Au Tchad, les jeunes s’intéressent de plus en plus aux sports de combat. A côté de ceux qui sont populaires, il y a le kung-fu qui se pratique dans plusieurs centres de N’Djaména. Ce dernier est peu connu du public en dehors de ce que l’on regarde à travers les films asiatiques.
Tous les mardis soir, 93 pratiquants du kung-fu se retrouvent sur le terrain du centre Don Bosco. Concentration et mouvement d’ensemble sous le regard de Richard Fizouné, alias « Mako Fiz, le Chinois noir ». On se croirait dans un temple de Shaolin en Chine. Ces jeunes, venus de tous les quartiers de N’Djaména, pratiquent le kung-fu Shaolin. Ce sport de combat est venu de la Chine à environ 10 082 kilomètres du Tchad. Au-delà de son caractère de combat, cette discipline ne sert pas seulement qu’à se défendre mais à se discipliner.
Selon maitre Richard Fizouné, « le kung-fu est une philosophie, une spiritualité et un art de vivre. Il est vu comme un sport de combat. Mais ce combat se passe d’abord à l’intérieur de nous. Le pratiquant combat ses propres défauts psychologiques comme la colère, l’orgueil, la jalousie, etc., pour les dissoudre. Et quand un défaut est dissout, il est automatiquement remplacé par une qualité. Ce qui fait que le Kung-fu ka utilise ses compétences au service de sa communauté et de l’humanité », explique Mako Fiz, le Chinois noir.
Le kung-fu et Mako Fiz, c’est une histoire de passion venue après la pratique de plusieurs sports de combat. Tout commence dans la famille avec son frère puis le karaté avec un voisin du quartier. « J’ai commencé les arts martiaux avec une formation à domicile avant de suivre les cours de karaté. J’ai ensuite intégré des clubs de kung-fu. J’ai pratiqué la capoeira (pratique culturelle afro-brésilienne qui relève à la fois du combat et de la danse, ndlr), j’ai essayé le taekwondo, le judo avant de revenir au kung-fu où j’ai bénéficié de plusieurs bourses pour me perfectionner au temple de Shaolin du mont Song Shan en Chine. Une formation intensive avec les maîtres Shaolin. J’ai étudié l’éducation physique avec pour spécialité le Taïchi à l’université des Trois Gorges de Chine. J’ai travaillé au centre de recherche en sport de santé de Yichang en Chine », témoigne-t-il.
Maîtriser sa colère pour vivre en harmonie
A travers le kung fu, souligne Mako Fiz, on étudie le corps, le mental, les émotions et les énergies. Le zen (une philosophie qui fusionne la pratique martiale avec la méditation bouddhiste, ndlr) est ancré au kung-fu Shaolin et ce dernier est bon pour la santé. Il permet d’avoir la maitrise de soi. « La colère est un poison qu’on consomme et on attend que quelqu’un d’autre en meurt. Quand on est en colère, c’est comme si on tient de la braise en main et on attend l’occasion pour la jeter sur quelqu’un. Mais c’est nous que ça brûle. On détruit nos organes internes avec la colère et un jour, on tombe brusquement, un autre jour, on dit qu’on est mort de courte maladie. Aucune courte maladie ne tue. Pour certains, ce sont des impressions non transformées, des émotions négatives mal canalisées, pour d’autres ce sont des mouvements très simples du corps mais qui créent de douleurs musculaires et articulaires avec des conséquences à moyens et longs termes, alors que ces mêmes mouvements peuvent être utilisés pour soulager des douleurs », raconte le maitre. Il soutient que de nombreuses pathologies peuvent être soignées par le mental, en combinant l’utilisation du corps et des énergies.
Badoum Oumandé Henri












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