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Souveraineté nationale: Quand les défis économiques deviennent des entraves

En prélude au 66 ème  anniversaire de l’indépendance du Tchad, le  Maréchal du Tchad, Mahamat Idriss Déby Itno, est revenu sur deux aspects économiques majeurs à travers son discours à la Nation, le 10 août 2026. Il s’agit de la lutte contre la corruption et de la diversification de l’économie. Plus qu’une simple parole, ses propos résonnent comme un appel à un changement de mentalité.

En plaçant la lutte contre la corruption et la diversification économique au centre des priorités présidentielles, le chef de l’État a mis en exergue les principaux défis du pays.  En effet, l’indépendance politique, bien que réelle et affirmée,  reste fragile tant qu’elle n’est pas associée à une véritable souveraineté économique. Et cette dernière ne peut être effective si la corruption, le détournement des ressources publiques, la fraude et le favoritisme persistent. Comme l’a souligné le chef de l’Etat, «  Ils privent notre jeunesse d’opportunités et compromettent notre avenir ».

Pour un pays confronté à des chocs exogènes répétés et à un chômage accru de la jeunesse, s’affranchir de la dépendance exclusive aux hydrocarbures n’est plus une option, mais une urgence vitale.

Le modèle économique actuel du Tchad souffre d’une vulnérabilité majeure due à la rente pétrolière qui fait osciller la bourse de l’Etat.  Depuis  2003, l’or noir dicte le rythme de la croissance, des recettes fiscales et des dépenses publiques. Les recettes hors pétrole, bien qu’en augmentation, ne permettent pas de rassurer. C’est pourquoi, la  “pétro-dépendance” expose mécaniquement le pays aux fluctuations imprévisibles des cours mondiaux. Lorsque les prix du baril chutent, ce sont l’ensemble des budgets sociaux, des investissements dans les infrastructures et des dépenses publiques qui en tirent les conséquences.

Après la vague des récrutements au début des travaux sur les sites pétroliers, s’en est suivie une compression massive des agents issus des entreprises sous-traitantes. Cela fait savoir  qu’en terme d’emploi, ce secteur n’est pas un pourvoyeur garanti. Si la reconversion ne s’est pas faite pour ces jeunes, c’est parce que le tissu industriel reste embryonnaire, maintenant le pays dans une position d’importateur net de biens manufacturés, y compris de produits de première nécessité. Les tentatives d’industrialisation ont elles aussi montré leurs limites. Parfois, l’engouement des inaugurations a laissé place au désastre des fermetures. L’Usine des jus de fruit de Doba en est illustrateur.

Quant à celles qui existaient déjà avant le pétrole, elles peinent à s’affirmer pour avoir un poids économique de taille. Parmi ces dernières figurent la CotonTchad Sociéte Nouvelle, la Nouvelle Société des Textiles du Tchad, mais également les reprises des abattoirs.

La redevabilité, une bête noire

Sont souvent indexées la gouvernance, la corruption systémique et les lourdeurs bureaucratiques qui agissent comme des freins puissants. Comme effets,  les  investissements tournent à perte, faussant la concurrence et privant l’État de précieuses ressources intérieures indispensables au financement du développement. Les sociétés d’Etat, porteurs d’espoir, se retrouvent dans un cercle vicieux de dépense de fonctionnement sans innover. La transparence et la rédevabilité pronées au sommet de l’Etat sont elles également, aux prises avec les faits sur le terrain. Cet exercice qui devait être systématique et volontaire parce que indispensable au progrès économique, devient la bête noire de nombreux dirigeants d’entreprise et institutions publiques.

Pour inverser cette tendance, le secteur public doit impérativement opérer une mue institutionnelle et stratégique. La tolérance zéro contre la corruption ne doit pas être un simple slogan. Autant, il ne doit pas être non plus un outil de réglement de compte. Les acteurs étatiques doivent traduire les orientations présidentielles en actions concrètes. Cela passe par la poursuite de la digitalisation des régies financières déjà entamée dans les douanes et les  impôts. Cela aura l’avantage de  limiter les contacts humains propices aux détournements et à la corruption.

Certes, de nombreuses institutions censées assurer le contrôle existent, mais elles ont du mal à montrer de quoi elles sont capables. Le plus souvent, passé le show médiatique d’une intervention, on ne voit plus rien. Les  sanctions judiciaires contre les prévaricateurs des deniers publics, tardent egalement à prouver leur efficacité. La prison pour détournement est bonne, mais le remboursement des deniers est meilleur car il permet de renflouer les caisses de l’Etat.

Le secteur public ne doit pas se substituer aux agents économiques, mais jouer son rôle de facilitateur. Il lui incombe d’alléger la fiscalité sur les jeunes entreprises, de simplifier les procédures administratives et de garantir la sécurité juridique des investissements. Les structures de facilitations existantes se battent pour inciter les opérateurs, innovateurs et entrepreneurs. Mais les infrastructures et les garanties juridiques et sécuritaires pèsent énormement dans les critères à la décision finale. L’accent doit être mis sur le développement des infrastructures de base. Pour cela, l’accès à une énergie stable et à Internet est le prérequis indispensable de toute industrialisation. Or, il se trouve qu’au Tchad, l’éléctricité est non seulement un luxe, mais il est rare et génère de nombreuses caprices. Coupures intempestives, baisse de tension et factures exhorbitantes font le souci des clients  de Tchadelect. Les alternatives solaires, bien que salvatrices, se cantonnent en grande partie aux  usages menagers.

Un secteur privé dépendant

Le secteur privé, qualifié à juste titre de moteur de la croissance, doit rompre avec la culture du commerce d’import-export pour s’orienter vers la production et la transformation locale. Dans cette tranche, se trouvent ceux des opérateurs économiques qui sont difficilement classifiables. Pour les autres, la plupart dépendent des marchés publics d’infrastrastructures, d’équipements et de fournitures. Ils sont donc tributaires des finances de l’Etat. Leurs investissements dans des  secteurs tels que l’agro-sylvo-pastoralisme  sont davantages ancrés dans la logistique interne que dans la production. Pourtant, le Tchad possède un cheptel immense et des terres fertiles. Le secteur privé doit investir dans des usines de transformation comme les abattoirs modernes, les tanneries, les unités de conditionnement de la viande, les industries de transformation du coton, de la gomme arabique ou du sésame, mais aussi des usines d’assemblage. C’est là que réside la véritable création de valeur ajoutée et d’emplois massifs.

Les entrepreneurs tchadiens, notamment les jeunes, doivent investir les secteurs comme l’agriculture, l’élévage,  l’économie numérique, les énergies renouvelables et les services financiers. En structurant des chaînes de valeur locales, le privé tchadien réduira la dépendance aux marchés extérieurs et renforcera la résilience globale de l’économie. Mais que des facilités d’accès au crédit soient accordées ainsi que des réduction conséquentes des impôts et taxes.

C’est dans cette dynamique de rupture que s’inscrit la Table Ronde d’Abu Dhabi. Cet événement ne doit pas être perçu comme une simple conférence de donateurs de plus, mais comme un carrefour d’opportunités stratégiques majeures. Pour matérialiser la vision présidentielle, il faudra traduire les promesses en actes, anticiper la formation dans les domaines financés ou à financer, et surtout veiller à ce que la redevabilité soit de rigueur.

Payang Passoret

 

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