Depuis un certain temps, le Projet d’appui au développement de la microfinance en soutien à l’entrepreneuriat des femmes et des jeunes, phase 1, (PDMFI/JF) introduit un concept nouveau dans le langage financier : finance digitale ou numérique, envisagée comme tremplin à la réalisation de l’inclusion financière au bénéfice des couches considérées comme exclues du circuit traditionnel de l’économie nationale.
Cette vision consistant à s’appuyer sur le digital pour atteindre ses objectifs est salutaire et la bienvenue au moment où le numérique s’impose partout. Pour ledit projet, il est question de migrer vers la monnaie digitale, dans l’optique d’offrir des opportunités variées aux populations via la digitalisation des services des microfinances et de l’entrepreneuriat. La plus-value avec la digitalisation se résume à la sécurisation des circuits, leur traçabilité, la réduction des coûts et le gain de temps.
Mais, au-delà de la bonne volonté, des contraintes propres au pays subsistent. Au cours des sessions de formations qui ont réuni des acteurs du monde des finances, de l’entrepreneuriat, des banques, des technologies, de la régulation des télécommunications et les communicateurs, le Tchad a des acquis, certes importants, mais des efforts sont attendus dans plusieurs domaines.
En termes d’acquis, le pays présente des garanties juridiques et politiques cohérentes. Il a aligné ses textes, en la matière, sur la réglementation communautaire. C’est le cas avec les dispositions de la Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC) de la Communauté des Etats de l’Afrique centrale (CEMAC). Il en est aussi de même avec l’Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit d’affaires (OHADA).
Au rang des défis, mis à jour après les échanges, figure en priorité, un faible taux de pénétration de l‘économie numérique. Pour une population estimée à 20 millions de personnes, seules 667 mille ont un compte mobile money actif. Cet état des choses est consécutif à un autre problème ; celui de la déclaration d’identité qui continue malgré des facilités au niveau de l’Agence nationale des titres sécurisés (ANATS). Plus profond, l’insuffisance des infrastructures technologiques, routières ou la faible couverture du réseau électrique ne sont pas de nature à favoriser et concrétiser cette vision.
En plus des difficultés susmentionnées, la sécurité ou l’environnement politique sont également des paramètres à prendre en compte. Dans le contexte actuel, le niveau d’instruction, la culture numérique et financière de la population constituent aussi des barrières. Très souvent, l’on préfère avoir de l’argent liquide sur soi plutôt qu’un portefeuille numérique. Ce comportement résulte d’un manque de confiance vis-à-vis des services et produits digitaux proposés, vu la complexité de leur utilisation, mais surtout de la crainte liée à leurs indisponibilités selon les endroits.
En dernier ressort, le hic est culturel. Habitué à faire confiance aux personnes qui lui sont proches, le Tchadien a du mal à faire confiance à un inconnu, qui plus est une machine jouant l’intermédiaire sans la possibilité d’identifier celui qui se trouve derrière l’appareil. C’est à ce niveau seulement que le rôle des acteurs conviés aux différents ateliers, en particulier les journalistes et communicateurs, est crucial pour déconstruire les a priori, sensibiliser, donner la bonne information et restaurer la confiance.
La Rédaction











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