À l’occasion de la Journée mondiale des sols 2025, célébrée sous le thème « Des sols sains pour des villes saines », le géographe et chercheur principal au Centre d’études des dynamiques sociales, Dr Yamingé Betinbaye, analyse les enjeux liés à l’urbanisation, à la dégradation des sols et à leur impact sur les conditions de vie, en particulier au Tchad. Dans cet entretien, il explique pourquoi la protection et la gestion durable des sols constituent aujourd’hui un impératif stratégique pour les villes comme pour les campagnes.
Pourquoi, selon vous, les Nations unies ont-elles choisi de mettre l’accent sur le lien entre sols et urbanisation en 2025 ?
Si l’on regarde les dynamiques démographiques à l’échelle mondiale, il est clair que le monde s’urbanise très rapidement. Les projections indiquent qu’à l’horizon 2050, près des deux tiers de la population mondiale vivront en milieu urbain, une tendance encore plus marquée dans les pays du Sud. Pendant longtemps, la question des sols a été perçue comme une problématique strictement rurale, liée à l’agriculture et à l’élevage. Or, avec l’expansion des villes et la multiplication des usages urbains des sols, il est devenu nécessaire d’aborder cette question à l’échelle urbaine. Le choix des Nations unies vise donc à déconstruire cette vision et à montrer que les sols sont aussi un enjeu central pour les villes et la qualité de vie urbaine.
En quoi ce thème est-il particulièrement pertinent pour un pays comme le Tchad ?
Au Tchad, les sols constituent le support de nombreuses activités essentielles. Ils conditionnent non seulement l’agriculture et l’élevage, mais aussi l’habitat, les infrastructures, les transports, la santé et l’éducation. La durabilité des infrastructures dépend en grande partie de la qualité des sols sur lesquels elles sont implantées. Des sols dégradés ou instables fragilisent les bâtiments, réduisent les rendements agricoles et affectent directement les conditions de vie des populations. C’est pourquoi la question des sols est particulièrement pertinente pour un pays comme le Tchad, dont l’économie et le développement reposent largement sur ces ressources.
Pourquoi la protection des sols est-elle essentielle?
Les inondations récurrentes observées ces dernières années montrent clairement le lien entre la nature des sols et les risques environnementaux. Certains types de sols, notamment les sols argileux, favorisent le ruissellement de l’eau et accentuent les inondations. Les stratégies de prévention se concentrent souvent sur les infrastructures, alors qu’il est tout aussi important d’intégrer la connaissance et la gestion des sols dans les choix d’aménagement. Protéger les sols permet ainsi d’adopter des stratégies de développement plus cohérentes et plus durables.
Quels sont les principaux impacts de la dégradation des sols sur l’environnement et les populations ?
La dégradation des sols entraîne la perte de la biodiversité, perturbe le cycle de l’eau et favorise la pollution des nappes et des cours d’eau. En milieu urbain, l’imperméabilisation excessive des sols accélère le ruissellement et renforce les risques d’inondation. Sur le plan agricole, l’appauvrissement des sols provoque une baisse des rendements et réduit les pâturages pour l’élevage. Elle entraîne également une dégradation plus rapide des infrastructures, ce qui alourdit les coûts de réhabilitation pour les collectivités et affecte le quotidien des populations.
Quels bénéfices les communautés peuvent-elles tirer de la restauration et de la gestion durable des sols ?
La restauration et la gestion durable des sols ont des effets positifs directs sur la qualité de vie. Elles améliorent la gestion de l’eau, limitent l’érosion, renforcent la durabilité des infrastructures et contribuent à un environnement plus sain. De manière plus globale, agir sur les sols permet aussi de répondre simultanément à plusieurs défis majeurs, notamment le changement climatique, la protection de la biodiversité et la lutte contre la dégradation des terres. Protéger les sols, c’est donc investir dans un développement durable et une meilleure résilience des villes et des communautés.
Sikngaye Tamaltan Inès












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