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Magistrat : Un métier sous pression

Dans les tribunaux, les magistrats sont au cœur de décisions qui touchent directement la vie des citoyens. Mais derrière les audiences, les jugements, les réquisitions et les dossiers à traiter, se cache une réalité souvent moins visible. La fatigue, le stress, la pression professionnelle, les difficultés matérielles et parfois les sacrifices familiaux. Zadadine Adoum, juge d’instruction au Tribunal de grande instance de N’Djaména, par ailleurs, secrétaire général du syndicats des magistrats du Tchad et Mahamat Abdou Issa, procureur de la République près le Tribunal de grande instance d’Ati, témoignent des conditions dans lesquelles ils exercent leur métier.

Être magistrat au Tchad est une responsabilité qui dépasse largement le cadre professionnel. Selon zadadine Adoum, concilier les exigences du métier avec la vie familiale reste un véritable défi. L’obligation de réserve, l’éthique et la déontologie imposent souvent une certaine distance avec les proches afin de préserver l’indépendance des décisions judiciaires. Pour lui, le bien-être d’un magistrat ne se limite pas au confort personnel. Il repose avant tout sur des conditions de travail adaptées, des moyens matériels suffisants et un environnement professionnel permettant de rendre la justice dans la sérénité. « Un magistrat ne peut correctement exercer sa mission que s’il dispose des moyens nécessaires», affirme-t-il.


Le secrétaire général du Syndicat des magistrats
, décrit un quotidien particulièrement éprouvant. Les audiences qui s’enchainent, la rédaction des décisions, les auditions des justiciables et les nombreuses responsabilités entraînent une importante fatigue mentale. Il estime que cette pression permanente fragilise la santé des magistrats et peut avoir de lourdes conséquences sur leur état physique.

Au-delà de la charge de travail, Zadadine Adoum, évoque des difficultés matérielles persistantes. Selon lui, de nombreux magistrats financent eux-mêmes leur matériel de bureau, notamment les ordinateurs, les imprimantes ou les fournitures nécessaires au fonctionnement des juridictions. Il souligne également que beaucoup vivent en location et ne disposent pas de moyens de transports adaptés à leurs fonctions, certains étant contraints de se déplacer à moto ou à moto-taxi pour accomplir leurs missions.

Face aux accusations de corruption qui visent régulièrement la justice, il appelle à éviter les généralisations. Il reconnaît que, comme dans toute administration, il peut exister des comportements répréhensibles, mais estime qu’ils ne doivent pas remettre en cause l’intégrité de l’ensemble des magistrats. Il rappelle que la majorité exerce ses fonctions avec professionnalisme malgré des conditions souvent difficiles. Concernant l’image parfois sévère des magistrats, zadadine Adoum insiste sur le fait qu’ils ne font qu’appliquer la loi. Avant de prononcer une décision, explique-t-il, le juge prend en considération la situation personnelle, familiale et sociale du justiciable afin de rendre une décision conforme au droit tout en tenant compte des réalités humaines.

Pour Zadadine Adoum, renforcer le bien-être des magistrats constitue un moyen de renforcer la qualité de la justice. Il estime qu’une justice indépendante, efficace et crédible passe nécessairement par des magistrats travaillant dans des conditions dignes, avec les moyens nécessaires pour accomplir leur mission au service de la nation.

Mahamat Abdou Issa, procureur de la République près le Tribunal de grande instance d’Ati, souligne pour sa part que la magistrature impose des responsabilités qui débordent parfois le cadre professionnel. Pour Mahamat Abdou Issa, concilier les exigences du métier avec la vie familiale constitue « un véritable challenge ». La sensibilité de certaines procédures, leur urgence et les astreintes rendent difficile une séparation permanente entre le travail et la vie privée. Pour y parvenir, le procureur explique miser sur l’organisation et la communication avec sa famille. « Nous nous fixons des limites claires entre le travail et le foyer », explique-t-il, insistant sur la nécessité d’informer les proches sur les exigences et l’importance du rôle du magistrat dans la société. Sans cette compréhension, prévient-il, le manque de temps consacré à la famille peut créer des tensions au sein du foyer.

À cette pression professionnelle s’ajoute une autre contrainte qui est le devoir d’indépendance et de réserve. Le métier influence ainsi les relations des magistrats avec leur entourage. « Ceci nous amène à développer la méfiance et évitons certains milieux, certaines fréquentations pour ne pas compromettre notre neutralité et impartialité », souligne Mahamat Abdou Issa. Dans ce contexte, le bien-être apparaît comme une condition essentielle à l’exercice serein de la justice. Le procureur d’Ati le définit comme un état psychologique, psychique et professionnel nécessaire pour permettre au juge ou au procureur d’exercer ses fonctions avec sérénité, impartialité et pleine conscience.

Le stress fait partie du quotidien. Pour le gérer, Mahamat Abdou Issa évoque plusieurs stratégies : planifier le travail, partager les difficultés avec les collègues, séparer les temps professionnel et personnel, mais aussi pratiquer le sport, les loisirs et consacrer du temps à la famille. La prévention de l’épuisement professionnel ne repose toutefois pas uniquement sur les efforts individuels. Selon lui, il est également nécessaire d’agir sur la charge de travail, de renforcer l’accompagnement psychologique, de moderniser les outils de travail et de mieux reconnaître le rôle du magistrat dans la société.

Au-delà du stress et des contraintes, les magistrats doivent également composer avec le regard du public. Souvent perçus comme des personnes sévères, ils sont pourtant, rappelle le procureur, des professionnels chargés d’appliquer la loi. « Les magistrats ne sont pas des personnes sévères. Ce sont des professionnels qui appliquent la loi », explique-t-il.

Le quotidien est particulièrement chargé. Réception des dénonciations, plaintes et requêtes, audiences, rédaction des décisions et suivi de leur exécution constituent une partie des nombreuses tâches auxquelles les magistrats doivent faire face. « La magistrature n’est pas une sinécure. Il est un sacerdoce », résume Mahamat Abdou Issa. Malgré ces contraintes, la profession conserve pour lui une forte dimension de responsabilité et d’engagement. La protection des libertés, la défense des droits des citoyens et la garantie de l’État de droit figurent parmi les principales raisons qui donnent du sens à son métier.

Pour préserver cet engagement dans la durée, il invite ses collègues à ne pas banaliser le stress professionnel et à pratiquer régulièrement des activités récréatives et sportives. Aux jeunes qui souhaitent embrasser cette carrière, il recommande de renforcer leurs connaissances en droit, de cultiver l’éthique et l’impartialité, de savoir écouter, de garder leur calme sous pression et de développer de solides capacités de rédaction et de synthèse.

Le bien-être des magistrats apparaît ainsi comme une question qui dépasse leur seule condition professionnelle. Il touche directement au fonctionnement de la justice et à la confiance des citoyens. Pour Mahamat Abdou Issa, les magistrats doivent, malgré les difficultés, continuer à œuvrer pour gagner cette confiance. « Nous nous donnons chaque jour le mal de chien pour elle et ferons tout ce qui est possible à l’effet de gagner sa digne confiance », affirme-t-il.

Derrière chaque décision de justice se trouvent donc des professionnels soumis à des responsabilités importantes, mais aussi à des contraintes humaines. Préserver leur équilibre, leur santé psychologique et leurs conditions de travail revient, en définitive, à contribuer à une justice plus sereine, impartiale et efficace.

Zara Sakawa Abba-meï

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