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Santé

Cathéter veineux : Une pratique à risque en pleine saison du paludisme

En cette période marquée par une recrudescence des cas du paludisme, des patients poursuivent leurs activités quotidiennes avec un cathéter veineux fixé à la main. Derrière cette habitude qui tend à se banaliser dans la capitale tchadienne, se cachent des risques infectieux et vasculaires souvent méconnus.

Dans les rues, les marchés et parfois jusque sur les lieux de travail, des personnes circulent avec un cathéter encore en place, au lendemain ou au sortir d’une consultation médicale. Certaines, sous traitement contre le paludisme ou d’autres affections nécessitant une perfusion, reprennent leurs occupations sans attendre la fin des soins. Une scène qui interroge sur la perception des risques sanitaires et le respect des consignes médicales. Dans un contexte où les maladies liées à la saison des pluies sollicitent davantage les structures de santé, cette pratique mérite une attention particulière. Si le maintien d’un cathéter peut être médicalement nécessaire pour administrer plusieurs doses de médicaments, son utilisation exige des précautions rigoureuses. Or, entre contraintes professionnelles, obligations familiales et banalisation du geste, certains patients semblent reléguer ces précautions au second plan.

Dans la commune du 9ème arrondissement de la capitale, Tomtolmbaye Bonhomme observe ce phénomène avec une certaine réserve. Pour lui, certains patients affichent une forme d’orgueil en se déplaçant avec leur cathéter, comme si cet accessoire témoigne de leur capacité à supporter la maladie tout en poursuivant leurs activités. « Personnellement, je ne me sens pas bien avec un cathéter. Même lorsqu’il reste en place pendant trois jours, je ne peux pas le supporter », confie-t-il. À Dembé, Noudjimadjie Prudence partage une expérience moins rassurante. Elle affirme avoir porté un cathéter à plusieurs reprises, parfois pendant deux jours, malgré la douleur ressentie. Elle dit également avoir remarqué de petites marques sur sa main après le retrait du dispositif. « Cela me fait mal et je vois aussi de petites traces sur la main », témoigne-t-elle.

Ces témoignages illustrent une réalité préoccupante : la présence d’un dispositif médical sur la main ne semble pas toujours inciter les patients à limiter leurs déplacements. Pourtant, un cathéter veineux périphérique n’est pas un simple accessoire que l’on peut porter sans précaution. Il constitue une voie d’accès directe à la circulation sanguine. Par conséquent, la sécurité dépend notamment de son maintien, de son entretien et de la surveillance du point d’insertion.

Des complications parfois graves

Médecin-chef du Centre chirurgical adventiste de Moundou, Dr Rigué Thalès, met en garde contre les conséquences possibles de cette pratique. Selon lui, le déplacement avec un cathéter veineux périphérique, généralement posé sur la main ou le poignet, expose le patient à plusieurs catégories de complications, notamment mécaniques, vasculaires et infectieuses. Les mouvements répétés peuvent provoquer le déplacement partiel ou le retrait accidentel du dispositif. Une déconnexion de la tubulure peut également entraîner un saignement au point d’insertion et compromettre l’administration du traitement. Plus insidieuse, l’extravasation survient lorsque le liquide perfusé quitte la veine pour se répandre dans les tissus environnants. Elle peut provoquer une douleur, un gonflement et, selon le produit administré, des lésions tissulaires plus importantes. Le médecin souligne également les risques d’obstruction ou de couture de la tubulure, susceptibles d’interrompre le passage des médicaments.

Les mouvements du poignet peuvent, par ailleurs, favoriser une inflammation de la veine, appelée phlébite ou veinite. La zone concernée peut alors devenir rouge, chaude, dure et douloureuse. Dans certains cas, une thrombose superficielle peut également survenir. A ces complications s’ajoute le risque infectieux. La main étant régulièrement en contact avec différentes surfaces, une hygiène insuffisante ou un pansement souillé peut favoriser la contamination du site d’insertion. Lorsque des bactéries pénètrent dans la circulation sanguine, les conséquences peuvent aller d’une infection locale à une infection généralisée potentiellement grave.

Face à ces dangers, Dr Rigué Thalès recommande aux patients de respecter les consignes de l’équipe soignante. Le pansement doit rester propre, sec et correctement fixé. La tubulure doit être protégée contre les accrochages, tandis que les mouvements inutiles du bras perfusé et le port de charges avec ce membre sont à éviter. Le maintien d’un cathéter peut être indispensable à la continuité d’un traitement, mais il ne signifie pas que le patient peut reprendre toutes ses activités sans restriction.

Moundamaïde N’dingalaou Eveline

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