À l’occasion du Forum France–Tchad, les acteurs tchadiens et français de l’élevage ont posé les bases d’une nouvelle approche de coopération. L’objectif : passer d’une logique principalement fondée sur l’aide à des partenariats économiques et des investissements capables de transformer durablement les filières bétail, viande et lait au Tchad.
La coopération entre la France et le Tchad pourrait entrer dans une nouvelle phase. Réunis en Saône-et-Loire à l’occasion d’une mission organisée du 21 au 24 septembre 2026, des représentants du secteur de l’élevage tchadien, des entreprises françaises et des organisations professionnelles ont travaillé à l’identification de projets économiques concrets.
L’enjeu est désormais de dépasser les échanges institutionnels pour construire des partenariats directement opérationnels, capables de créer de la valeur, des emplois et davantage de transformation locale.
La Chambre d’agriculture de Saône-et-Loire a réuni une dizaine d’organisations ainsi que plusieurs acteurs privés autour d’un atelier consacré à l’avenir des filières bétail, viande et lait au Tchad. Le Cadre de Concertation Multi acteurs du Tchad (CACOMUT) a présenté plusieurs pistes de coopération dans ces secteurs considérés comme stratégiques pour l’économie tchadienne.
La démarche repose sur un principe : partir des besoins exprimés par les éleveurs, les coopératives et les entreprises afin d’identifier ensuite les compétences, les technologies et les partenaires susceptibles d’y répondre.
Selon Fabrice-L. Rigaux, spécialiste de la coopération internationale, les relations ont longtemps reposé sur des programmes d’aide et des projets ponctuels. La nouvelle approche envisagée accorde davantage de place au co-investissement, avec un partage des responsabilités, des risques et des bénéfices entre les différents partenaires. Dans cette logique, les futurs projets devront répondre à des besoins clairement identifiés et présenter un modèle économique permettant leur fonctionnement dans la durée.
La délégation du CACOMUT, composée d’Ahmed Moussa N’Game, d’Amir Adoudou Artine et d’Hachim Haroun Ahmat, a rencontré différents acteurs français spécialisés dans les équipements agroalimentaires, la chaîne du froid, l’alimentation animale, l’organisation des producteurs, l’abattage, la transformation et la distribution. Les échanges ont également porté sur la formation professionnelle, la maintenance des équipements et les démarches liées à la qualité.
Le 24 septembre, l’atelier « Vers des projets économiques à l’international », organisé à Jalogny, a constitué l’un des principaux temps forts de la mission. Les participants ont confronté les priorités exprimées par les acteurs tchadiens aux solutions et aux compétences disponibles en France. Agir sur l’ensemble de la chaîne de valeur
Plusieurs domaines d’intervention ont été identifiés comme prioritaires
Parmi eux figurent l’identification et la traçabilité des animaux, l’amélioration de la productivité et de la génétique, le développement des cultures fourragères et de l’alimentation animale, ainsi que la modernisation des infrastructures d’abattage et de transformation. La filière lait occupe également une place importante dans les discussions. Les participants souhaitent renforcer les systèmes de collecte, de conservation et de transformation, tout en développant la chaîne du froid.
La formation des professionnels, la maintenance des équipements et l’amélioration des normes sanitaires, de la qualité et de la certification constituent également des enjeux majeurs. Ces différents investissements doivent permettre d’améliorer la productivité, de réduire les pertes et d’accroître la valeur ajoutée créée localement.
Le financement, un enjeu central.
Pour concrétiser ces ambitions, la question du financement apparaît déterminante. Les projets envisagés pourraient combiner plusieurs sources : capitaux privés, crédits, subventions et apports en nature. Une telle approche permettrait de répartir les risques et de renforcer l’attractivité des projets auprès des investisseurs. L’objectif est également de limiter la dépendance à une seule source de financement et de favoriser des modèles économiques capables de fonctionner sur le long terme.
La réussite de cette stratégie dépendra toutefois de la capacité des partenaires à relier l’ensemble de la chaîne : production, transformation, conservation, logistique et accès aux marchés.
Vers des projets pilotes
À travers le CACOMUT et l’initiative LAHAM NADIF, les participants souhaitent désormais transformer les échanges en réalisations concrètes. Parmi les pistes évoquées figurent notamment la mise en place d’un incubateur dédié à l’élevage ainsi que le développement de deux projets pilotes. L’objectif est de sélectionner rapidement des initiatives susceptibles d’être structurées puis présentées aux dispositifs de financement français et européens, notamment dans le cadre du Global Gateway de l’Union européenne, ainsi qu’à des investisseurs privés.
Au-delà des investissements matériels, les partenaires veulent également renforcer les compétences locales, soutenir la transformation sur place et favoriser la création d’emplois.
Une nouvelle étape pour la coopération
L’atelier organisé le 24 septembre à Jalogny marque ainsi une étape dans la réflexion autour de la coopération économique entre la France et le Tchad.
Pour les filières bétail, viande et lait, l’ambition affichée est désormais de construire des projets fondés sur la production, la transformation locale, la création de valeur et le co-investissement.
La prochaine étape consistera à identifier les partenaires, sélectionner les projets prioritaires et structurer leur financement. Une manière de faire évoluer la coopération vers des partenariats économiques davantage ancrés dans les réalités du terrain et dans les besoins des acteurs tchadiens.
Badour Oumar Ali, envoyé spécial









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