Malgré les campagnes de sensibilisation, le dépistage du cancer du sein se heurte encore au manque d’information, aux tabous socioculturels et à l’insuffisance de moyens de prise en charge. Dr Ndorélembaye Djédouboum, médecin chef de l’hôpital de kélo, alerte sur les difficultés rencontrées par les femmes, particulièrement en province.
Le cancer du sein ne se combat pas uniquement à coups de campagnes annuelles. Il exige une information permanente, un dépistage accessible et des structures sanitaires capables d’assurer la prise en charge des patientes. Au Tchad, où parler des problèmes de santé intime demeure difficile dans certaines communautés, Octobre Rose offre une occasion de briser le silence et de rappeler l’importance d’une consultation précoce. À Kélo, Dr Ndorélembaye Djédouboum fait de la sensibilisation une activité quotidienne. « Je ne saurais donner avec exactitude le nombre de femmes sensibilisées depuis le début de cette campagne », confie-t-il. À chaque consultation, il aborde la question du cancer du sein avec ses patientes.
Le praticien de la santé explique également aux femmes comment pratiquer l’autopalpation, afin de repérer d’éventuels changements et transmettre ces connaissances à leur entourage. Une démarche de proximité qui vise à faire circuler l’information au-delà des cabinets médicaux. Le premier obstacle reste parfois l’ignorance. « Beaucoup de femmes et même des hommes ne connaissent pas le cancer du sein », souligne le médecin. À ce déficit d’information s’ajoutent les tabous entourant le corps féminin. Dans certaines communautés, évoquer une anomalie du sein demeure difficile, même lorsque celle-ci suscite des inquiétudes. Sur le terrain, les réticences à témoigner devant un micro illustrent cette difficulté à libérer la parole.
Une boule dans le sein, un écoulement inhabituel du mamelon ou une modification de son aspect peuvent ainsi être dissimulés pendant des semaines, voire des mois. Par pudeur, par peur du diagnostic ou faute de moyens, certaines femmes attendent que la maladie atteigne un stade avancé avant de se faire consulter. Ce retard peut compromettre les chances d’une prise en charge efficace. Dr Manikassé Palouma rappelle que le dépistage précoce améliore les possibilités de traitement. L’autopalpation peut aider à repérer un changement inhabituel, mais elle ne remplace ni l’examen clinique ni les examens complémentaires recommandés par un professionnel de santé.
Les provinces loin de l’effervescence de la capitale
Si N’Djaména concentre une grande partie des manifestations d’Octobre Rose, les femmes des provinces ne sont pas moins concernées. « Tout le monde est concerné, que l’on vive en milieu urbain ou rural », insiste le médecin chef de district de l’hôpital de Kélo. Dans les villes secondaires et les localités rurales, les activités de sensibilisation ne bénéficient toutefois pas toujours de la même visibilité que dans la capitale. Les difficultés d’accès à l’information, l’éloignement des structures sanitaires et la disponibilité limitée des moyens de diagnostic compliquent le parcours des patientes.
Le ministère de la Santé publique et de la Prévention, à travers le Programme national de lutte contre le cancer, ainsi que plusieurs organisations, s’emploient à promouvoir la prévention. Mais la mobilisation ne saurait se limiter à la diffusion de messages. Elle doit s’accompagner d’actions régulières dans les communautés et les centres de santé, en tenant compte des réalités locales.
L’enjeu dépasse la seule volonté des femmes de se faire dépister. Dans un contexte où les capacités de diagnostic et de traitement demeurent insuffisantes, une question essentielle se pose : que devient une patiente après la découverte d’une anomalie ? La Ligue de lutte contre le cancer (LCC) par la voie de son président, Dr Manikassé Palouma, reconnaît que les moyens limitent parfois l’accompagnement des malades. L’accès aux examens nécessaires, aux traitements adaptés et au suivi médical doit constituer une priorité des politiques de santé publique. Le renforcement des équipements, la formation du personnel de santé et la disponibilité des services spécialisés apparaissent indispensables. La mise en place de données sanitaires fiables est également nécessaire pour mieux mesurer l’ampleur de la maladie et orienter les interventions publiques.
Octobre Rose rappelle chaque année que le cancer du sein n’est pas une maladie dont il faudrait avoir honte. Mais une campagne ne suffit pas à transformer durablement les comportements. Lorsque les rubans roses auront disparu des affiches, les obstacles au dépistage, eux, resteront. Le défi des autorités sanitaires sera de transformer cette mobilisation ponctuelle en une politique durable, capable d’atteindre les femmes les plus éloignées des structures de soins. Car, sensibiliser sans garantir la possibilité de se faire diagnostiquer et soigner, c’est laisser entière la question de l’efficacité de la lutte contre le cancer du sein au Tchad.
Yonwa Maïlébélé et Hawa Ahmat Hissein (stagiaire)












Ajouter un commentaire