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Santé : L’affluence aux urgences inquiète les familles

Dans les familles comme dans les établissements sanitaires publics et privés de N’Djaména, plusieurs témoignages font état d’une forte affluence de patients ces derniers jours. Fièvre, céphalées, vomissements, diarrhées, fatigue générale ou encore pertes de connaissance figurent parmi les symptômes rapportés. Si l’ampleur exacte de cette situation reste à élucider, les professionnels de santé confirment cette augmentation de la fréquentation des services d’urgence, tout en appelant les populations à plus de vigilance.

Dans les couloirs de certains centres de santé, cliniques privées et hôpitaux, les patients se succèdent. Certains sont accompagnés de leurs proches tandis que d’autres attendent leur prise en charge depuis plusieurs heures. Au Centre hospitalier universitaire La Renaissance (CHU-L) de N’Djaména, Abderahmane A., fonctionnaire, affirme avoir constaté une forte affluence aux urgences où son épouse a été admise. « On voit des patients sur les lits et dans les couloirs, tellement il y a de cas urgents», témoigne-t-il. Sa femme souffrait notamment de douleurs musculaires et d’une forte fièvre. Les examens ont finalement révélé un paludisme. Après sa prise en charge, son état s’est amélioré. « Elle va aujourd’hui beaucoup mieux », précise-t-il.Dans les quartiers, d’autres familles font état de situations similaires. Amina N., mère au foyer, affirme que plusieurs membres de son entourage sont actuellement malades. « Mes deux enfants, ma sœur et même certains voisins de notre cour commune sont malades. On dirait que tout le monde est malade », témoigne-t-elle. Elle dit également avoir constaté des absences plus nombreuses dans une école coranique de son quartier, qu’elle attribue à des problèmes de santé. Des observations qui restent toutefois basées sur des témoignages et ne permettent pas, à elles seules, d’établir une hausse générale des maladies. Pour Ousmane A., infirmier, la sollicitation est également importante ces derniers temps. « Au quartier ou au sein de la famille, je reçois plusieurs appels par jour pour poser des perfusions ou administrer des produits par voie intramusculaire ou intraveineuse », explique-t-il.

Dr Moussa Senoussi Moussa, médecin-généraliste dans une clinique souligne, pour sa part, avoir constaté une augmentation du nombre de patients accueillis dans les services d’urgence de plusieurs établissements sanitaires de la capitale, aussi bien dans le secteur public que privé. Le praticien reste toutefois prudent sur l’ampleur exacte de cette hausse. « Pour donner des chiffres, il faut d’abord recenser tous les patients sur une période donnée. Généralement, c’est à la fin de l’année que les chiffres enregistrés dans chaque service d’urgence sont communiqués », explique-t-il. Selon son observation dans l’établissement où il exerce, « le taux de fréquentation aux urgences a quasiment doublé ces derniers temps ». Cette estimation, précise-t-il, repose sur son constat de terrain et ne constitue pas encore une statistique sanitaire consolidée à l’échelle de la capitale. Les motifs de consultation sont variés. Le médecin distingue notamment les urgences médicales et les urgences chirurgicales. Ces dernières sont souvent liées aux accidents de la voie publique ou à des situations d’abdomen aigu. Dans son établissement, le médecin dit recevoir de plus en plus de patients présentant de la fièvre, des céphalées, des vomissements, des épigastralgies, des diarrhées ou encore des pertes de connaissance. D’autres consultent pour une fatigue générale ou un état d’amaigrissement important.

Face à l’affluence dans les grands établissements, Dr Moussa Senoussi Moussa rappelle l’importance du respect de la pyramide sanitaire. Selon lui, le patient doit être examiné et son état évalué avant de déterminer le niveau de prise en charge adapté. « Il faut d’abord consulter le patient, évaluer son état pour sa prise en charge ou son transfert vers un district ou un CHU où le plateau technique est plus complet », explique-t-il. Le médecin reconnaît que tout patient doit pouvoir être accueilli, mais estime que les centres de santé et les districts sanitaires doivent également jouer leur rôle afin d’améliorer la répartition des malades et désengorger les structures de référence.

Quand faut-il se rendre aux urgences ?

Certains symptômes doivent, selon le praticien, conduire à consulter rapidement. Chez l’enfant, une fièvre persistante malgré les mesures prises à domicile doit notamment alerter. Chez l’adulte, les convulsions, les vomissements importants, la perte de connaissance, les blessures, les morsures ou les accidents de la voie publique nécessitent une prise en charge médicale rapide. Il en va de même pour une femme enceinte qui présente un malaise ou tout symptôme inhabituel. « J’exhorte la population à se faire consulter dans le centre de santé le plus proche lorsqu’on ne va pas bien. Si vous remarquez ces symptômes chez vous ou chez vos proches, il faut rapidement les conduire dans une structure de soins », conseille le médecin.

Une fois à l’hôpital, il invite également les patients et leurs accompagnants à faire preuve de patience et à coopérer avec le personnel soignant. Autre préoccupation soulevée par le médecin : le recours fréquent à l’automédication, notamment aux antibiotiques. « Souvent, on prend des antibiotiques de façon inadaptée. Et quand on vient à l’hôpital, cela peut fausser certains résultats d’examens et compliquer le diagnostic», prévient-il. Selon lui, l’usage abusif ou inapproprié des antibiotiques contribue également au développement de résistances anti microbiennes. « Le jour où

vous ferez une infection, quand on vous donnera des antibiotiques, ils peuvent ne plus être efficaces», avertit-il.

Naïma Ahmed Beïn

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