritaire où les bandits foisonnent dans les lieux publics. Mais là où le bât blesse, c’est que la propension marginale de ces agents à forcer les usagers de ces lieux publics à mettre leurs engins sous leur protection est trop élevée. Ce service, en réalité facultatif est rendu obligatoire à travers la pratique quotidienne agressive de ces agents. Comme si cela ne suffisait pas, sans raison apparente, ils ont augmenté le prix de la garde des engins qui est passé du simple au double (de 100 F CFA à ses débuts, il est à 200 F CFA actuellement, Ndlr). Ils font de cette activité leur vache à lait. On dirait qu’ils ne sont pas payés par leur service d’origine pour leur travail.

Un manque de respect qui frustre

 Au quotidien, les propriétaires des engins qui sollicitent leur service dans les institutions publiques et privées sont mécontents par leur comportement peu civilisé. Cette ignorance les amène à tenir, à l’endroit des usagers, les propos tels que « si tu n’as pas les 200 F CFA pour la garde de ta motocyclette ou bicyclette, tu la dégage hors du périmètre  de l’institution », « Nous ne sommes pas ici pour garder ton engin ». Ces propos se terminent même quelque fois par des empoignades. « Je me suis rendu au gouvernorat pour la délivrance de mon certificat de nationalité pour constituer mon dossier en vue de passer un concours. J’ai garé ma moto au lieu indiqué par les agents de sécurité en service dans cette institution. Après avoir retiré le certificat en question, je viens pour enfourcher ma moto mais l’agent exige à ce que je lui verse absolument le droit de gardiennage pourtant je n’ai rien sur moi. Malgré ces explications, l’agent de la Gnnt a refusé de me laisser prendre mon engin. Il a fallu l’intervention de son collègue pour me libérer de ses griffes », relate Marc Djébé. Mais où vont les fonds collectés ? Servent-ils aussi de fonds de fonctionnement à l’institution bénéficiaire du service de ces agents de sécurité ? La raison principale avancée pour justifier cette obligation est que les fonds collectés servent à dédommager, en cas de vol, les propriétaires des engins donc pas de débat à ce sujet.

Des engagements non respectés

Que nenni ! Certains usagers  gardent un souvenir amer de ce service après avoir perdu leur engin pourtant garé à l’intérieur du parking tenu par ces agents de sécurité et de surcroît munis du ticket remis par ces derniers. C’est le cas d’Adoum Dounia : «Je me suis rendu au chevet d’un de mes oncles malade, hospitalisé à l’Hôpital général de référence nationale (Hgrn). J’ai garé ma moto de marque Kymco homme nouvellement acquise au parking tenu par les gendarmes en faction à l’entrée principale dudit hôpital notamment en face de l’hôtel de ville.  Après m’avoir aidé à bien garer et pris le soin de fermer le cou, l’agent m’a tendu le ticket de 200 F CFA que j’ai empoché sans broncher. Ma moto étant dans des bonnes mains, pas de soucis à se faire. Mais quelle n’a pas été ma surprise. Deux heures plus tard après avoir pris congé du malade, je reviens chercher ma moto mais plus de trace de celle-ci, et je me retrouve avec le ticket de 200 F CFA en main. En dépit, de cette pièce justificative, en l’occurrence, ce ticket, ces mêmes agents qui me l’ont remis ont refusé d’entendre raison. Après altercation, j’ai quitté les lieux. Le lendemain, je me suis rendu au parquet où j’ai déposé une plainte contre ceux-ci. Le parquet les a condamné à me verser une somme de 25 000 F CFA, chacun chaque fin du mois jusqu’à atteindre le prix d’achat de ma moto. Mais hélas, ces derniers n’ont pas respecté cette décision de justice jusqu’à ce que je me sois résigné pour laisser l’affaire tomber. Donc, pour moi, l’argument que les fonds collectés servent à dédommager les propriétaires des engins volés ne tient pas la route»,  témoigne-t-il.

Serge Nékoulko Nadjingar    

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