Dans la capitale tchadienne où la chaleur et la poussière rythment le quotidien, le port des lentilles de contact devient une source croissante de problèmes oculaires, notamment chez les jeunes filles. Médecins et utilisatrices alertent sur une pratique séduisante en apparence, mais dangereuse lorsqu’elle est mal encadrée.
À N’Djaména, les lentilles de contact se sont progressivement imposées comme un accessoire de beauté et de correction visuelle. Très prisées par les jeunes filles, notamment lors des cérémonies et événements sociaux, elles sont souvent portées sans consultation médicale préalable. Pourtant, le contexte climatique de la ville rend cette pratique particulièrement risquée. Les expériences vécues par les jeunes filles illustrent l’ampleur du problème. Amina I., 22 ans, étudiante, confie avoir été séduite par l’aspect esthétique des lentilles avant de faire face aux conséquences. « Avec la chaleur et la poussière, mes yeux étaient souvent rouges et irrités. Le médecin m’a conseillé d’arrêter immédiatement », raconte-t-elle. De son côté, Fatimé M., une couturière de 19 ans, se souvient d’un épisode douloureux. « J’ai ressenti une forte douleur, comme du sable dans l’œil. J’ai compris plus tard que la poussière s’était glissée sous la lentille ».
Selon Dr Karima Oumar, ophtalmologue opérant au centre de santé Roi Fayçal de N’Djamena, les lentilles de contact sont un dispositif médical. Elles sont de fines membranes transparentes posées directement sur la cornée et servent à corriger des troubles visuels tels que la myopie, l’hypermétropie ou l’astigmatisme. D’autres, dites esthétiques, sont utilisées uniquement pour modifier la couleur des yeux.
« Les lentilles médicales sont rarement recommandées par les médecins dans un climat chaud, sec et poussiéreux de N’Djaména. Les vents chargés de poussière facilitent l’infiltration de particules sous la lentille, provoquant irritations, rougeurs, douleurs et parfois des infections sévères. La chaleur favorise également la sécheresse oculaire, rendant les yeux plus vulnérables aux microbes », explique l’ophtalmologue. Le risque est encore plus élevé lorsque les règles d’hygiène ne sont pas respectées : lavage insuffisant des mains, port prolongé des lentilles, utilisation de solutions inadaptées ou partage des lentilles entre amies.
Baisse de la vue
Dr Karima Oumar, juge la situation préoccupante : « nous recevons régulièrement des jeunes patientes souffrantes d’infections oculaires liées au port des lentilles. Dans notre climat, les complications apparaissent plus rapidement, surtout avec les lentilles esthétiques achetées sans ordonnance ». Elle précise que certaines infections peuvent provoquer des lésions de la cornée et entraîner une baisse durable, voire irréversible de la vision si la prise en charge est tardive.
Face à la multiplication des cas, les ophtalmologues appellent à une meilleure sensibilisation, en particulier auprès des jeunes filles. Ils recommandent d’éviter le port des lentilles sans avis médical, de limiter leur usage dans un environnement poussiéreux et de privilégier les lunettes, plus sûres et mieux adaptées au climat local.
Billah Adoum Hassan












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