Chaque 24 janvier, la Journée internationale invite à réfléchir à l’avenir de l’école. En 2026, cette journée met en avant le thème « le pouvoir de la jeunesse dans la co-création de l’éducation ». Une ambition qui, si elle trouve un écho dans plusieurs pays, appelle à la nuance au regard du contexte tchadien. Ici, la jeunesse demeure encore largement bénéficiaire du système éducatif, plus qu’actrice de sa conception et de son évolution.
Dans les faits, les jeunes tchadiens reçoivent l’éducation bien plus qu’ils n’y participent. Les curricula, les méthodes pédagogiques et les orientations des filières sont essentiellement définis de manière centralisée, avec peu d’espaces permettant aux élèves et aux étudiants de faire entendre leur voix. La jeunesse s’adapte aux programmes qui lui sont proposés, sans réelle possibilité d’influer sur les contenus enseignés ni sur les choix pédagogiques qui structurent son parcours. Cette situation s’explique en partie par l’héritage de modèles éducatifs importés. Une grande partie des programmes en vigueur est inspirée de référentiels conçus ailleurs, dans des contextes parfois éloignés des réalités économiques, sociales et culturelles du Tchad. Si ces modèles ont contribué à structurer le système éducatif, ils montrent aujourd’hui leurs limites face aux défis spécifiques du pays. Ce décalage rend plus difficile les possibilités pour les jeunes de se reconnaître dans l’école et de s’y projeter comme des acteurs à part entière.
Des programmes non adaptés aux réalités et marché de l’emploi
L’inadéquation entre formation et emploi constitue l’un des effets les plus visibles de cette situation. Chaque année, de nombreux diplômés arrivent sur le marché du travail sans disposer de compétences directement mobilisables dans les secteurs porteurs de l’économie nationale. Les filières générales continuent d’être privilégiées, tandis que les formations techniques et professionnelles peinent à attirer, malgré des besoins croissants dans des domaines tels que l’agriculture, l’artisanat, les services, les industries extractives ou encore les métiers du numérique. Rapprocher les curricula des réalités tchadiennes apparaît dès lors comme un enjeu central. Il ne s’agit pas de rejeter les apports extérieurs, mais de les adapter au contexte local. Une meilleure prise en compte des spécificités territoriales, des ressources nationales et des besoins du marché de l’emploi permettrait de rendre l’éducation plus concrète et plus utile. L’intégration de contenus liés à l’entrepreneuriat, aux savoir-faire locaux et aux enjeux de développement durable pourrait également favoriser une implication plus active des jeunes dans leur parcours éducatif.
Toutefois, la transformation du système éducatif ne peut reposer uniquement sur les autorités et les institutions. La jeunesse elle-même est appelée à jouer un rôle plus actif. S’organiser, s’exprimer dans les cadres de dialogue existants, formuler des propositions constructives et participer aux débats sur l’avenir de l’éducation sont autant de leviers à renforcer. La co-création de l’éducation suppose une jeunesse consciente de ses responsabilités et engagée au-delà de simples revendications.
Pour les décideurs, l’enjeu consiste à ouvrir davantage d’espaces d’écoute et de concertation afin d’associer les jeunes aux réformes éducatives. Pour les acteurs de l’éducation, il s’agit d’encourager plus de flexibilité et d’innovation. Quant à la jeunesse, le défi est de se positionner non seulement comme bénéficiaire du système, mais comme partenaire de son évolution.
Au Tchad, faire de la jeunesse un véritable acteur de l’éducation passe ainsi par une adaptation progressive des curricula aux réalités nationales et par une meilleure articulation entre formation et emploi. À cette condition, l’éducation pourra devenir un véritable levier d’émancipation, de participation et de développement durable, au service des générations présentes et futures.
Sikngaye Tamaltan Inès












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