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Éditorial : Prévaloir l’intérêt collectif

Le 1er juillet 2026, le vice-Premier ministre chargé de l’Administration du territoire et de la Décentralisation et le ministre d’État, ministre des Finances, ont signé l’arrêté conjoint n°093/MFBEPCI/MATD/2026 portant création d’un comité ad hoc de veille chargé d’examiner les plaintes et les questions liées à la cartographie et aux limites territoriales dans le cadre des opérations de dénombrement du troisième Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH3). Cette décision intervient à un moment crucial, alors que le recensement est entré dans sa phase décisive. Sur le terrain, plusieurs revendications territoriales opposant certaines autorités administratives et traditionnelles ont été signalées, faisant craindre des perturbations susceptibles de compromettre le bon déroulement de l’opération.

Lors d’un point de presse, le président de ce comité, Goundoul Vikama, a rappelé que toutes les décisions sont prises conformément au découpage administratif officiel du Tchad, afin de garantir une couverture territoriale fiable, équitable et exhaustive. Il a également insisté sur le fait qu’aucun différend territorial ne doit entraver le déroulement du recensement. Les plaintes, qu’elles soient formulées par écrit ou oralement, sont recueillies par les superviseurs des zones de dénombrement ou par les responsables des unités administratives, avant d’être transmises au comité ad hoc à N’Djamena pour analyse et traitement.

Les différends liés aux limites territoriales ne sont pas nouveaux. Ils ont, à plusieurs reprises, opposé des responsables administratifs, souvent sur fond d’intérêts particuliers. L’épisode de 2020, lors de l’inauguration de l’abattoir du Logone, reste encore dans les mémoires. Les gouverneurs des deux provinces du Logone avaient alors revendiqué chacun, la tutelle de cette infrastructure. Il avait fallu l’intervention du Maréchal du Tchad, feu Idriss Deby Itno, pour trancher le litige. Cet épisode illustre la nécessité de trouver des solutions durables à ces conflits récurrents, plutôt que de les régler au cas par cas.

La gestion rigoureuse de ces différends est d’autant plus indispensable que le RGPH3 constitue un outil stratégique pour la planification du développement, la répartition des investissements publics et l’orientation des politiques nationales. Des données inexactes ou biaisées compromettraient la crédibilité du recensement et risqueraient d’entraîner une mauvaise allocation des ressources, tout en fragilisant la confiance des partenaires techniques et financiers.

À ce titre, les autorités locales, qu’elles soient administratives, traditionnelles ou issues des collectivités décentralisées, ont la responsabilité de faire prévaloir l’intérêt général sur les intérêts particuliers. La tentation de gonfler artificiellement le poids démographique de certaines localités dans l’espoir d’en tirer des avantages politiques ou économiques ne saurait servir de boussole. Le développement durable repose avant tout sur des données fiables, transparentes et acceptées par tous.

Les conseils provinciaux ont, eux aussi, un rôle majeur à jouer. En s’impliquant pleinement dans la prévention et le règlement de ces différends, ils contribueront à éviter des confusions administratives susceptibles d’alimenter, à terme, des tensions inutiles, voire dangereuses. Plus que jamais, le succès du RGPH3 dépend de la capacité de tous les acteurs à regarder dans la même direction, avec un seul objectif : placer l’intérêt collectif au-dessus de toute autre considération.

La Rédaction

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