Réseaux sociaux, protection des données, image du pays à l’international, la diplomatie tchadienne opère un virage numérique assumé. Le porte-parole du ministère en charge des Affaires étrangères, Ibrahim Adam Mahamat, détaille les contours de cette mutation, ses enjeux économiques et sécuritaires et les risques qu’elle fait peser sur la conduite des relations internationales.
Depuis près de deux ans, le ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et des Tchadiens de l’étranger, Dr Abdoulaye Sabre Fadoul, a engagé une réforme globale de la diplomatie tchadienne. Le numérique en constitue désormais l’un des piliers de cette accélération numérique, même si aucune institution n’est aujourd’hui dédiée exclusivement à cette mission. « Il faut plutôt considérer l’e-diplomatie comme un processus en construction», explique le porte-parole Ibrahim Adam Mahamat. Il passe en revue la distinction entre les deux notions souvent confondues, la diplomatie numérique et l’e-diplomatie. Selon lui, la diplomatie numérique désigne principalement l’utilisation des outils numériques, notamment les réseaux sociaux, les plateformes en ligne et les technologies de l’information pour communiquer, informer et défendre les intérêts d’un État. Par contre, l’e-diplomatie est une notion plus large, elle vise à intégrer le numérique dans l’ensemble de l’action diplomatique.
En attendant une éventuelle structuration institutionnelle, le ministère des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et des Tchadiens de l’étranger concentre ses efforts sur quatre priorités. Il s’agit entre autres du renforcement des compétences, de la modernisation des infrastructures, de la communication numérique et de la sécurité des données.
Le digital, un booster à vigilance accrue
Ibrahim Adam Mahamat souligne que le numérique a également changé la donne pour la communication diplomatique. « Cela se traduit par le simple fait qu’un gouvernement peut désormais s’adresser en quelques secondes à des millions de personnes, sans passer par les canaux diplomatiques traditionnels », explique le porte-parole du ministère des Affaires étrangères. Il ajoute qu’une information mal formulée peut rapidement prendre une dimension internationale. Cette exigence de vigilance vaut tout particulièrement pour les réseaux sociaux. Selon Ibrahim Adam Mahamat, un simple message publié en ligne peut être interprété comme une prise de position officielle, surtout lorsqu’il émane d’un responsable politique. De son point de vue, un propos sorti de son contexte, une fausse information ou une publication provocatrice peuvent être amplifiés en quelques minutes et déclencher des réactions en chaîne jusqu’à l’incident diplomatique. «Un clic peut parfois avoir des conséquences diplomatiques qu’une poignée de main aurait mis des années à construire», dit-t-il, avant d’énumérer un risque supplémentaire sur l’essor de l’intelligence artificielle qui, mal utilisée, peut devenir un puissant outil de manipulation.
Le porte-parole précise que hormis sa portée communicationnelle en politique, la diplomatie numérique est aussi considérée comme un levier économique. « Elle doit permettre de mieux promouvoir l’image du Tchad, ses opportunités d’investissement, ses secteurs productifs et son potentiel touristique, tout en facilitant la mise en relation entre investisseurs, entreprises et institutions. L’objectif affiché est d’attirer davantage de capitaux, diversifier l’économie nationale et renforcer la présence du pays sur les marchés internationaux. Cette ambition est, d’ailleurs inscrite dans le Plan national de développement Tchad-connexion 2030 ».
Autre enjeu central évoqué, la cyber-sécurité qui est présentée comme une nécessité pour tout État moderne. Pour le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, le Tchad dispose déjà de compétences en la matière au sein de l’Agence nationale de sécurité informatique et de certification électronique (ANSICE), tandis que d’autres institutions nationales accordent une attention croissante à cette question. A son avis, la souveraineté numérique du pays passe nécessairement par sa capacité à protéger ses données. Le numérique doit être un amplificateur de la diplomatie tchadienne et non un substitut. Il doit permettre de mieux faire connaître la position du pays, de valoriser son image, de suivre l’évolution de l’opinion internationale et de dialoguer directement avec les partenaires et les citoyens.
Saad Mahamat Abakar











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