Dans le cadre de la campagne d’Octobre Rose, placée cette année sous le thème « Octobre Rose, parlons cancer », la Ligue Tchadienne de lutte contre le cancer (LTCC) multiplie les actions de sensibilisation à N’Djaména et dans plusieurs provinces du pays. Malgré ces initiatives, la peur du diagnostic, les préjugés et l’insuffisance des moyens de prise en charge constituent des obstacles au dépistage.
L’Info: En dépit des campagnes de sensibilisation, de nombreuses femmes hésitent encore à se faire dépister, par crainte de ne pas pouvoir accéder aux soins. Comment surmonter cette difficulté ?
Dr Manikassé Palouma : C’est l’une de nos principales difficultés. Certaines femmes hésitent à se faire dépister parce qu’elles craignent de découvrir une maladie qu’elles ne pourront pas faire soigner au pays. Cette inquiétude est compréhensible, car les capacités techniques de prise en charge restent insuffisantes. Nous interpellons régulièrement les autorités sur la nécessité de renforcer les équipements, les structures spécialisées et les moyens de traitement. Il est difficile de sensibiliser les femmes lorsque, après le diagnostic, elles ne trouvent pas les soins nécessaires. La Ligue apporte parfois une assistance aux malades démunies grâce aux cotisations et à la solidarité, mais cette aide reste limitée et ne remplace pas une véritable prise en charge.
Nous continuons néanmoins à encourager le dépistage précoce. Lorsqu’une anomalie est découverte à un stade précoce, les possibilités de traitement sont généralement meilleures. Notre priorité est donc de favoriser le diagnostic rapide tout en plaidant pour un renforcement du système de prise en charge.
Quel message souhaitez-vous faire passer à travers le thème de cette année « Octobre Rose, parlons cancer » ?
Nous voulons que le cancer du sein soit au centre des conversations dans les familles, les marchés, les lieux de travail et les médias. Il faut briser le silence et les préjugés qui entourent cette maladie. Mais parler du cancer ne doit pas se limiter au mois d’octobre. La sensibilisation et le dépistage doivent se poursuivre toute l’année. Plus les femmes disposent d’informations fiables, plus elles sont en mesure de reconnaître les signes d’alerte et à consulter à temps.
Nous ne disposons pas de chiffres suffisamment représentatifs pour établir une situation nationale précise. Pour obtenir des statistiques fiables, il est indispensable de disposer d’un registre national des cancers, permettant de collecter et de centraliser les données sanitaires. Ce travail relève notamment des structures compétentes du ministère de la Santé publique et nécessite des moyens techniques et financiers importants.
Quelles sont les actions concrètes prévues par la LTCC pour cette édition d’Octobre Rose ?
Nous envisageons d’organiser des séances de dépistage gratuit du cancer du sein au cours de la dernière semaine d’Octobre Rose. Des équipes seront mobilisées à la Maison de la Femme et à l’École internationale de formation sanitaire de santé afin d’enregistrer les femmes volontaires et de faciliter leur orientation vers les structures de prise en charge. Compte tenu de nos moyens limités, nous allons nous concentrer cette année sur le cancer du sein, avec des échographies mammaires. Nous clôturerons enfin les activités par une grande marche d’espoir, dont le parcours envisagé reliera l’hôtel Hilton au stade de Paris Congo dans la commune du 6ème arrondissement.
La campagne semble davantage visible à N’Djaména que dans les provinces. Quelles dispositions prenez-vous pour toucher les femmes vivant à l’intérieur du pays ?
Octobre Rose ne doit pas se limiter à N’Djaména. Chaque année, nous mettons en place des unités de sensibilisation dans les provinces. Nous leur transmettons le thème retenu et les orientations de la campagne. Cette année, nous avons ciblé Moundou, Sarh et Abéché. Nous procédons par rotation afin de toucher progressivement d’autres localités. Notre objectif est de rapprocher l’information des populations et de permettre aux femmes de poser librement leurs problèmes.
Quel appel lancez-vous aux femmes, aux familles et aux autorités à l’occasion de cette campagne ?
Je demande aux femmes de ne pas avoir peur de connaître leur état de santé. L’autopalpation peut aider à repérer une anomalie, mais elle ne remplace ni l’examen clinique ni les examens médicaux recommandés. Au moindre changement suspect, il faut consulter rapidement. Le dépistage précoce améliore les chances de guérison. Nous demandons également aux familles de soutenir les femmes dans cette démarche et aux autorités de renforcer les capacités nationales de diagnostic et de traitement. La lutte contre le cancer du sein est une responsabilité collective. Parlons-en en octobre, mais aussi tout au long de l’année.
Interview réalisée par Yonwa Maïlébélé et Hawa Ahmat Hissein (stagiaire)












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