À Bol, chef-lieu de la province du Lac, l’éducation connaît une transformation progressive et profonde. Longtemps centrées exclusivement sur l’enseignement religieux, les écoles coraniques amorcent aujourd’hui un tournant décisif vers un modèle éducatif grâce à l’appui de l’UNICEF et de ses partenaires.
Au cœur de ces avancées, l’introduction des matières fondamentales telles que les mathématiques, les sciences et la lecture. Une évolution majeure qui permet désormais aux élèves de ces établissements d’acquérir des compétences pour leur insertion dans la vie active tout en conservant leur ancrage religieux. « L’objectif est de doter les enfants de compétences pratiques sans les couper de leur éducation traditionnelle », explique Valery Ngarko, chargé de programme à l’UNICEF.Selon lui, les écoles coraniques rénovées consacrent aujourd’hui une partie du temps à l’enseignement religieux, tout en intégrant un programme académique structuré. Une approche équilibrée qui rassure les parents et favorise l’adhésion des communautés.
Dans cette province marquée par une forte tradition islamique, de nombreux enfants fréquentent uniquement les écoles coraniques classiques. À 14 ans, certains maîtrisent parfaitement la lecture du coran, mais se retrouvent sans compétences de base en lecture, écriture ou calcul. Une situation qui limite fortement leurs perspectives d’avenir.
Face à ce constat, une concertation a été engagée entre les autorités éducatives, les leaders religieux et les partenaires techniques. Ce dialogue a abouti à la mise en place d’un nouveau modèle d’école conciliant enseignement religieux et éducation moderne. « Avant, les enseignants ne disposaient pas de supports pédagogiques adaptés. Aujourd’hui, des documents structurés existent et permettent un enseignement de qualité », souligne Valery Ngarko.
Infrastructures et encadrement renforcés
Au-delà des contenus pédagogiques, les efforts ont également porté sur l’amélioration des conditions d’apprentissage. Les écoles bénéficient désormais des salles de classe équipées, de fournitures scolaires et d’un environnement propice à l’apprentissage.
Le président de l’établissement déplore les conditions d’apprentissage d’autrefois. « Avant, les enfants étudient dans des conditions très difficiles. Les cours se font dans des salles en banco, souvent même sous les arbres sans équipements adéquats», explique-t-il. Il se réjouit de ce que le changement est visible et que grâce à l’appui de l’UNICEF, les enfants apprennent dans des conditions requises, avec des salles de classe dignes et du matériel pédagogique adapté. Valery Ngarko évoque également l’évolution des mentalités au sein des communautés. « Au début, certains parents étaient réticents à l’introduction de l’éducation formelle. Mais avec les sensibilisations menées, la plupart ont fini par accepter. Ils ont compris que cela représente une chance pour l’avenir de leurs enfants », relate-t-il
L’un des piliers de cette réforme repose sur la formation des enseignants. Recrutés depuis 2016, ces derniers bénéficient de formations continues en pédagogie, mais aussi sur des thématiques sensibles qui sont entre autres le soutien psychosocial ou la prévention des violences. Cette montée en compétences permet d’adapter l’enseignement aux réalités des enfants marqués par des contextes liés à l’insécurité dans la région.
Avec plus de 400 élèves inscrits dans certaines écoles rénovées contre une vingtaine en moyenne dans les structures traditionnelles, l’impact de cette modernisation est visible. Une seule école moderne peut désormais regrouper l’équivalent de plusieurs dizaines d’écoles coraniques classiques. Au-delà des chiffres, c’est une nouvelle dynamique éducative qui se met en place. Les enfants apprennent non seulement à lire le Coran mais aussi à écrire, à compter et à comprendre le monde qui les entoure.
Pour les acteurs impliqués, cette transformation marque le début d’un changement durable. L’ambition est de faire des écoles coraniques modernisées de véritables passerelles vers une éducation inclusive et adaptée aux réalités locales. « Il ne s’agit pas de remplacer la tradition, mais de la compléter », insiste Valery Ngarko.
Dans une région confrontée à de nombreux défis, cette initiative apparaît comme une réponse concrète pour offrir aux enfants un avenir plus prometteur où désormais savoir religieux et compétences modernes se complètent.
Man-Ya Allah Gisèle, envoyée spéciale












Ajouter un commentaire