C’est un constat lucide qui anime au- jourd’hui les débats au niveau national sur l’efficacité de la gestion de la chose pu- blique : le recours quasi systématique de l’État à la location des bâtiments privés pour abriter des ministères, des directions générales et diverses institutions de la République. Cette question récurrente a été évoquée lors d’une question orale avec débat au sénat sur le litige foncier par une sénatrice. Cette dépendance immobilière chronique, devenue une véritable norme au fil des ans, pose un sérieux problème d’orthodoxie financière et de souveraineté administrative. Alors que la puissance publique devrait toujours s’illustrer par la pérennité et la propriété exclusive de ses infrastructures, elle se retrouve dans la position incongrue d’un locataire permanent, injectant chaque mois des millions de francs CFA du contribuable dans le patrimoine immobilier privé.
Cette situation préoccupante soulève la question fondamentale de la transparence et des méca- nismes réels de régulation de ces baux. Dans une gouvernance moderne et pleinement vertueuse, l’octroi de tels marchés publics devrait obéir à des règles strictes de mise en concurrence et de publicité légale. Pourtant, l’opinion publique nationale est en droit de s’interroger : où sont donc passés les avis d’appel public à manifestation d’intérêt invitant ouvertement les propriétaires fonciers à proposer des édifices conformes aux besoins de l’administration étatique ? Au constat, la gestion courante laisse trop souvent transparaître des négociations menées dans le secret des couloirs, loin des procédures rigoureuses et pleinement transparentes qui doivent impérativement caractériser la passation des marchés publics.
Au-delà de cette opacité, c’est l’incohérence financière globale de la démarche qui suscite l’incompréhension. Le paysage urbain est jalonné de chantiers de construction d’édifices publics lancés en grande pompe et surmédiatisés ; puis, brusquement, suspendus sous le motif récurrent du manque de ressources budgétaires. Parallèlement, ce même Etat se montre capable de mobiliser, sans discontinuer, des budgets mensuels colossaux pour honorer des loyers faramineux à des particuliers. Ce paradoxe économique est difficilement justifiable. Comment attester l’absence de fonds pour achever des chantiers souverains, tout en disposant de liquidités permanentes pour enrichir des bailleurs privés ? Ce déséquilibre flagrant se trouve accentué par une prolifération frénétique de nouvelles structures administratives. Au gré des réformes et des opportunités institutionnelles, de nouvelles entités sont régulièrement créées. Malheureusement, cette extension de l’appareil étatique ne s’accompagne d’aucune planification immobilière préalable. Il existe un décalage majeur entre la naissance de ces institutions et la disponibilité réelle des locaux publics aptes à les accueillir. On crée d’abord, et l’on cherche à loger, en urgence, ensuite, alimentant ainsi le cercle vicieux de la location privée.
Face à ces dérives, il devient urgent pour les pouvoirs publics de redéfinir une politique immobilière cohérente, digne et transparente. Il convient d’instaurer un moratoire sur les nouvelles locations privées, d’auditer rigoureusement tous les contrats en cours et de concentrer les précieuses ressources budgétaires nationales vers l’achèvement rapide des infrastructures étatiques en veilleuse. C’est à ce prix, et à ce prix seulement, que l’État tchadien restaurera sa cré- dibilité et garantira une gestion rigoureuse des précieux deniers appartenant à tout un peuple.
La Rédaction










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