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Culture

Éditorial : Lever les obstacles

A l’instar des autres nations à travers le monde, le Tchad a célébré le dimanche 21 juin 2026, la fête de la musique. Cette célébration offre l’occasion de jeter un regard rétrospectif sur l’industrie musicale tchadienne, explorant ses forces et faiblesses. C’est aussi le moment de se projeter dans le futur proche pour envisager les perspectives de ce secteur à l’aune de ses nombreux talents.

La musique tchadienne est riche de sa diversité rythmique et de la créativité de sa jeunesse. Mais malheureusement, elle fait face à des difficultés structurelles qui limitent son éclosion au niveau national et international. Faute d’une véritable industrie de disque et d’un accompagnement politique soutenu, les talents musicaux tchadiens sombrent dans la précarité et l’invisibilité internationale.

L’obstacle premier des musiciens tchadiens part d’un manque criard de la consommation locale. Dans les maquis, lors des cérémonies festives voire sur les ondes des médias, des sonorités étrangères prennent le pas sur les rythmes nationaux. Ce déficit « du consommer local » demeure un grand handicap pour un secteur à fort potentiel et regorgeant de nombreux talents.

Dans un monde globalisé où la concurrence est rude dans de tels secteurs, le talent seul ne suffit pas toujours. Il faut réunir plusieurs conditions, se résumant à un soutien multidimensionnel. Le Tchad manque d’infrastructures comme les studios professionnels d’enregistrement, de mixage et autres pour donner de la valeur ajoutée à la création des artistes. Il est aussi important de relever la quasi-absence des producteurs qui contraint les artistes à adopter le modèle d’autofinancement de leurs œuvres. Un tel mécanisme de financement complique le travail des artistes et accentue leur précarité.

Avec des talents déjà confirmés ou à des artisans en herbe, le Tchad gagnerait en définissant une politique volontariste de soutien à l’industrie de la musique. Cela passe par un investissement dans les infrastructures culturelles, la formation des acteurs culturels au mécanisme du business musical moderne et une réforme fiscale et législative stricte pour protéger le droit d’auteur et inciter le secteur privé à investir dans la culture. Cet accompagnement institutionnel est d’autant nécessaire puisqu’aussi longtemps que la musique sera perçue comme une simple distraction folklorique et non comme un levier de croissance économique à part entière, les artistes continueront à produire de belles mélodies sans en tirer profit eux-mêmes et le pays aussi.

Entre temps, de leur côté, les artistes tchadiens doivent faire preuve de responsabilité, de discipline et de rigueur dans leurs productions afin de gagner en crédibilité et conquérir davantage le cœur de leur compatriote. Les facilités induites par le numérique doivent être saisies avec intelligence et tact afin d’exporter la musique tchadienne à l’étranger et tirer les dividendes pécuniaires y afférentes. A ce niveau également, l’Etat est appelé à intégrer les grands traités internationaux sur les droits numériques pour permettre à ses artistes de percevoir des redevances à l’étranger lors des collaborations ou des diffusions internationales.

La rédaction

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