Lors de la restitution des travaux du Comité de réflexion stratégique sur le système éducatif tchadien, le ministre d’État, ministre de l’Éducation nationale, du Bilinguisme et de la Promotion civique, Mahamat Ahmat Alhabo, a annoncé l’éventualité de renforcer l’apprentissage de l’anglais à partir de la classe de 6ème. Le projet vise l’augmentation du nombre des locuteurs de la langue de Shakespeare. La finalité est de susciter une génération de Tchadiens sans complexe devant les anglophones. C’est un projet réalisable quand on sait que plusieurs pays francophones y sont déjà parvenus.
Sur le principe, l’idée est intéressante. Dans un monde où l’anglais occupe une place centrale dans l’enseignement supérieur, la recherche, les nouvelles technologies, l’économie et les échanges internationaux, sa maîtrise pourrait offrir aux jeunes Tchadiens de nouvelles opportunités, notamment pour poursuivre leurs études à l’étranger après le baccalauréat.
Cette langue est déjà introduite au collège depuis plusieurs années, mais le désintéressement des élèves n’a pas facilité sa maitrise. Comment arriver à un regain d’intérêt ? Les élèves doivent déjà apprendreplusieurs matières pour un emploi du temps scolaire particulièrement chargé. Donner une place de choix à l’anglais signifie nécessairement consacrer du temps supplémentaire à son apprentissage. Il va falloir surmonter les défis de l’organisation, du réaménagement des horaires, et surtout du nombre et du profil des enseignants, entre autres. Le véritable problème auquel le système éducatif est confronté aujourd’hui reste celui du niveau des élèves. Dans plusieurs établissements, les difficultés d’apprentissage, le manque de ressources pédagogiques, les classes surchargées et l’insuffisance d’enseignants constituent déjà des défis importants. Ces préoccupations ne sont pas secondaires. Elles déterminent la réussite ou l’échec de cette réforme. Il est question de renforcer les moyens didactiques, tout en consolidant les bases. Il faut d’abord résoudre les problèmes fondamentaux afin d’éviter de créer une charge supplémentaire pour les élèves et les enseignants. Des programmes pilotes pourraient d’abord être expérimentés dans certains établissements avant une généralisation progressive à l’ensemble du pays. Cette méthode permettrait d’identifier les difficultés, d’évaluer les résultats et d’apporter les corrections nécessaires avant de passer à une échelle nationale.
Toute innovation éducative commence par la formation de ceux qui sont chargés de la mettre en œuvre. Avant d’exiger des élèves qu’ils apprennent l’anglais, il faudrait donc investir massivement dans la formation des enseignants. Pourquoi ne pas profiter des vacances scolaires pour organiser des formations intensives destinées aux enseignants? Ces derniers pourraient ensuite accompagner progressivement les élèves dans leur apprentissage.
Ce projet doit tenir compte des réalités du Tchad. Le nombre d’enseignants disponibles, les infrastructures scolaires, les effectifs dans les classes, les ressources pédagogiques et les conditions d’apprentissage des élèves. Il serait donc souhaitable que cette introduction soit accompagnée d’un véritable plan de préparation. Car,en matière d’éducation, le plus important n’est pas d’aller vite, mais de construire durablement. L’autre défi est de faire en sorte que cette ambition ne reste pas seulement une bonne annonce, devienne une réforme réellement efficace, adaptée aux réalités et bénéfique aux enfants.
La Rédaction











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