Le président de la République aux Tchadiennes : « Prenez votre destin en main »

Le chef de l'Etat prononçant son discours /Ph. Haltebaye / ATPE

Le chef de l’Etat, Idriss Deby Itno, a personnellement présidé le vendredi 8 mars 2019 le défilé marquant la célébration de la Journée internationale de la femme édition 2019 à la Place de la nation. A cette occasion, il a prononcé une allocution dans laquelle il a abordé plusieurs sujets en faveur de la femme tchadienne. Voici l’intégralité de cette allocution.

« Mes chères sœurs et filles,

Je salue la femme tchadienne pour cette mobilisation pour la JIF. Votre grande ferveur que nous venons d’observer est un signal fort au de-là des discours qui ont été prononcés en termes de recommandations ou en termes de résolutions et autres. Votre mobilisation en elle-même a une signification profonde. La lutte est là, vous devez lutter. Mais je suis sûr d’une chose, c’est qu’au Tchad, nous parviendrons à éliminer les défis un à un ; tous les défis auxquels les femmes tchadiennes sont  confrontées. Je disais tantôt que cette mobilisation a un sens. Cela veut tout simplement dire que vous devrez prendre votre destin en main. Participer activement à votre émancipation, pour le respect de vos droits ainsi que de votre liberté.

Mes chères sœurs,

Vous avez devant vous un fervent défenseur de la cause de la femme ; je le dis tout haut à qui veut l’entendre. Je demande au gouvernement et à l’ensemble des institutions de la République de mettre en œuvre les textes, des décrets, les ordonnances et les lois que nous avons promulgués. Le Tchad est une République laïque. L’Assemblée nationale doit faire son travail et voter le code des personnes et de la famille au courant de l’année 2019.

Le thème que vous avez choisi cette année est : « La femme et les défis de la 4ème République ». Voilà une thématique qui cadre parfaitement avec les défis de l’heure. Il est indéniable que la nouvelle République attend beaucoup de la femme tchadienne. C’est la femme tchadienne qui doit être à l’avant-garde de grandes batailles qui nous attendent. Il s’agit de la consolidation de la paix, de l’unité nationale, de la stabilité, de l’efficacité des institutions et de la transformation structurelle du pays qui vous incombent. Prouvez cette confiance que personnellement je place en vous.

Femmes tchadiennes,

Le poids de la tradition est là. Certes, dans nos traditions, il y a des valeurs positives mais aussi négatives. Je voudrais citer quelques unes de ces valeurs négatives : la violence faite aux femmes sous toutes ses formes : on entend partout parler des femmes battues par leurs maris. Nous ne voulons plus que cela se perpétue dans notre pays. Je prends l’engagement de faire en sorte que les lois de la République soient appliquées sur l’ensemble du territoire ; les mutilations génitales féminines sont négatives, elles n’existent dans aucune religion ; ajouter à cela le mariage précoce qui a des conséquences dramatiques sur nos jeunes filles. Nous devons mettre fin à cela. La loi autorise les jeunes filles à se marier à partir de dix-huit ans. Et si d’aventure les gens se permettent cette pratique, à quelque niveau que ce soit, sur l’ensemble du territoire, les autorités administratives et judiciaires, les forces de sécurité, doivent être vigilantes pour y mettre définitivement un terme. L’éducation de nos filles est particulièrement un élément essentiel de la libération et de l’émancipation de la femme. Au-delà de tout, c’est l’éducation. Envoyez les filles à l’école, leur place est à l’école. J’ai une pensée particulière pour la femme rurale. Elle doit être au cœur du développement. La femme citadine doit prendre en compte les préoccupations de la femme rurale. Il s’agira aussi au gouvernement d’agir concrètement avec une nette visibilité pour sortir la femme rurale de la situation dans laquelle elle vit aujourd’hui. Il s’agit de même de la protection de la petite enfance et de la mère. Vous avez la chance d’avoir à vos côtés des institutions qui vous soutiennent. J’ai religieusement écouté vos motions et recommandations. Elles sont justes, pertinentes et légitimes. Je vous soutiens et je m’engage avec vous dans ce sens. Le gouvernement que je dirige va s’engager par des actes pour changer la donne.

J’ai souvent entendu tel ministre dire ‘’Monsieur le Président, il n’y pas de femmes chez moi’’. Et pourtant, à ce défilé, j’ai vu dans tous les départements ministériels un nombre important des femmes cadres. Nous ne sommes pas dans les années 1970-1980 où on comptait sur les dix doigts des deux mains les femmes intellectuelles. Aujourd’hui, il y a du mieux. Maintenant, on ne peut plus me tromper, et la parité doit progressivement s’installer.

Mes sœurs, mes filles,  

2019 est une année électorale. Vous ne devez pas attendre pour prendre votre place légitime. En ce qui me concerne, je vous soutiens. Celles qui peuvent jouer un rôle et qui pensent être utiles au pays  doivent se présenter sans crainte. C’est le rôle des partis politiques, de l’opposition comme de la majorité présidentielle, de donner à la femme tchadienne sa place. Si vous voulez avoir des femmes nombreuses à l’Assemblée nationale, les têtes de liste doivent être des femmes. Je souhaite de tout  mon cœur que la composition de la prochaine législature et des conseils communaux soit à majorité des femmes. Nous allons continuer ensemble notre bataille pour la liberté. Cette bataille pour les trois aspects suivants : l’émancipation pour la femme tchadienne, les moyens nécessaires de propulsion et les moyens de son autonomisation. Vous avez évoqué le problème du pagne Senafet et de la pénurie du gaz butane. Si c’est le problème de pagne qui vous intéresse, à l’édition 2020, l’Etat vous le fabriquera ou le commandera. Cela ne doit pas être un souci. Ce n’est pas la pénurie de gaz butane pour la cuisson des aliments qui va non plus vous énerver. Cela reviendra, vous l’aurez peut-être moins cher. En tout cas tout sera fait dans ce sens.

Femmes et filles tchadiennes,

La nation tchadienne vous est reconnaissante pour tout ce que vous faites aujourd’hui. Je voudrai évoquer très rapidement trois points qui vous concernent et bien sûr toute la nation. Comme vous le savez, mes sœurs et mes filles, nous organisons chaque mois une réunion sur la santé à la présidence de la République. Souvent, il y a trois éléments qui reviennent : la malnutrition sévère qui est propre à certaines provinces du Tchad et dont les causes sont connues. Deuxième élément, vous avez clamé haut et fort il y a déjà quelques années, ‘’plus jamais une femme ne doit mourir en donnant la vie’’. Mais alors, si les femmes ne se font pas assister et suivre au départ par le système de la santé, cette tragédie persistera. Il faut sensibiliser vos sœurs pour qu’elles se fassent assister et suivre dès le départ. Nous avons multiplié les centres et les districts sanitaires, les hôpitaux provinciaux, évitez donc cela. Il y a le cas de la distribution des moustiquaires imprégnées, surtout aux couches vulnérables comme les enfants et les femmes allaitantes : les mêmes moustiquaires se retrouvent sur les marchés, servent comme filets de pêche. Je voudrais vous demander ici de faire preuve de citoyenneté en de sensibilisant les parents pour sur les questions de santé. Ceci est aussi valable pour les hommes. Je voudrais enfin, mes sœurs et filles, vous souhaiter d’excellentes réjouissances ; passez des bons moments dans la gaieté, dans l’allégresse, dans la communion et le partage.

Merci ».Propos recueillis par Ndomadji Ndodegue

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