L’accès à l’eau potable est un droit fondamental. Au Tchad, il est devenu une promesse creuse. Une bonne partie de la population n’a pas accès à l’eau potable. Conséquences : des familles contraintes de boire une eau douteuse, des enfants exposés à des maladies hydriques évitables, et des communautés entières abandonnées à leur triste sort.
Même à N’Djaména, la situation frôle l’absurde. Dans certains quartiers, l’eau du robinet est un luxe intermittent. Ailleurs, on se rabat sur des puits non contrôlés, des forages de fortune ou des vendeurs d’eau dont la qualité échappe à toute garantie.
La responsabilité est d’abord structurelle. La Société tchadienne des eaux (STE), héritière d’un système déjà défaillant, peine à remplir sa mission. Infrastructures vétustes, réseaux inachevés, pertes techniques massives, gouvernance fragile. Les diagnostics sont connus. Et pourtant, rien ne change vraiment. Les déclarations d’intention, elles, ne manquent pas. Ministres et directeurs généraux se succèdent, promettant réformes, accélérations et résultats imminents. Mais sur le terrain, la réalité demeure inchangée. Les tuyaux restent à sec pendant que les discours, eux, coulent à flot.
Plus troublant encore, les milliards investis dans des projets censés résoudre la crise. “De l’eau pour le Tchad”, le PAEPA SU-MR (Programme d’Approvisionnement en Eau Potable et d’Assainissement en Milieu Semi-Urbain et Rural), Biteha II à Abéché, … Autant d’initiatives qui, sur le papier, auraient dû transformer le quotidien des populations. Dans les faits, elles ressemblent trop souvent à des chantiers inachevés, mal entretenus ou inefficaces.
Comment expliquer un tel décalage entre les investissements annoncés et les résultats observés ? La question dérange, mais elle est inévitable. Car à force de dysfonctionnements répétés, un soupçon s’installe. Celui d’un système où la crise de l’eau devient elle-même une ressource. Une rente pour certains, un fardeau pour tous les autres.
Pendant ce temps, dans les zones rurales, la situation est encore plus dramatique. Les populations s’approvisionnent dans des points d’eau insalubres, souvent à plusieurs kilomètres de leurs habitations. Ce n’est plus seulement une question de développement, mais celle de dignité humaine. À cela s’ajoute une pression croissante de la démographie galopante, urbanisation désordonnée, et surtout dérèglement climatique. Sécheresses, inondations. Le cycle de l’eau est profondément perturbé. Les tensions entre agriculteurs et éleveurs s’intensifient, transformant la rareté en facteur de conflit.
Le Tchad fait face à une crise systémique de l’eau. Et pourtant, les solutions existent. Elles ne relèvent ni du miracle ni de l’impossible. La réhabilitation des infrastructures existantes, maintenance rigoureuse, transparence dans la gestion des fonds, responsabilisation des acteurs publics, et surtout une volonté politique réelle.
Car au fond, le problème n’est plus technique. Il est politique. Les Tchadiens n’ont pas seulement soif d’eau. Ils ont soif de résultats. Continuer à ignorer cette crise, c’est accepter qu’elle devienne permanente. Y répondre sérieusement, c’est enfin reconnaître que l’eau n’est pas un privilège, mais une urgence nationale.
La Rédaction











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