Le tabac, sous toutes ses formes gagne de plus en plus du terrain et touche presque toutes les tranches d’âge. Dans les rues, les points de vente se multiplient malgré les mesures interdisant cette pratique. Mais au-delà de cette réalité se cache des revenus qui partent en fumée. Derrière chaque bâton allumé c’est un chiffre de moins.
« Je fume en moyenne 15 bâtons de cigarettes par jours », nous renseigne Djimresngar Christophe, peintre. Ce qui représente un coût journalier de 750 F CFA à raison de 50 F CFA le bâton et 27 750 F CFA le mois. Pour cet ouvrier qui ne vit que des marchés, ces chiffres ont parfois un impact sur ses finances. Mais l’addiction ne lui laisse pas le choix car, ce jeune de 38 ans fume depuis 12 ans. « Il se trouve que je ne peux pas gagner de marché pendant trois mois. Mes petites économies sont absorbées en grande partie par la cigarette en temps de chômage partiel. Il arrive que je déborde aux activités génératrices de revenus de ma femme ». Si le plus grand marché qu’il gagne tourne autour de 500 000 F CFA, la cigarette lui coûte par an 333 000 F CFA.
Autre forme de tabac mais réalité identique pour Abdoulaye Abakar, gérant d’une cabine téléphonique au marché de Moursal. « Mon activité me rapporte entre 1500 à 3000 F CFA en période de froid où il y’a constamment l’électricité. Quand il fait chaud, je peux gagner jusqu’à 15 000 F CFA. Mais chaque soir, je peux dépenser jusqu’à 2500 F CFA dans la Chicha », témoigne-t-il. Un petit calcul mensuel fait 77 500 F CFA. Par rapport à ses charges dit-il, c’est difficile de payer parfois son loyer qui est de 30 000 F CFA. Peu importe les raisons qui conduisent au tabac, ces calculs sur les revenus dans certains cas laisse perplexe.
Un poids pour les familles et l’Etat
Dans le rapport sur le modèle d’investissement pour la lutte antitabac au Tchad, produit par le ministère de la Santé et ses partenaires, près de 2 500 tchadiens meurent chaque année des suites des maladies liées au tabac. 37 % de ces décès surviennent parmi les 20 % de la population ayant le plus faible revenu. Ces données ne sont pas que des simples chiffres, elles sont l’expression d’une vulnérabilité accentuée par la consommation du tabac. Ce poids économique repose également sur l’Etat et ses partenaires qui investissent des milliards dans la prise en charge des maladies liées au tabac tels que le cancer. En 2017, les pertes économiques liées au tabac sont estimées à environ 21 milliards. Si des mesures ne sont pas prises, indiquent l’étude, ce montant va aller à 105 milliards de F CFA d’ici 2033. En cas de maladie prolongée, le fumeur devient moins productif pour l’Etat induisant une perte estimée à 2,2 milliards de FCFA par an.
Les maladies causées par le tabac comme les cancers sont des sources d’appauvrissement des familles. Par manque de plateau technique dédié, le coût de traitement est élevé obligeant les parents à investir toute l’économie familiale. Les dépenses des citoyens tchadiens cumulées à cet effet peuvent s’élever à presque 3 milliards de F CFA par an.
Badoum Oumandé Henri












Ajouter un commentaire