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Déficit pluviométrique au Tchad : « L’État doit prendre ses responsabilités et investir massivement dans le maraîchage », alerte l’agronome Benjamin Gondjé Nguirabé

​Face à une pluviométrie irrégulière et sectorielle qui perturbe le calendrier agricole tchadien, la menace d’une crise alimentaire se fait de plus en plus pressante. Entre stress hydrique des sols, baisse des rendements et risques d’inflation sur les denrées de base, les défis pour les producteurs locaux sont immenses. Dans cet entretien accordé à notre Agence, Benjamin Gondjé Nguirabé, Ingénieur Agronome et Directeur Technique du Centre Agricole de Formation et d’Insertion Professionnelle (CAFIP), dresse un bilan sans concession de la situation. Il formule des recommandations techniques d’urgence pour sauver la saison et interpelle les pouvoirs publics sur la nécessité d’accompagner la transition vers les cultures de contre-saison.  

L’Info : En tant qu’agronome, quel bilan faites-vous de l’impact direct de ce déficit pluviométrique sur le cycle des cultures principales (céréales, légumineuses) et le stress hydrique des sols au Tchad cette saison ?  

​Benjamin Gondjé Nguirabé : Le déficit pluviométrique perturbe fortement le calendrier agricole, notamment pour les cultures céréalières et légumineuses. Cela peut entraîner une levée irrégulière, un retard de croissance, une mauvaise floraison et une diminution du remplissage des grains.  

​Par ailleurs, le stress hydrique devient particulièrement important lorsque les périodes sèches surviennent pendant les phases critiques des cultures. Cela conduit à des pertes progressives de l’humidité du sol et à une réduction de la disponibilité de l’eau pour les racines, ce qui peut provoquer le flétrissement ou la mort des plantes dans les situations les plus sévères.  

​ Dans quelle mesure la baisse de la pluviométrie menace-t-elle la sécurité alimentaire, le rendement des récoltes et la disponibilité du fourrage pour le bétail à l’échelle nationale ?  

​ Une grande partie de la production agricole au Tchad dépend encore des précipitations. La situation actuelle peut entraîner :une baisse des rendements céréaliers et des légumineuses, des pertes de rendement de récoltes dans les zones fortement touchées, car la pluie cette année est de type sectoriel (dans une même région, il pleut par zone, endroit ou quartier), une diminution des stocks alimentaires, une hausse possible duprix des denrées alimentaires, une réduction des pâturages et des ressources en eau, une diminution de la disponibilité du fourrage pour le bétail et une augmentation des déplacements des éleveurs à la recherche de pâturage et d’eau. Notons toutefois que l’impact varie selon les zones agroécologiques, ainsi que selon la durée, l’intensité et la répartition des périodes sèches.  

​ Face à l’imminence d’une sécheresse en fin de saison, quelles dispositions agronomiques d’urgence ou techniques de conservation d’eau de pluie recommandez-vous aux agriculteurs pour sauver ce qui peut l’être ?  

​ Pour faire face à cette situation, nous recommandons aux agriculteurs de conserver en général l’humidité du sol afin de sauver les cultures qui ont encore un potentiel de production , de pratiquer le désherbage raisonné pour réduire la concurrence pour l’eau, d‘utiliser le paillage avec des résidus végétaux, de réaliser des techniques de conservation des eaux et des sols, d‘aménager des cordons pierreux, des diguettes ou des ouvrages adaptables aux conditions locales, de favoriser les techniques permettant de retenir l’eau de pluie, d‘utiliser les eaux disponibles pour l’irrigation lorsque cela est possible, de récolter rapidement les parcelles arrivées à maturité afin de limiter les pertes, de conserver correctement les résidus agricoles pouvant servir de fourrage et d‘éviter le surpâturage des zones encore productives.  

​ Quels itinéraires techniques et quelles cultures de contre-saison (maraîchage, cultures d’irrigation ou à cycle court) préconisez-vous pour compenser le déficit de la saison des pluies ?  

​ Pour compenser ce déficit, nous préconisons un investissement dans les cultures de contre-saison, particulièrement dans les zones disposant de ressources en eau suffisantes. Ces cultures maraîchères concernent notamment : la tomate, l’oignon, le gombo, la laitue, le chou, la carotte, le poivron, l’aubergine, le persil, etc.  

​Certaines cultures pluviales peuvent également être pratiquées, comme le riz irrigué (pour les casiers A, B et C de Bongor) ainsi que les variétés de sorgho résistantes à la sécheresse en utilisant l’irrigation avec le système californien.  

​ Un dernier mot ou une recommandation particulière pour conclure ?  

​ De tout ce qui précède, l’État doit prendre ses responsabilités vis-à-vis de cette situation afin de : sensibiliser les paysans sur les mesures correctives apportées par les agronomes et experts du domaine afin de sauver ce qui peut l’être , vulgariser et valoriser les cultures maraîchères, investir en octroyant des fonds aux paysans pour se lancer dans les cultures maraîchères, qui demandent un coût énorme, réduire et, si possible, subventionner les semences maraîchères, les produits de traitement des plantes et le matériel agricole.

Propos recueillis par : Streve Dinguemtog

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