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Politique Tchad

« La liberté va de pair avec la justice », Célestin Topona Mocgna, 1er vice-président, chargé des relations extérieures et de la communication de l’UNDR

Le 1er vice-président, chargé des relations extérieures et de la communication de l’Union nationale pour le développement et le renouveau (UNDR), Célestin Topona Mocgna, s’est prêté aux questions de L’Info relatives à la marche démocratique du Tchad.

L’Info : Que représente pour vous et votre formation politique la date du 1er décembre ?

Célestin Topona Mocnga : Le 1er décembre 1990 a marqué la fin du parti unique et de l’avènement de la démocratie dans notre pays. C’est dans son sillage que l’Union nationale pour le développement et le renouveau (UNDR) a été créée en juillet 1992. Sans ce bouleversement sociopolitique, le Tchad serait à ce jour dans les ténèbres de la dictature. Sur le plan symbolique, on doit considérer que c’est une date historique même si la démocratie qu’elle véhicule devra encore aujourd’hui, surmonter des obstacles et des défis.

Comment évaluez-vous la démocratie et les libertés politiques au Tchad depuis l’avènement du 1er décembre ?

Elle est à améliorer ; son renforcement suppose que les acteurs sociopolitiques sont déterminés à jouer franc jeu et respecter les principes universels qu’elle renferme. Pour l’UNDR, un pas important a été franchi en faveur de la floraison démocratique, mais les acquis que les Tchadiens ont conquis méritent d’être préservés. Il ne s’agit pas de s’enfermer dans un optimisme béat en disant que le Tchad a déjà atteint la plénitude démocratique. Des pesanteurs incroyables risques de compliquer à tout moment cette avancée politique et les vieux réflexes d’appartenir à un parti unique n’ont pas totalement disparu. Voilà pourquoi l’UNDR a toujours été très vigilante dans son appréciation du contexte d’après la dictature. Un des facteurs qui crédibilisent l’environnement où règne la démocratie est la liberté tout court. Aujourd’hui au Tchad, on peut affirmer que l’expression plurielle sur le plan politique et médiatique ne peut plus reculer même si des tentatives allant dans le sens contraire peuvent surgir. Il faut donc de la vigilance pour tous.

Quels progrès majeurs identifiez-vous depuis la fin du régime dictatorial ?

C’est le retour dans le pays du processus électoral. Rappelons que les élections pluralistes ont existé avant l’indépendance du Tchad, et c’est justement leur suppression arbitraire par le président d’alors qui a entrainé la longue chaine d’instabilité, de rebellions dont le pays souffre encore des conséquences. La situation du Tchad actuel s’est, certes, considérablement améliorée, mais il faudra aux animateurs du contexte politique de rendre le processus électoral plus inclusif et, en un mot, il faut améliorer les choses. Vous savez que depuis l’avènement du 1er décembre 1990, l’UNDR a pris part aux différentes élections sauf une en 2005 pour des raisons de désaccord avec le pouvoir. Depuis, nous sommes présents aux consultations populaires des citoyens car, c’est le baromètre de la démocratie et des partis prenantes que sont les partis politiques. Des efforts importants sont encore à faire pour arriver un jour à la perfection dans l’organisation des élections.

Quels sont, selon vous, les principaux défis qui freinent encore l’enracinement de la démocratie au Tchad ?

Le manque de culture politique d’une frange non négligeable de la classe censée animer l’arène démocratique constitue l’obstacle principal pour un développement entier de l’esprit démocratique dans le pays. Le cloisonnement de bien de milieux sur des intérêts étroits sont comme un caillou dans la chaussure de la démocratie au Tchad. Cela s’observe dans les critiques faites à notre pays par rapport à la gestion saine des ressources communes. Pour arrêter la saignée, la justice doit sévir partout contre les comportements délictueux de la vie sociale. Elle doit lutter contre les injustices et tous les maux qui mettent à mal le bien vivre ensemble.

Le Tchad a de grosses potentialités pour sortir de la pauvreté qui le déstabilise aujourd’hui. En plus des ressources naturelles qui dorment sur notre sol et sous-sol, il y a le peuple tchadien qui doit être remis au travail dans tous les domaines pour valoriser toutes les richesses que la nature nous a données. L’accent doit être mis donc dans la formation des Tchadiens et Tchadiennes, on aura contribué à juguler le chômage des jeunes qui reste une véritable bombe à retardement qui peut piéter à notre figure à tout instant.

A ce sujet, il faut se réjouir que les autorités nationales s’attèlent à punir sévèrement les malversations. Le président de la République, Chef de l’Etat, Maréchal Mahamat Idriss Deby Itno l’a réaffirmé récemment qu’il ne tolèrera plus les indélicatesses dans la gestion des revenus de l’Etat.

Comment appréciez-vous la place des partis politiques dans le système démocratique actuel ?

Sans les organisations politiques, on ne peut parler de démocratie. C’est dire, le rôle irremplaçable des partis dans l’animation de la vie politique. Cependant, il ne s’agit pas de se considérer parti politique sans avoir une emprise réelle dans la société. Il faut une réelle visibilité de tous ceux qui revendiquent leurs droits légitimes à gérer un jour le Tchad. C’est pourquoi, tout parti politique doit prouver sa visibilité sur l’ensemble du territoire national. Et puis, que dit-on de l’idéologie ou des idéologies qui doivent sous-tendre les programmes des partis politiques ? Au Tchad on dirait que cette dimension idéologique n’existe pas. Je crois que, s’il y a un pas que nous les responsables politiques devons franchir, c’est de clarifier le sens de notre combat politique par notre orientation idéologique, par une pensée politique claire à partir de laquelle, nos concitoyens doivent se déterminer dans leurs choix électoraux. De part la culture tchadienne, nous sommes convaincus à l’UNDR, que la majorité écrasante de nos populations est socialiste dans la tête sans le savoir. Quelles réformes ou mesures proposeriez-vous pour renforcer la liberté, la justice et la démocratie au Tchad ?

Je préconise que l’inflation du nombre des partis politiques constatée en ce moment au Tchad soit réglée par des textes juridico-politiques pour assainir le milieu socio-politique. Que les formations politiques dignes de ce nom mettent en jeu leur représentativité par leur participation aux différentes consultations électorales. Un parti politique qui ne peut pas gagner, ne serait-ce qu’une élection locale, doit se questionner lui-même sur son apport qualitatif à la démocratie. La liberté va de pair avec la justice et vice-versa, avec la différence cependant que la justice doit être indépendante des pouvoirs exécutif et législatif pour être véritablement utile au renforcement de la démocratie. A ce sujet, les décisions prises pendant le Dialogue National Inclusif et Souverain peuvent être considérées comme un socle consensuel pour la Paix – Discipline – Travail ; c’est ce que je souhaite au Tchad. Sans la paix rien ne peut se réaliser. La démocratie c’est le respect aussi et surtout des droits humains. L’action politique ne peut pas prospérer si les libertés sont bâillonnées et si l’intégrité physique et sociale des citoyens sont menacées. Je crois que des efforts sensibles sont faits dans le sens d’imposer l’autorité de l’Etat dans la régulation du vivre ensemble. Il faut que cet effort continue pour qu’à terme on ne puisse plus vivre des « Sandana », des « Mandakao » et autres atrocités provoquées par les ennemis de la paix qui ont empoisonné la coexistence pacifique entre Tchadiens. L’UNDR se dit prête à apporter sa modeste contribution, en tant que partie prenante de la gouvernance actuelle au retour de bons sentiments entre citoyens de ce pays.

Quel message souhaitez-vous adresser à l’occasion de cette journée aux Tchadiens ?

S’il y a un message prégnant que je voudrais faire passer à l’occasion du 1er décembre 2025, ce serait celui de la paix et de l’amour de son prochain au Tchad. Nos divergences politiques devraient être le nutriment de la démocratie et non de la destruction de celle-ci

Propos recueillis par Yonwa Maïlébélé

 

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