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Portraits

Mama Sob : Une artiste nourrie par la mémoire et les traditions orales

Sobdibé Kemaye, connue sous le nom d’artiste « Mama Sob », est une écrivaine et artiste tchadienne. Directrice adjointe de la Bibliothèque nationale, titulaire d’un Master 2 en littérature orale et spécialiste des contes moundang du Tchad, elle puise son inspiration dans la mémoire familiale, les traditions orales et les réalités de la société. Entre écriture et musique, cette mère de cinq garçons revendique une création au service de la cohésion sociale, de la paix et de la transmission culturelle.

Née le 29 juin 1970 à N’Djaména, dans le quartier Mardjandafak, Sobdibé Kemaye a grandi dans un environnement familial où le chant, la musique et la créativité occupent une place importante. Son père, raconte-t-elle, était un grand amateur de chant et possédait lui-même un véritable talent artistique, sans avoir eu l’occasion de l’exprimer pleinement. Une grande sœur de son père, restée au village après le déplacement de la famille pendant la guerre de 1979, était également connue pour ses talents artistiques. « Quand les préfets, les sous-préfets ou les chefs de canton venaient chez nous, c’était une occasion pour elle de s’exposer », se souvient Mama Sob. Elle fabriquait elle-même une arme symbolique et se mettait en scène comme une sorte de « gendarme du village », provoquant les rires de son entourage et recevant parfois des cadeaux de ses visiteurs.

La créativité était présente chez les cousins et cousines de son père. Elle garde le souvenir de son oncle Tao, qui accueillait les enfants en chanson et improvisait des mélodies en intégrant leurs prénoms. « Dans mon sang, il y a le chant », affirme-t-elle avec conviction.

Mama Sob décrit son enfance comme une période particulièrement épanouissante. Elle grandit auprès d’un père qu’elle présente comme un homme responsable, attentif à l’éducation, à l’alimentation et à l’habillement de ses enfants. Très tôt, elle apprend le sens du service et de la responsabilité familiale. Elle se met au service de ses parents et de ses frères, mais aussi de sa communauté religieuse.

Son goût pour l’écriture remonte à son enfance. Dans son environnement familial et scolaire, les exercices de lecture, les récitations et l’utilisation du tableau occupent une place importante. Deux œuvres marquent particulièrement son parcours : « L’Enfant noir » de Camara Laye et « Sous l’orage » de Seydou Badian. La lecture de ces ouvrages lui fait prendre conscience qu’il est possible de raconter sa propre société à travers la littérature. « Je me disais, pourquoi Seydou Badian a raconté la vie de Fanny, la vie de sa société, et Camara Laye en a fait autant ? Moi aussi, avec le temps, je pouvais écrire sur ma société », explique-t-elle.

Si l’écriture occupe une place importante dans son parcours, Mama Sob reconnaît avoir une autre passion : le chant. Au point qu’elle dit elle-même ne pas savoir lequel des deux, l’écriture ou la musique, occupe la première place dans sa vie artistique. « Je ne sais même pas, entre l’écriture et la musique, qu’est-ce qui occupe la première place », confie-t-elle.  Pour elle, la chanson est bien plus qu’un simple moyen d’expression. Elle constitue une forme de libération et d’introspection. « La chanson enlève le stress, l’anxiété, le découragement», explique-t-elle. Chanter lui permet de retrouver son équilibre intérieur, de réfléchir, de laisser libre cours à son imagination et, surtout, de « supporter le monde ». Dans ses œuvres, Mama Sob refuse de se laisser enfermer dans une écriture exclusivement féminine. Elle revendique une liberté thématique et affirme écrire sur des sujets variés. «J’écris sur tous les thèmes. Je suis comme la Sénégalaise Hawa Diallo. Je n’écris pas parce que je suis une femme », affirme-t-elle.

Pour Mama Sob, la création artistique ne saurait être détachée des responsabilités de l’artiste envers sa communauté. Face aux difficultés que traverse la société tchadienne, elle appelle les artistes et les écrivains à rester attachés aux valeurs de vérité, de paix et d’unité. Selon elle, l’art doit contribuer à la cohésion sociale et au vivre-ensemble. Selon elle, Il faut vraiment utiliser l’art pour la cohésion sociale, le vivre ensemble, la paix, l’unité, et pour faire hisser le drapeau du Tchad parmi les autres drapeaux de toutes les nations du monde.

Son message à la jeunesse est tout aussi engagé. Mama Sob salue les jeunes qui osent entreprendre, apprendre et prendre des initiatives, estimant que cette génération va plus loin que celles qui l’ont précédée. « La jeunesse doit se tenir main dans la main, avancer, apprendre, se faire former pour porter haut ce plus beau cadeau que Dieu nous a donné en commun », lance-t-elle.

Alladigba Donatien

 

 

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