À chaque saison des pluies, plusieurs quartiers de la capitale tchadienne sont confrontés aux inondations. Les eaux stagnantes dans les rues, les cours et aux alentours des habitations créent des conditions favorables à la prolifération des moustiques, vecteurs du paludisme. Face à cette situation, il y a nécessité de renforcer des mesures de prévention.
À Mandjafa, dans la commune du 7ème arrondissement de N’Djaména, les inondations font partie du quotidien des habitants. Certains sont contraints de quitter temporairement leurs maisons pour se réfugier dans des quartiers moins touchés. « Chaque année, nous vivons la même situation. Avec les inondations, nous quittons notre quartier pour aller vers Gassi ou Atrone où les inondations sont moins importantes, afin de protéger nos familles contre le paludisme », témoigne Ngarledjé C. Selon lui, les conséquences sont importantes. « L’année passée, lorsque nous sommes restés dans le quartier, tous mes enfants ont souffert du paludisme. L’eau avait même endommagé ma maison, dans laquelle j’avais beaucoup investi. Depuis deux ans, je prends donc des précautions pour protéger ma famille », ajoute-t-il.
Le quotidien est tout aussi difficile Pour Nénodji D., également habitante de Mandjafa. « Chez nous, chaque année, nous sommes dans l’eau. Les routes et les cours sont inondés. Il n’y a même pas de passage pour aller au marché ou à la boutique. Nous marchons souvent dans l’eau avec mes petits-enfants », explique-t-elle. Elle souligne également les difficultés financières auxquelles sont confrontées certaines familles. « Nous sommes nombreux dans la famille et nous n’avons pas les moyens de louer une chambre dans un autre quartier. Pendant la saison des pluies, les logements deviennent chers », raconte-t-elle.
Des conditions favorables aux moustiques
Pour Dr Ehssan Mahamat Gaga, spécialiste en santé publique à l’Hôpital spécialisé Niamey de N’Djamena, les inondations peuvent accroître les risques liés au paludisme. La stagnation des eaux favorise la formation de mares et de gîtes larvaires propices à la reproduction des moustiques du genre Anophèles, vecteurs du paludisme. Il souligne également que les déplacements de populations peuvent accentuer l’exposition aux piqûres de moustiques. Dans les sites temporaires où plusieurs personnes sont regroupées, les conditions de prévention peuvent être plus difficiles. Les inondations peuvent aussi endommager ou emporter les moustiquaires imprégnées d’insecticide et compliquer l’accès aux centres de santé lorsque les routes deviennent impraticables.
Pour réduire les risques, Dr Ehssan Mahamat Gaga recommande à la population de dormir sous des moustiquaires imprégnées, surtout les enfants et les femmes enceintes, particulièrement vulnérables au paludisme. Il conseille aussi de lutter contre les eaux stagnantes autour des habitations. Lorsque cela est possible et sans danger, les habitants peuvent éliminer les petites accumulations d’eau et collaborer avec les services compétents pour évacuer les eaux et traiter les zones favorables à la prolifération des moustiques. Le port de vêtements couvrant les bras et les jambes ainsi que l’utilisation de moyens adaptés pour éloigner les moustiques sont également recommandés.
Dans les quartiers touchés par les inondations, la prévention demeure donc essentielle. La lutte contre le paludisme ne relève pas uniquement des services de santé. Elle nécessite également l’implication des habitants et l’intervention des autorités pour améliorer l’évacuation des eaux et réduire les zones de stagnation.
Aïmadji Sylvie












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