A l’occasion de la fête de Ramadan, lors de la présentation des vœux aux membres du Conseil National des Affaires Islamiques du Tchad (CNAIT), le président de la République, Maréchal Mahamat Idriss Deby Itno, a soulevé plusieurs points essentiels. Il s’agit notamment de la corruption et des détournements de deniers publics qui persistent, les tensions sociales, le rôle des leaders religieux et la notion des valeurs républicaines. Le Chef de l’Etat appelle à la responsabilité nationale.
Sous le sceau de la foi et du recueillement, le chef de l’État a profité de la célébration de l’Aïd El-Fitr pour adresser un message à forte portée politique. Devant les autorités religieuses et institutionnelles, le président a d’abord inscrit son discours dans une dimension spirituelle, saluant les vertus du mois de Ramadan, présenté comme un temps de purification, de solidarité et de retour aux valeurs essentielles.
Mais très vite, au-delà de l’hommage religieux, le propos s’est élargi à une thématique centrale : celle du vivre-ensemble. Évoquant la coïncidence entre le Ramadan et le Carême chrétien, Maréchal Mahamat Idriss Deby Itno a mis en avant « une vérité fondamentale », celle d’une coexistence pacifique entre les confessions au Tchad. Une harmonie qu’il a inscrite dans l’héritage national, rendant hommage au défunt président, le Maréchal du Tchad, Idriss Deby Itno, ainsi qu’à plusieurs figures religieuses du pays.
La première dimension marquante de son intervention concerne la question de l’unité religieuse. En appelant à mettre fin aux querelles stériles, aux rivalités inutiles et aux discours de haine, le Chef de l’Etat a clairement pointé les tensions internes qui traversent parfois la communauté musulmane tchadienne. Le fait que cet appel soit adressé directement aux membres du Conseil National des Affaires Islamiques du Tchad souligne la volonté du pouvoir de voir cette institution jouer pleinement son rôle de régulation et d’encadrement du discours religieux.
Un appel à l’ordre dans la sphère religieuse
Derrière cet appel à l’unité, le ton s’est progressivement durci. Le président a exhorté les leaders religieux à faire preuve de « responsabilité » et « d’unité », tout en mettant en garde contre les divisions internes. Les « querelles stériles » et les discours de haine ont été explicitement dénoncés, avec une ligne rouge clairement tracée : ces comportements « ne seront plus tolérés ».
Cette mise en garde prend une dimension particulière où les divergences entre courants religieux peuvent parfois alimenter des polémiques publiques ou fragiliser l’autorité morale des institutions religieuses. En abordant explicitement la notion de « fitna », terme islamique renvoyant à la discorde et à la division, le président de la République a utilisé un registre à la fois religieux et politique pour rappeler les dangers que représentent les conflits internes pour la cohésion nationale. Ce positionnement s’inscrit dans une logique plus large de gestion de la diversité religieuse au Tchad.
Mais au-delà de la question religieuse, le Chef de l’État a également soulevé les enjeux majeurs de gouvernance. La dénonciation de la corruption et du détournement des deniers publics occupe une place importante dans son intervention. En affirmant que « voler l’argent public, c’est voler l’avenir du peuple». Maréchal Mahamat Idriss Deby Itno, adresse un message clair aux responsables administratifs, financiers et politiques.
Toutefois, l’efficacité de sa déclaration dépendra largement de sa traduction concrète dans les politiques publiques et les actions judiciaires. Il est bien vrai que la lutte contre la corruption constitue un enjeu récurrent du débat public mais les sanctions ne sont pas à la hauteur pour traduire les coupables afin de stopper cette pratique malsaine.
Un autre aspect notable de cette intervention concerne le rôle attribué aux leaders religieux dans la promotion des valeurs civiques. Les oulémas sont invités à sensibiliser les fidèles au respect des lois et à l’intégrité dans la gestion des affaires publiques. Ces derniers constituent des acteurs d’influence capables d’orienter les comportements sociaux et les perceptions politiques.
Par ailleurs, l’évocation du dialogue entre le gouvernement et les enseignants témoigne d’une volonté d’apaisement face aux tensions sociales. En mettant l’accent sur la concertation comme voie privilégiée de résolution des différends, le Chef de l’État tente de projeter l’image d’un pouvoir ouvert au dialogue. Néanmoins, la persistance de certaines revendications sociales montre que ces questions demeurent sensibles et nécessitent des réponses concrètes.
Abakar Gombo Doungous












Ajouter un commentaire