Sous une pluie fine, les allées du marché de Dembé ressemblent davantage à un terrain marécageux qu’à un espace de commerce. Les flaques d’eau stagnante se confondent avec les amas d’ordures ménagères. Les mouches tournoient autour des étals où légumes, poissons, céréales et condiments sont exposés à l’air libre. Chaque pas soulève des éclaboussures de boue mêlées à des déchets en décomposition. En cette saison des pluies, l’insalubrité s’impose comme le visage quotidien de plusieurs marchés de la capitale.
Derrière cette réalité se cache un véritable enjeu de santé publique. Les eaux de ruissellement transportent les déchets, favorisent la prolifération des microbes et augmentent les risques de contamination des denrées alimentaires. Dans ces conditions, les maladies diarrhéiques, le choléra ou encore les infections digestives trouvent un terrain propice à leur propagation. Au marché de Dembé, les commerçantes disent vivre une situation devenue insupportable. Entre manque d’espace, absence d’entretien régulier et faible revenus, elles affirment ne plus pouvoir faire face seules à cette dégradation. Assise derrière son étal installé en bordure de la route, Hawa M, mère de huit enfants, raconte son quotidien avec résignation. « À l’intérieur du marché, il n’y a plus de place. Nous sommes obligées de vendre au bord du goudron. La saleté nous dérange énormément, mais nous n’avons pas les moyens d’évacuer toutes ces ordures. Pourtant, c’est grâce à ce commerce que nous faisons vivre nos familles », confie-t-elle.
Le sentiment d’abandon est largement partagé. Neta E, vendeuse de poissons, s’interroge sur l’efficacité du système de collecte des déchets. « Nous payons pourtant des taxes de 50 ou 100 francs pour le ramassage des ordures. Malgré cela, les déchets restent sur place et la situation devient de plus en plus compliquée », déplore-t-elle. Pour Denesseim Angéline, mère de trois enfants, le problème dépasse désormais la simple question d’hygiène. « La mairie nous demande de maintenir les lieux propres, et c’est normal. Mais à l’intérieur du marché, nous manquons d’espace et les clients viennent de moins en moins. Nous souffrons énormément », souligne-t-elle.
Face à cette situation, les services d’hygiène tentent de maintenir la vigilance. Les équipes de la Police sanitaire effectuent régulièrement des contrôles inopinés dans les marchés, les établissements agroalimentaires, les hôtels ainsi que d’autres lieux recevant le public afin de vérifier le respect des règles sanitaires. Chef du service Hygiène et Assainissement de la commune du 7ᵉ arrondissement, Djimta Ngarmadjingaye estime que la sensibilisation demeure la première arme contre les maladies liées à l’insalubrité. Selon lui, les aliments doivent être protégés de la poussière, des insectes et de toute autre source de contamination. Il recommande également le nettoyage et la désinfection quotidiens des étals, des locaux, des équipements et des ustensiles de travail. Les commerçants sont invités à maintenir leurs espaces de vente propres, à déposer les déchets dans des poubelles et à les faire évacuer régulièrement, tout en utilisant des dispositifs de lavage des mains avec de l’eau, du savon ou du gel hydroalcoolique.
Le responsable rappelle également que la prévention passe par des gestes simples : consommer de l’eau potable, bien cuire les aliments, maintenir les habitations propres et assainir les alentours. « Le seul moyen d’éviter le choléra est la propreté. Le choléra est la maladie des mains sales. Une bonne hygiène reste notre meilleure protection », insiste-t-il. Au-delà des recommandations sanitaires, les commerçantes réclament surtout des solutions concrètes : davantage d’espaces de vente, une collecte régulière des déchets, un meilleur drainage des eaux pluviales et un entretien permanent des marchés.
Car si la salubrité est une responsabilité collective, elle ne peut reposer uniquement sur les vendeuses. Entre les autorités municipales, les services d’assainissement et les usagers, chacun est appelé à jouer sa partition. Faute de quoi, les marchés, lieux essentiels de l’économie populaire, risquent de devenir aussi des foyers permanents de maladies, au détriment de toute la population.
Moundamaïde Ndingalaou Eveline et Amina Soumaïne Adoum










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