L’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) a célébré son 56ème anniversaire, le 20 mars 2026. Avec 90 États membres aux statuts différents, elle est la plus grande organisation de renforcement du monde francophone. Cependant, de nombreux défis sont à relever tant pour l’OIF elle-même que pour la promotion de la langue française.
En effet, à travers l’OIF, les États intégralement ou partiellement francophones se doivent de dépasser le cadre strictement linguistique. Ils sont appelés à incarner un dialogue des cultures autour de la langue française, cette langue partagée dans cet espace. Pourtant, le devenir de la francophonie et de la langue française semble suspendu à une équation complexe. D’un côté, il y a l’optimisme des chiffres qui indique que le nombre de locuteurs français ne cesse de croître, porté par le dynamisme démographique de l’Afrique subsaharienne, essentiellement francophone qui, selon l’organisation, abritera près de 85 % des francophones d’ici 2050. De l’autre, il est constaté un recul du français dans les instances internationales, recul auquel s’ajoute la faiblesse des infrastructures éducatives dans les régions où il progresse le plus, à savoir l’Afrique subsaharienne.
Un autre défi, non des moindres, est celui de la forte concurrence de l’anglais et des autres langues étrangères tant dans le parler que dans les études et les affaires. Dans les domaines stratégiques comme les sciences, l’économie et les nouvelles technologies de l’information et de la communication ou dans le transport, l’avenir du français inquiète. La francophonie comme organisation internationale et le français comme langue commune imposent de repenser les dynamiques politiques, économiques et culturelles actuelles. Il faut créer une symbiose entre les peuples et faciliter une appropriation de l’OIF par ces derniers. Sans cela, tout restera au niveau des dirigeants et la langue française finira par en pâtir.
La communauté linguistique française, pour parvenir à s’imposer à l’international, a besoin de se réinventer au risque de se résumer à une juxtaposition de territoires aux trajectoires divergentes. Le départ des trois pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) de l’OIF en 2025 est quoique de portée réduite, révélateur de l’appréhension qu’ont certains états de son rôle. Désormais, l’appartenance à l’espace francophone ne rime plus avec l’appartenance à l’OIF.
L’obstacle professionnel
Sur le terrain, l’inadéquation vraie ou supposée de la formation en liaison avec l’emploi dans de nombreux pays francophones de l’Afrique subsaharienne devient un frein à l’usage du français comme langue d’apprentissage. L’exigence de la maîtrise de l’anglais dans les recrutements hors fonction publique, souvent éliminatoire pour les jeunes diplômés n’est pas sans conséquence. Elle pousse les demandeurs à s’interroger sur la pertinence de cette langue française surtout qu’en interne le travail se raréfie et qu’en externe, les pays occidentaux d’expression française durcissent davantage les conditions d’immigration. Sur ce point précis la France, acteur central de la communauté francophone, doit s’investir à ce que des facilités et opportunités soient créées au profit des jeunes francophones des pays moins nantis.
Au niveau du transport aérien, le positon de 4ème langue qu’a le français n’est pas vraiment ressentie. Les locuteurs francophones sont ainsi obligés d’avoir l’usage d’autres langues dont l’anglais pour se faire comprendre dans les aéroports et lors des vols internationaux. S’insérer dans les milieux non francophones devient un stress pour les pratiquants de la langue de Molière. Sur le numérique, les applications d’apprentissage de la langue française sont minoritaires et proposent pour la plupart des services payants. Ce déphasage, loin de favoriser le français, incite les populations à se tourner vers d’autres langues.
Quelles perspectives ?
Dans leur rapport 2026 intitulé « La langue française dans le monde », les experts de l’OIF sont formels : « Le renforcement du partage des compétences entre pays disposant de structures solides et ceux dont les dispositifs sont embryonnaires demeure une priorité pour réduire les disparités et garantir une circulation équitable des savoirs ». Ils reconnaissent également la place du multilinguisme dans la francophonie pour ne pas négliger les langues locales de certains pays dont la majorité est en Afrique. D’où l’invite adressée à l’ensemble des acteurs d’agir. La naissance du Conseil scientifique participe donc des actions concrètes qui visent à accorder au français la place qui lui revient dans la mondialisation.
Payang Passoret












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