Le monde célèbre ce 22 avril 2026, la journée internationale de la Terre nourricière. Plus qu’une simple commémoration, elle est une occasion pour le monde de jeter un regard critique sur ce que l’homme, également dépendant de ladite Terre, fait pour qu’elle soit préservée. En se focalisant sur le cas tchadien, on découvre qu’il y a encore du chemin à parcourir. Parmi les défis à relever, figure l’élevage.
La Terre, à la fois source de richesse et de tensions, demeure essentielle à l’alimentation de tous les êtres vivants. Elle constitue un espace où la vie s’affirme pleinement. Elle fournit les éléments indispensables à la survie et à l’épanouissement de l’homme, de la faune et de la flore. Parmi les activités étroitement liées à cette Terre nourricière, l’élevage occupe une place importante. Au Tchad, cette activité empirique est de loin, avec l’agriculture, déterminante pour la nourriture et le développement socioéconomique des populations. Grâce à l’élevage, des familles subviennent à leur besoin, se font de petites économies et s’occupent. Avec la Terre, le lien est étroit car c’est sur elle que se pratique l’agropastoralisme. C’est elle qui conditionne l’existence et l’accroissement de la flore tout comme celle des animaux.
Cependant, bien que le pays soit vaste avec ses 1.284. 000 km2, il se pose un réel problème de gestion et de développement de l’élevage. Coexistant avec l’agriculture, il peine à s’épanouir. Souvent indexé comme cause des conflits, il l’est davantage par le mode choisi que par le secteur lui-même. En effet, l’élevage tchadien s’appuie sur le nomadisme qui nécessite de vastes domaines alors qu’avec la croissance démographique, ce mode devrait changer pour s’adapter à la donne. Sans cela, les conflits intercommunautaires ou qui opposent régulièrement agriculteurs/éleveurs vont continuer à se produire et à se reproduire, faisant de la terre une ressource disputée. Il reste incontestable que l’élevage est une richesse. Mais il est aussi indéniable qu’il faille le repenser pour qu’il ne soit plus à l’origine de certains maux dont la dégradation des écosystèmes. Il est vrai qu’il y a de l’espace. Mais tous les espaces ne sont pas hospitaliers pour l’élevage, du moins pas pour toutes les espèces.
L’alternative intensive
Au vu des menaces que pourrait apporter le mode nomadique extensif, l’option du mode sédentaire intensif devrait être promu et encouragé. Dans cette lancée, au niveau privé, il semble connaitre un bon début avec l’élevage des petits ruminants et de la volaille. Bien que très limité et non soutenu, des promoteurs s’efforcent d’en pratiquer sur des espaces dédiés. Mieux, مdes espèces anciennement méconnues du grand public comme les cailles, les dindes, les oies et bien d’autres s’invitent dans les fermes tchadiennes, particulièrement à N’Djaména, la capitale.
Cependant, pour les bovins, caprins et ovins, il y a contraste. Cet élevage qui se permet de côtoyer les villes, reste extensif. Il évolue dans un semi-nomadisme où les habitations et le troupeau cohabitent malgré tout. A l’inverse, l’Etat semble s’y intéresser et a engagé des projets dans l’intensif. Les modèles intensifs publics les plus en vogue sont le complexe industriel de Djermaya dans la province du Hadjer-Lamis et la Ferme présidentielle de Mandelia dans le Char-Baguirmi. Dans ces deux structures, ils y sont attendus un élevage et une agriculture intensifs et des unités de transformation. Seulement, plusieurs années après, rien de concret n’est disponible pour permettre à la population d’apprécier la particularité desdits investissements.
Toutefois, l’espoir est permis car avec le Plan national de développement « Tchad connexion 2030 », des projets d’intensification sont passés à l’étape de signature de convention. Dans le lot, figure l’installation d’une usine de production des aliments pour bétail qui sera implantée à Mandelia. Etant donné que la transhumance est essentiellement liée à la quête des aliments pour les troupeaux, il faut espérer que l’effectivité de cette usine s’accompagne d’une sédentarisation et d’une intensification de l’élevage. Pour en arriver, tout est question de volonté, de moyen et de sensibilisation. L’évidence est que l’élevage sentimental ne peut se pérenniser par le nomadisme. La pression foncière aidant, il faut l’alternative intensive. Pour que la Terre, nourricière de l’humanité puisse continuer à jouer son rôle de pourvoyeuse d’aliments, il va falloir que chacun pense à la protéger. Pour y parvenir, tous les gestes, pratiques et comportement déviants ou teintés d’indifférence doivent laisser place à l’action.
Payang Passoret












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