A l’occasion de la fête de Toussaint, les cimetières de Toukra et de Ngonba, dans le 9èmearrondissement de N’Djaména, ont connu le samedi 31 octobre 2026, une affluence. Dès les premières heures du jour, des familles se sont mobilisées pour nettoyer les tombes, arracher les herbes et raviver le souvenir de leurs proches disparus.
Il est à peine 5 heures lorsque les premiers visiteurs franchissent les portes des cimetières de Toukra. Dans la fraîcheur matinale, le silence habituel des lieux est progressivement rompu par le bruit des balais, des pioches, des pelles et des râteaux. Ici, des familles désherbent les sépultures ; là, d’autres s’affairent à remettre en état des tombes éprouvées par le temps et les intempéries. A l’occasion de la Toussaint, le rendez-vous est un rituel. On vient entretenir les dernières demeures des disparus, mais aussi renouer avec leur mémoire. Les mains s’activent, les herbes sont arrachées, la terre nivelée et les abords des tombes débarrassés des déchets. Certains sont venus en famille, d’autres accompagnés de proches. Dans cette atmosphère mêlant effort physique, émotion et recueillement, le nettoyage prend une dimension qui dépasse le simple entretien des sépultures. Il devient un acte de fidélité envers ceux qui ne sont plus.
À Ngonba, Mouangar E., frigoriste résidant à Walia, ne cache pas son émotion. Pour lui, cette mobilisation annuelle est une manière de maintenir vivant le lien avec les défunts. « Chaque 1er novembre, à l’occasion de la fête des Saints, les familles se rendent sur les tombes de leurs parents décédés pour les nettoyer. C’est un moment de recueillement et de souvenirs. Même après leur disparition, nos proches restent présents dans nos cœurs », confie-t-il. Mais derrière cette mobilisation collective se cachent parfois des situations douloureuses. Certaines familles peinent à retrouver les sépultures de leurs proches, faute de repères ou d’un entretien régulier. Krata S. en fait l’expérience. Venue au cimetière pour honorer la mémoire d’un membre de sa famille, elle déplore les difficultés rencontrées chaque année pour localiser certaines tombes. « Les gens viennent nettoyer les tombes à l’approche de la Toussaint, mais parfois, nous avons du mal à retrouver celles de nos proches. Ce matin-là, nous avons dû chercher longtemps avant de retrouver la tombe de ma tante », raconte-t-elle. Une difficulté qui rappelle aussi la nécessité de préserver les sépultures et de mieux organiser l’entretien des espaces funéraires.
La tristesse se mêle à l’affection
Pour Reounoudji R., résidente à Dembé, cette visite revêt une signification particulière. Le décès de son proche remonte à 2021. Si d’autres membres de la famille s’étaient déjà rendus sur la tombe pour l’entretenir, c’est sa première visite personnelle. Elle découvre un lieu chargé de souvenirs, où la tristesse se mêle à l’affection. « C’est la première fois que je viens moi-même ici. J’avais besoin de me recueillir, de rester un moment et de me souvenir. C’est difficile, mais l’amour que nous gardons pour nos disparus nous donne le courage de revenir», confie-t-elle.
Au-delà de ces gestes familiaux, la Toussaint conserve une signification profondément religieuse. Célébrée chaque 1er novembre par l’Église catholique, elle est consacrée à tous les saints, connus ou anonymes, officiellement canonisés ou non. Elle ne doit pas être confondue avec la commémoration des fidèles défunts, célébrée le 2 novembre, qui est spécifiquement dédiée à la mémoire des personnes décédées.
Pour les chrétiens, la Toussaint est avant tout une fête de l’espérance. Elle rappelle la vocation universelle à la sainteté et la promesse de la vie éternelle. Pourtant, dans les habitudes populaires, les deux célébrations se rejoignent souvent. A N’Djaména comme dans d’autres localités du pays, de nombreuses familles profitent de cette période pour fleurir les tombes, nettoyer les sépultures et se recueillir auprès de leurs disparus.
Moundamaïde Ndingalaou Eveline












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