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Culture Tchad

Guruna : « Une pratique socioculturelle honorée », Hinsou Hara

 Le Guruna, une pratique ancestrale de la Communauté Massa, dans le sud du Tchad et au nord Cameroun, est inscrit au patrimoine culturel de l’humanité comme œuvre immatérielle. Une première au Tchad qui a créé l’émoi jusqu’au sommet de l’Etat. C’est lors de la 20ème session du comité culturel de l’UNESCO qui s’est tenue du 8 au 13 décembre à New Delhi en Inde. C’est quoi le Guruna ? Quelles sont les retombées de cette inscription ? Hinsou Hara, chef de la communauté Massa à N’Djamena répond aux questions de « L’Info ».

L’Info : Comment avez-vous accueilli cette nouvelle ? 

Hinsou Hara : En tant que chef de la communauté Massa à N’Djaména, c’est avec une immense fierté et une profonde émotion que j’ai reçu la nouvelle de l’inscription de Guruna au patrimoine immatériel de l’UNESCO. C’est l’aboutissement d’une démarche entreprise depuis quelques années. C’est une dynamique vivante et continue, car les Massa sont les précurseurs du ” Festival des Arts et de la Culture au Tchad”. Le peuple Massa est le premier à inscrire un pan fondamental de sa culture au patrimoine immatériel de l’humanité. Pour notre communauté, cette inscription est un symbole d’identité, de dignité culturelle. Elle rappelle au monde entier la richesse de notre patrimoine, mais elle nous rappelle aussi notre responsabilité : préserver, transmettre et faire vivre le Guruna pour les générations futures. Le Guruna est dorénavant un bien du monde, rayonne désormais dans le monde mais restera toujours le cœur vivant de notre identité.

C’est quoi le Guruna ?

Le Guruna est une pratique, une retraite pastorale socioculturelle et artistique autour du bétail dans la communauté Massa, où les concernés prennent des cures du lait pour venir danser, se produire en spectacle dans des regroupements festifs et culturels Massa. C’est une pratique séculaire à la fois initiatique, pastorale, artistique et communautaire. Bien plus qu’un rite, c’est une école de la vie. Une fois par an, les jeunes garçons parfois aussi jeunes filles, adultes et détenteurs du savoir, quittent les villages pour une retraite dans les environs des villages avec le bétail, dans un camp proche d’une marre souvent poissonneuse. Là au cœur d’un isolement voulu, se transmettent les valeurs fondatrices du peuple Massa à savoir l’histoire du groupe, les techniques d’élevage traditionnel, les soins vétérinaires, la lutte, la musique, la danse et l’artisanat. Nourris principalement du lait de vaches, symbole de la force et la pureté, les initiés apprennent la discipline, la solidarité, le respect des aînés et la cohésion sociale. Le Guruna a également une dimension environnementale et économique sur des techniques pastorales durables par la fertilisation traditionnelle du sol avec la bouse des bœufs, le respect de la nature.

Quelles sont les retombées pour la communauté et le pays ?

Au titre des retombées, l’inscription du Guruna au patrimoine immatériel de l’UNESCO, peut avoir plusieurs retombées positives pour la communauté elle-même et pour le Tchad et le Cameroun, deux pays des terroirs du peuple Massa. Pour la communauté, l’on peut noter la valorisation et la fierté culturelle.  L’inscription reconnaît officiellement l’importance du Guruna comme expression emblématique de l’identité Massa. Cela renforce l’estime de soi collective et la transmission intergénérationnelle. Les jeunes souvent attirés par des modèles culturels extérieurs, vont redécouvrir la valeur de leur héritage, même si nous organisons de manière biennale le Festival Tokna Massana (Tchad-Cameroun). Les opportunités économiques, sont le développement de l’artisanat lié à cette pratique (costumes, instruments, objets rituels etc.). L’engagement des praticiens comme formateurs, animateurs culturels ou guides pendant les évènements. Pour le Tchad, il faut noter, entre autres, le renforcement du patrimoine national, l’attractivité touristique, le rayonnement international, le renforcement des politiques culturelles et la cohésion sociale. Cela peut stimuler, développer les économies locales telles que l’hébergement, la restauration et le transport. Aussi, avec cette reconnaissance, cela va encourager l’Etat à développer des stratégies nationales de sauvegarde du patrimoine, la création des centres culturels, d’aires de pratiques et la mise en valeur d’autres traditions menacées de disparition, surtout cette inscription va faciliter les financements internationaux pour la culture tchadienne. Cependant, il faut prendre des précautions afin que le Guruna ne soit pas du folklore. Ne pas réduire le Guruna à un simple spectacle touristique.

Interview réalisée par Kary Amadou                                                                         

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