À la tête de l’Autorité de Régulation du Secteur Pétrolier Aval du Tchad (ARSAT), Hassan Adoum Younousmi, incarne un profil singulier, où la rigueur militaire se conjugue avec les exigences de la gouvernance publique. Fort d’un parcours académique et professionnel d’excellence, le Directeur général met aujourd’hui son expérience du commandement au service de la modernisation de l’institution et de la sécurisation de l’approvisionnement énergétique du pays.
L’Info : Monsieur le Directeur Général, avant de prendre la tête de l’Autorité de Régulation du Secteur Pétrolier Aval du Tchad (ARSAT), vous avez suivi un parcours académique et militaire particulièrement remarquable. Pouvez-vous revenir sur les grandes étapes de ce parcours et nous expliquer en quoi il a façonné votre vision du leadership et du service de l’État ?
Mon parcours est avant tout celui d’un engagement constant au service de l’État. J’ai débuté ma formation au Prytanée Militaire de Niamey, où j’ai effectué l’ensemble de mon cursus secondaire jusqu’à l’obtention du baccalauréat en 2012. Cette école a constitué une première école de discipline, de mérite et de dépassement de soi. J’ai ensuite intégré les classes préparatoires aux grandes écoles militaires au Lycée Militaire de Saint-Cyr- l’École, près de Versailles, de 2014 à 2016. Cette préparation exigeante m’a permis de réussir le concours de l’École Spéciale Militaire de Saint-Cyr, que j’ai intégrée en 2016 au sein de la Promotion Général Louteaunau- Lacau (2016-2019).
Parallèlement à cette formation militaire d’excellence, j’ai obtenu un Master en Droit, convaincu que le commandement moderne doit s’appuyer autant sur la maîtrise des règles de droit que sur les qualités de leadership. À l’issue de ma formation à Saint-Cyr, j’ai choisi l’Arme Blindée Cavalerie et poursuivi ma spécialisation à l’École de Cavalerie de Saumur en France en 2020. J’ai ensuite obtenu le diplôme de l’École d’État-Major de Saumur en 2022, renforçant ainsi mes compétences en planification stratégique, en conduite des opérations et en management des organisations complexes. Sur le plan professionnel, j’ai occupé plusieurs fonctions de responsabilité, notamment Chef de section à l’État-Major Particulier du Président de la République, puis Directeur du Centre de Fusion des Renseignements Inter-armées à la Présidence de la République, où j’ai exercé entre 2020 et 2022. Ces expériences m’ont permis d’acquérir une solide expertise en matière de coordination, d’analyse stratégique, de gestion des risques et de prise de décision.
En octobre 2023, j’ai été nommé Directeur Général Adjoint de l’Autorité de Régulation du Secteur Pétrolier Aval du Tchad (ARSAT), avant d’être porté, en février 2024, à la fonction de Directeur Général.
À chaque étape de ce parcours, une même conviction m’a guidé : servir l’État avec intégrité, discipline et sens des responsabilités. Aujourd’hui, ces valeurs constituent le socle de ma vision du management et de la modernisation de l’ARSAT, au service d’une régulation efficace, transparente et tournée vers l’intérêt général.
Votre formation en tant que lauréat de l’École Spéciale Militaire de Saint-Cyr et ce moment fort où, le dimanche 14 juillet 2019, vous avez défilé sur les Champs-Élysées. Quel regard ré- trospectif portez-vous sur cette école de la rigueur, et que reste-t-il aujourd’hui dans votre quotidien professionnel de cette empreinte saint-cyrienne ?
L’École Spéciale Militaire de Saint-Cyr constitue une école de l’excellence, du commandement et du sens du service de l’État. Au-delà de la formation militaire, elle inculque des valeurs universelles telles que la discipline, l’intégrité, l’engagement, le sens des responsabilités et la capacité à prendre des décisions dans des contextes parfois complexes. Le défilé du 14 juillet 2019 sur les Champs-Élysées demeure un moment marquant de mon parcours, symbolisant l’attachement aux valeurs républicaines et au service de la Nation.
Aujourd’hui encore, cette formation influence profondément ma manière de diriger. Elle m’incite à privilégier l’organisation, l’anticipation, la rigueur dans le suivi des dossiers, la recherche permanente de résultats et surtout le sens de l’intérêt général. À la tête de l’ARSAT, ces principes me permettent d’aborder les enjeux du secteur pétrolier aval avec méthode, responsabilité et exigence.
Passer de l’univers militaire et stratégique à la direction d’une entité technique aussi cruciale que l’ARSAT représente un tournant marquant. Comment s’est opérée cette transition, et en quoi les compétences forgées dans votre jeunesse militaire influencent-elles votre approche de la gestion publique ?
La transition s’est faite naturellement autour d’un même objectif : servir l’État. Si les environnements sont différents, les exigences restent comparables : planifier, organiser, anticiper les risques, gérer les ressources hu- maines et matérielles, prendre des décisions fondées sur des analyses objectives et rendre compte des résultats.
L’ARSAT est une institution hautement technique dont la mission consiste à garantir une régulation efficace du secteur pétrolier aval, un secteur stratégique pour l’économie nationale et le quotidien des citoyens. Mon expérience militaire m’a appris que la performance repose sur la discipline collective, la responsabilisation des équipes et une culture de l’excellence. C’est cette philosophie que nous développons aujourd’hui au sein de l’ARSAT, en renforçant la modernisation de l’institution, la transparence des procédures et l’efficacité de l’action publique.
Quels ont été les principaux défis structurels et opérationnels qui se sont dressés devant vous ?
À ma prise de fonction, plusieurs défis majeurs se présentaient à nous. Le premier consistait à accompagner la transformation institutionnelle de l’AR- SAT afin d’en faire une autorité de régulation moderne, efficace et pleinement adaptée aux enjeux du secteur pétrolier aval tchadien.
L’une des principales réformes engagées a été l’évolution du cadre réglementaire avec l’introduction du régime des licences en remplacement du système des agréments. Cette réforme constitue une avancée importante dans l’organisation du secteur, car elle permet une meilleure structuration des activités, une responsabilisation accrue des opérateurs et une plus grande transparence dans l’exercice des métiers liés au pétrole aval. Les licences étant désormais délivrées exclusivement aux personnes morales, elles renforcent la crédibilité, la traçabilité et la professionnalisation des acteurs. Parallèlement, nous avons poursuivi le renforcement des missions de contrôle de l’ARSAT, notamment sur la qualité des produits pétroliers, la sécurité des installations, le suivi des opérateurs, la lutte contre la fraude et la contrebande, ainsi que la régulation des activités liées au gaz, aux lubrifiants et au polypropylène, qui font désormais partie intégrante du champ d’intervention de l’Autorité.
Un autre défi majeur concernait le renforcement des capacités humaines et techniques. Dans cette dynamique, nous avons développé des partenariats stratégiques avec des institutions spécialisées africaines et internationales. À titre d’exemple, l’ARSAT a signé en janvier 2025 une convention de partenariat avec l’Institut National du Pétrole et du Gaz (INPG) ayant permis la formation de vingt inspecteurs tchadiens dans les domaines du raffinage, du stockage, du transport et de la distribution des produits pétroliers. Cette coopération a contribué à renforcer l’expertise nationale et à doter l’Autorité de compétences techniques adaptées aux exigences du secteur.
Nous avons également renforcé la coopération Sud-Sud à travers des accords stratégiques conclus dans le cadre du Forum d’Affaires Tchad–Algérie tenu à Alger en avril 2026. Des protocoles de collaboration ont été signés avec l’Autorité de Régulation des Hydrocarbures (ARH) ainsi qu’avec Sonatrach à travers l’Institut Algérien du Pétrole (IAP). Ces accords portent notamment sur le développement des compétences, l’échange d’expertise, l’assistance technique, l’amélioration des mécanismes de régulation, la recherche, l’innovation et la sécurité industrielle. Un autre enjeu important était celui de la transparence et de l’accès à l’information. Dans cette perspective, l’ARSAT a engagé une véritable transformation digitale avec la mise en place de son site internet institutionnel.
Cet outil constitue désormais une plateforme essentielle permettant de faciliter l’accès des usagers aux informations relatives aux activités de l’Autorité, de publier les données utiles au public et de mieux faire connaître, en temps réel, les actions menées par nos équipes sur le terrain. Il participe également au renforcement de la proximité entre l’ARSAT, les opérateurs, les partenaires et les citoyens.
Cette démarche de transparence est également portée par la publication, à la fin de chaque mois, du Rapport mensuel sur les activités pétrolières aval en République du Tchad. Ce rapport présente les principaux indicateurs du secteur, notamment le fonctionnement du marché, l’approvisionnement en produits pétroliers, l’évolution des activités des opérateurs ainsi que les tendances observées durant la période concernée. Il permet d’offrir une meilleure visibilité sur le secteur et de renforcer la confiance du public à travers une information régulière et accessible.ANNONCE
Enfin, un défi majeur demeure celui du rapprochement de l’ARSAT avec les réalités du terrain à travers le déploiement progressif de ses services sur l’ensemble du territoire national. La mise en place des antennes provinciales répond à cette volonté de renforcer la présence de l’Autorité auprès des populations, des opérateurs et des infrastructures pétrolières dans les différentes provinces. Cette déconcentration vise à mieux accompagner les acteurs locaux, améliorer le suivi des activités, renforcer les contrôles et répondre davantage aux exigences de la décentralisation.
À travers ces différentes actions et réformes réglementaires, renforcement des compétences, partenariats stratégiques, digitalisation, transparence et déploiement territorial notre ambition est de bâtir une autorité de régulation crédible, moderne et performante, capable d’accompagner durablement le développement du secteur pétrolier aval tchadien au service de l’État, des opérateurs et des citoyens.
Le leadership militaire repose sur la cohésion, l’exemplarité et la prise de décision rapide sous pression. Comment appliquez-vous ces principes de commandement pour manager vos équipes ?
Le management moderne repose avant tout sur l’exemplarité. Je considère que le responsable doit montrer la voie par son comportement, son sens des responsabilités, le travail en équipe, la responsabilisation des collaborateurs, la circulation de l’information et la recherche permanente d’amélioration.
La cohésion est essentielle, car la régulation du secteur pétrolier mobilise plusieurs compétences : techniques, juridiques, économiques, environnementales et sécuritaires. Chaque décision est prise dans le respect des textes, sur la base d’analyses objectives et avec le souci constant de préserver l’intérêt général.
Le secteur pétrolier aval est un pilier ultrasensible de l’économie tchadienne et du quotidien des citoyens. Quelles sont, selon vous, les priorités absolues pour garantir un approvisionnement transparent, stable et équitable sur l’ensemble du territoire national ?
Notre priorité demeure la sécurisation de toute la chaîne d’approvisionnement.
Cela passe notamment par :
- Le contrôle des infrastructures pétrolières ;
• Le respect des normes techniques et environnementales ; - Le contrôle de la qualité des produits pétroliers et du gaz ;
• La délivrance des licences conformément aux textes en vigueur ; - Le suivi permanent des opérateurs ;
- La lutte contre la fraude, la contrebande et les pratiques illicites ;
- La protection des consommateurs.
Dans cette logique de proximité avec les citoyens, nous avons mis en place le numéro vert 3030, permettant aux usagers de signaler les cas de fraude, de contrebande ou toute autre irrégularité constatée dans le secteur. Notre ambition est de garantir un marché plus transparent, mieux organisé et capable d’assurer une disponibilité permanente des produits pétroliers sur toute l’étendue du territoire national.
À travers votre parcours, on per- çoit une constante : la quête d’ex- cellence et le sens du devoir républicain. Comment parvenez- vous à conjuguer la rigueur impla- cable de vos méthodes de travail avec l’écoute et la diplomatie né- cessaires dans la haute administra- tion civile ?
La rigueur n’est pas incompatible avec l’écoute. Au contraire, une bonne décision repose toujours sur la qualité de l’information et sur la concertation avec les différents acteurs concernés.
Dans une institution de régulation, il est indispensable d’entretenir un dialogue permanent avec les opérateurs, les administrations partenaires, les consommateurs et les équipes internes. L’autorité s’exerce dans le respect des textes, mais aussi dans la capacité à expliquer les décisions, à accompa- gner les acteurs et à rechercher des
C’est cette approche qui permet de concilier efficacité administrative, sta- bilité du secteur et confiance des par- tenaires.
Si vous deviez dessiner le portrait de l’ARSAT de demain sous votre impulsion, quel héritage aimeriez- vous laisser à travers votre passage à la tête de cette institution stratégique ?
Mon ambition est de laisser une institution moderne, crédible et performante. Je souhaite que l’ARSAT soit reconnue comme une autorité de régulation exemplaire, capable d’appliquer la réglementation avec impartialité, de protéger les consommateurs, d’accompagner les opérateurs et de contribuer efficacement au développement économique du Tchad. L’avenir de l’ARSAT repose sur plusieurs piliers : la modernisation continue de ses outils, la digitalisation des services, le renforcement des compétences du personnel, l’amélioration des mécanismes de contrôle, l’application rigoureuse des réformes engagées et la consolidation d’une gouvernance fondée sur la transparence, la responsabilité et la redevabilité.
Au-delà des réalisations matérielles, j’aimerais laisser une institution durablement renforcée, capable de répondre aux défis futurs du secteur pétrolier aval et de servir efficacement l’État ainsi que les citoyens tchadiens.












Ajouter un commentaire