Le ministre du Commerce et de l’Industrie, Guibolo Fanga Matthieu, a signé un communiqué, le mardi 3 février 2026, rappelant les dispositions du décret n°2835/PCMT/PMT/MSPSN/22 du 5 septembre 2022, interdisant à l’importation, la commercialisation, la vente et la consommation des boissons alcoolisées frelatées. Ce rappel, loin d’être anodin, met une fois de plus en lumière les ravages que provoque la consommation de ces substances au sein de la jeunesse tchadienne.
Les observateurs de la vie publique s’accordent à reconnaître que le Tchad ne manque pas de textes réglementaires. Cependant, comme le dit un adage, « le problème n’est pas la loi, mais son application ». En dépit de l’existence de ce décret, les pratiques qu’il vise à interdire persistent et prospèrent. Un simple tour dans plusieurs quartiers de N’Djaména, tout comme dans les provinces, suffit pour constater l’ampleur du phénomène. La jeunesse, livrée à elle-même, se détruit lentement en s’adonnant massivement à la consommation de ces poisons à bas prix dont les effets sont souvent irréversibles.
Pourtant, la loi est claire. Le chapitre IV du décret prévoit des sanctions pénales et financières contre les contrevenants. L’article 12 stipule notamment que toute violation de l’interdiction de vente ou d’offre gratuite de boissons alcoolisées frelatées à une femme enceinte ou à un mineur est passible d’une peine d’emprisonnement de trois à quinze jours et d’une amende allant de 50 000 à 500 000 francs CFA. Mais dans les faits, ces sanctions restent peu dissuasives, faute d’être effectivement appliquées. Est-ce un déficit de sensibilisation ou une violation délibérée de la loi par les acteurs impliqués dans la chaîne du trafic ? Toujours est-il que les victimes continuent d’être enregistrées.
Les responsabilités sont certes partagées, mais il est impératif de souligner l’insuffisance, voire l’absence de mécanismes de contrôle à tous les niveaux de la chaîne. Cette situation alimente les soupçons d’une complicité tacite de personnes influentes. D’autant plus que l’importation et la vente de ces alcools frelatés se font au vu et au su de tous, sans la moindre crainte de sanctions. Quatre ans après l’adoption de cette loi, rares sont ceux qui peuvent citer un cas concret de poursuite ou de condamnation pour importation ou commercialisation de ces produits. Ce laxisme institutionnel ouvre un boulevard à la poursuite de ces pratiques.
Face à cette réalité, il devient urgent que les mécanismes de contrôle, impliquant plusieurs institutions, soient renforcés et effectivement opérationnels. En amont, la vulgarisation de la loi s’impose comme une nécessité impérieuse pour freiner ce phénomène désormais enraciné. Le chapitre III du décret insiste d’ailleurs sur la sensibilisation et appelle chaque citoyen soucieux de la préservation de la vie des jeunes à dénoncer toute pratique liée à l’importation et à la vente des boissons frelatées. Sévir n’est donc pas un excès de rigueur, mais une exigence pour protéger la jeunesse et préserver l’avenir du pays.
La Rédaction












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