Administration publique : une plateforme pour contrôler l’assiduité des enseignants est lancée

Le ministre de l’Education nationale / Ph. DR
Le ministère des Finances et du Budget et celui de l’Education nationale et de la Promotion civique ont organisé un atelier de lancement de la Plateforme mobile de contrôle citoyen de l’effectivité du personnel enseignant. C’était le jeudi 28 février 2019, à l’hôtel Hilton de N’Djamena, en partenariat avec le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef).

La problématique de la présence effective des enseignants sur leurs lieux d’affectation dans le respect du calendrier scolaire est un critère indispensable de la qualité de l’éducation. Force est de constater que ce problème se pose avec acuité, surtout dans les provinces. Ces dernières années, le gouvernement a consenti d’énormes efforts pour améliorer la qualité du système éducatif, avec l’appui de ses partenaires techniques et financiers et de la société civile. Selon la représentante de l’Unicef au Tchad, Dr Viviane Van Steirteghem, « En dépit des efforts et des opérations de contrôle ou de recensement du personnel de l’Etat, certains enseignants continuent d’être absents dans leur poste d’affectation. Même s’ils sont présents, leur présence effective dans les classes est à déplorer ». Pour elle, ceci a un impact sur le niveau d’apprentissage des élèves, et constitue un surcoût pour l’Etat et les parents d’élèves. A titre illustratif, le rapport PASEC 2014 note qu’une grande proportion des élèves à la fin du primaire ne maîtrise pas les connaissances et compétences suffisantes pour poursuivre une scolarité dans de bonnes conditions (84,3% en lecture et 80,9% en mathématiques). D’où l’idée du contrôle citoyen à travers les bénéficiaires eux-mêmes. Comme l’a relevé, Dr Viviane Van Steirteghem, l’approche par le contrôle citoyen se généralise de plus en plus dans les pays en développement, notamment en Afrique, comme un soubassement important des politiques sociales. Ainsi, l’Unicef, dans la continuité de sa démarche de soutien aux politiques publiques en faveur des enfants, s’intéresse à la redevabilité sociale et au contrôle citoyen.

Le citoyen au cœur du contrôle

« Pendant la période 2012-2016 par exemple, on comptait 34 868 fonctionnaires relevant du ministère de l’Education nationale sur un effectif global de 89 008 en 2016. En moyenne, la masse salariale représentait 43% des dépenses du personnel civil de l’Etat », indique le ministre de l’Education nationale et de la Promotion civique, Aboubakar Assidick Tchoroma. Cependant, son département ne cesse d’enregistrer des plaintes quant à l’effectivité des enseignants à leurs postes, dit-il. Ce qui constitue un manque de gain d’enseignement pour les élèves.  « Connaissant les effets négatifs de l’absence des enseignants dans les classes, le gouvernement a engagé de nombreuses opérations de recensement et de contrôle de l’effectivité des enseignants dans les classes et d’importantes ressources financières ont été mobilisées pour la circonstance », informe le ministre Aboubakar Assidick Tchoroma. En dépit de ces efforts, déplore-t-il, des insuffisances sont toujours observées dans la maitrise de l’effectivité de la présence des enseignants dans les classes. Ainsi, la méthode opérationnelle de la plateforme consiste à faire réaliser par les bénéficiaires eux-mêmes le contrôle. Autrement dit, les parents d’élèves et les élèves sont les maitres d’œuvre de l’opération et cela par l’entremise d’un comité de contrôle citoyen. Une méthode qui permettra au ministère de l’Education nationale et de la Promotion civique d’améliorer qualitativement les dépenses publiques d’éducation ainsi que les services éducatifs tant sur le plan de l’efficacité que de l’efficience

Une innovation à répliquer

« Même si aujourd’hui, le projet ne concerne que le ministère de l’Education, il faut noter que c’est une innovation en matière d’amélioration de la gestion des finances publiques que le gouvernement du Tchad entend mettre en œuvre progressivement dans l’ensemble de l’administration publique » informe le ministre des Finances et du Budget, Allali Mahamat Abakar. Il précise que depuis plus d’une décennie, son département s’est engagé pleinement dans un vaste processus de réforme. C’est ainsi que, le Tchad est parmi les premiers pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) à avoir transposé l’ensemble des six directives communautaires du nouveau Cadre Harmonisé de Gestion des Finances Publiques. La dernière en date a été la Loi portant Code de la Transparence et de la Bonne Gouvernance du 24 novembre 2016. « L’abandon de poste par le personnel enseignant a un effet négatif sur les performances du système éducatif du Tchad. Il explique dans une certaine mesure, les mauvais classements du pays dans les indicateurs de développement » ajoute le chef du département des Finances et du Budget.

Selon Allali Mahamat Abakar, parmi toutes les solutions expérimentées à travers le monde, « le contrôle citoyen de l’action publique (CCAP)» est souvent utilisé pour pallier les insuffisances des outils traditionnels de contrôle. Cette méthode, peu coûteuse, permettra, dans le contexte tchadien, d’améliorer la présence des enseignants sur leurs lieux de travail grâce à l’implication des bénéficiaires directs à savoir les élèves et les parents d’élèves. Le contrôle citoyen va donc non seulement renforcer les capacités des populations à participer et contrôler la gestion des affaires publiques mais aussi à améliorer la redevabilité des acteurs publics.

Rondouba Brillant

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