Dans les lieux de cérémonie, les bars, les discothèques, les sonorités tchadiennes sont appréciées différemment. Les musiques qu’elles soient inspirées des sonorités traditionnelles où celles venues d’ailleurs, les artistes musiciens essaient à leur manière de s’imposer.
Pays aux multiples ethnies et langues, le Tchad dispose d’un patrimoine musical d’une richesse exceptionnelle. Les chansons traditionnelles, interprétées dans les langues locales, cohabitent désormais avec des productions modernes. Cette diversité favorise l’émergence de sonorités variées et originales. Pour Rodrigue Allaissem, jeune mélomane, écouter de la musique dans sa langue maternelle procure un sentiment de réconfort et de fierté. « Quand j’écoute une chanson dans ma langue, je me sens joyeux et connecté à mes racines », confie-t-il. Youssouf Abdraman, passionné de la musique, la considère comme un véritable outil de sensibilisation. « La musique m’enseigne, m’éduque. Elle transmet des messages de paix, d’encouragement et de consolation », souligne-t-il.
Dans les lieux de divertissement, la demande pour la musique locale est en nette augmentation. Assileck Hissene Mbaitel alias DJ ASS, animateur dans un bar dancing de N’Djamena, observe un intérêt grandissant : « Quand je joue des titres comme le Saï ou le Fanani, la moitié des clients se lève pour danser. Certains font même des demandes spéciales moyennant de l’argent ». Même constat pour l’animateur Rim Madi, qui affirme que lors des mariages et des funérailles, les familles privilégient désormais les chansons dans leur langue maternelle.
Un rayonnement au-delà des frontières
L’engouement pour la musique tchadienne dépasse les frontières nationales. Au Cameroun, la diaspora tchadienne consomme régulièrement les productions locales dans les maquis, les réunions communautaires et les activités estudiantines. Les concerts d’artistes tchadiens attirent également un public nombreux, affirme le promoteur culturel Calvino Bodero.
Pour Ricardo Nanadoumngar, animateur culturel, cette dynamique est encourageante. Il estime toutefois que le Tchad accuse un retard sur le plan international en raison du manque d’infrastructures adaptées et de financements suffisants. « Les artistes ont pris conscience de la nécessité d’améliorer la qualité des textes, des mélodies et des rythmes pour conquérir un public international », explique-t-il.
Les collaborations avec des producteurs et diffuseurs étrangers se multiplient, signe d’une volonté d’ouverture. Cependant, l’industrie musicale tchadienne demeure fragile, faute d’un soutien institutionnel suffisant.
Malgré les difficultés, la musique tchadienne progresse. Les jeunes comme les personnes âgées l’écoutent, la pratiquent et la célèbrent. Festivals, cérémonies religieuses et traditions culturelles sont rythmés par des sonorités locales. La célébration de la Fête de la Musique, chaque 11 juin, témoigne de cet attachement croissant.
Porteuse d’identité, de cohésion sociale et de créativité, elle gagne en visibilité et en reconnaissance. Pour consolider cet élan, un soutien accru des pouvoirs publics et des partenaires culturels apparaît indispensable, afin de permettre à cette richesse nationale de rayonner pleinement sur la scène internationale.
Kaltouma Naïlar












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