Chaque année, la Journée internationale de la population se célèbre le 11 juillet. Pour l’édition 2026, elle est célébrée sous le thème : « Concrétiser les espoirs et les aspirations des jeunes aujourd’hui et demain ». Au Tchad, l’avenir de la population dépend de la prise en compte de la jeunesse dans les politiques publiques en lui offrant des perspectives.
Entre chômage, exode rural, faible accès à la formation professionnelle et croissance démographique soutenue, l’inclusion des jeunes constitue l’un des principaux défis du développement du Tchad. À 21 ans, Mahamat Alifa fait partie de ces nombreux jeunes qui ont quitté leur village dans l’espoir de trouver une vie meilleure en ville. Originaire de Douguia, dans la province du Hadjer-Lamis, il a abandonné les champs familiaux pour rejoindre N’Djaména, il y a un an. « Nous avions plusieurs hectares au village. J’étais cultivateur et laboureur. Mes amis qui étaient déjà à N’Djaména m’ont encouragé à les rejoindre. J’ai quitté le village, mais aujourd’hui, je ne fais rien. Quand je rentre chez moi, ce sont déjà mes petits frères qui s’occupent du champ », confie-t-il.
Pour Koï Pierrot Ganda, expert en communication, ce témoignage appuie une réalité préoccupante qui est celle d’une jeunesse qui quitte progressivement les zones rurales sans toujours trouver d’opportunités dans les centres urbains. « La Journée mondiale de la population n’est pas une journée de revendication. C’est un moment de sensibilisation destiné à attirer l’attention des décideurs et de l’opinion publique sur les enjeux démographiques et leurs conséquences sur le développement », explique-t-il.
Selon l’expert en communication, le thème retenu cette année place les jeunes au cœur des préoccupations parce qu’ils représentent la principale force démographique du pays. « Le Tchad compte environ 22 millions d’habitants, dont près de 10 millions de jeunes. Parmi eux, près de cinq millions sont à la recherche d’un emploi ou d’une véritable insertion professionnelle », souligne-t-il. Pour lui, cette situation constitue un défi majeur. « Nous avons une population très jeune, mais la proportion de personnes économiquement actives reste relativement faible. Cela crée une forte pression sur les familles et sur l’État », affirme-t-il.
Koï Pierrot Ganda estime que la forte natalité demeure l’un des principaux enjeux démographiques du pays. « Dans le monde, le taux moyen de fécondité se situe entre deux et trois enfants par femme. Au Tchad, il est de 6,3 enfants par femme. Certaines familles comptent même jusqu’à quinze enfants », relève-t-il. Selon lui, l’idée selon laquelle avoir beaucoup d’enfants constitue automatiquement une richesse mérite d’être repensée. « Un enfant ne devient une richesse qu’après avoir bénéficié d’investissements importants en matière de santé, d’éducation et de formation. Sans cela, il est difficile pour lui de devenir un acteur productif du développement », explique-t-il. Le spécialiste plaide ainsi pour une parentalité responsable et un renforcement des actions de sensibilisation sur la planification familiale.
Au-delà de la question démographique, Koï Pierrot Ganda attire l’attention sur les insuffisances du système de formation professionnelle. « Nous manquons de centres de formation capables de préparer les jeunes aux métiers dont le pays a besoin », regrette-t-il. Il cite l’exemple du projet pétrolier tchadien où plusieurs compétences techniques ont dû être recrutées à l’étranger. « Pour certains métiers spécialisés liés à la chaudronnerie ou à la canalisation, le pays ne disposait pas suffisamment de ressources humaines qualifiées. Cela montre l’urgence de développer la formation professionnelle », constate-t-il.
Pour koï Pierrot Ganda, le Tchad dispose pourtant d’atouts considérables pour créer des emplois durables. Il regrette que le manque d’investissements dans l’agriculture, l’élevage et la pêche pousse de nombreux jeunes vers les villes. Selon lui, le développement agricole constitue la clé de la transformation économique du pays. « L’agriculture crée des emplois, nourrit la population et fournit les matières premières nécessaires à l’industrialisation. Aucun pays ne s’est développé durablement sans valoriser son agriculture », soutient-il.
Koï Pierrot Ganda insiste également sur l’importance de l’éducation des filles et de l’autonomisation des femmes. « Les femmes représentent près de la moitié de la population. Tant qu’elles ne participeront pas pleinement au développement économique et social, le pays ne pourra pas exploiter tout son potentiel », estime-t-il.
Koï Pierrot Ganda lance ainsi un appel en faveur d’une meilleure inclusion des jeunes dans les politiques publiques. « Si nous voulons concrétiser les espoirs et les aspirations des jeunes, il faut investir dans leur éducation, leur formation et leur insertion professionnelle. C’est à cette condition que le dividende démographique pourra devenir une véritable opportunité pour le Tchad », conclut-il.
Zara Sakawa Abba-meï












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