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Tchad

Gestion des conflits : Les chefs traditionnels face à leurs responsabilités

Le Forum national des autorités traditionnelles du Tchad sur la prévention, la gestion des conflits et la cohésion sociale s’est ouvert ce jeudi 29 octobre 2026 à Mongo, chef-lieu de la province du Guéra sous le thème « Au cœur du Tchad, la paix se construit ensemble ! ».

Organisée par le Haut Conseil des chefferies traditionnelles, cette rencontre de trois jours réunit les autorités traditionnelles, administratives, les forces de défense et de sécurité ainsi que des représentants de la société civile, des organisations de femmes, de jeunes, d’agriculteurs et d’éleveurs. Représentant le Président de la République, le Maréchal du Tchad, Mahamat Idriss Déby Itno, le vice-Premier ministre, chargé de l’Administration du territoire et de la Décentralisation, Limane Mahamat a appelé les chefs traditionnels à assumer pleinement leurs responsabilités dans la prévention des conflits.

Dans son discours, le vice-Premier ministre Limane Mahamat a placé les chefs traditionnels au cœur du dispositif de prévention et de règlement des conflits. Il a souligné que la paix et la cohésion sociale reposent en grande partie sur leur capacité à maintenir le dialogue entre les communautés et à désamorcer les tensions avant qu’elles ne dégénèrent en violences.

Limane Mahamat a dénoncé la recrudescence des conflits communautaires, fonciers et agropastoraux dans plusieurs provinces du pays. Ces affrontements, a-t-il relevé, entraînent des pertes en vies humaines, des destructions de champs et de biens, des déplacements de populations ainsi qu’une détérioration des relations entre les communautés. Parmi les causes évoquées figurent la pression sur les ressources naturelles, les effets des changements climatiques, les litiges fonciers, l’occupation des couloirs de transhumance, la circulation illicite des armes et les faiblesses dans le règlement de certains différends. À ces facteurs s’ajoutent, selon lui, l’instrumentalisation des appartenances communautaires et l’impunité dont bénéficieraient certains auteurs de violences.

Face à cette situation, Limane Mahamat a insisté sur la nécessité de restaurer l’efficacité des mécanismes traditionnels de médiation. Il a toutefois déploré l’absence prolongée de certains chefs dans leurs circonscriptions, notamment ceux qui résident durablement à N’Djaména, laissant leurs administrés sans encadrement de proximité. « La chefferie n’est pas un titre honorifique. La chefferie est une charge, une responsabilité et des obligations », a-t-il martelé. Il a appelé les chefs traditionnels à résider effectivement dans leurs ressorts, à tenir régulièrement audience, à visiter les villages et les campements et à rester à l’écoute des populations.

Le vice-Premier ministre a annoncé un durcissement des mesures à l’encontre des responsables défaillants. Selon les directives présentées lors de la cérémonie, toute absence irrégulière ou gestion par procuration pourra ouvrir la voie à la désignation d’un remplaçant au sein de la famille titulaire du droit, suivie de son homologation par décret. Une exception est prévue pour certains motifs liés à l’exercice de fonctions publiques nationales.

Transhumance : une préoccupation grandissante

Le vice-Premier ministre, chargé de l’Administration du territoire et de la Décentralisation a également attiré l’attention des participants sur les conflits récurrents entre agriculteurs et éleveurs, notamment ceux provoqués par l’arrivée précoce des troupeaux dans les zones agricoles avant la fin des récoltes. À cet effet, il a appelé au respect strict de la circulaire n°007/MATD/SG/2026 du 28 septembre 2026, relative à la prévention des descentes précoces des transhumants et à la sécurisation de la campagne de transhumance 2026-2027.

Le texte prévoit notamment la diffusion du calendrier de transhumance, le respect des couloirs de passage, l’arrêt des troupeaux arrivant avant la période prévue, la réactivation des comités locaux mixtes de gestion des conflits et le règlement rapide des dégâts champêtres par la conciliation. Les chefs traditionnels sont appelés à travailler en étroite collaboration avec les délégués généraux du gouvernement, les préfets et les sous-préfets pour assurer l’application de ces mesures. Ils devront également sensibiliser les agriculteurs et les éleveurs et signaler rapidement toute situation susceptible de provoquer des affrontements.

Pour Limane Mahamat, la jeunesse doit aussi être protégée contre les manipulations et les discours identitaires susceptibles d’alimenter les divisions. Il a exhorté les autorités traditionnelles à promouvoir les valeurs de tolérance, de solidarité, de respect des lois de la République et de coexistence pacifique.

Durant les trois jours de travaux, les participants sont appelés à dresser un état des lieux des conflits récurrents, à identifier leurs causes profondes et à examiner les difficultés auxquelles les chefferies traditionnelles font face. Les échanges devront notamment déboucher sur une feuille de route nationale assortie d’actions précises et d’échéances, un mécanisme d’alerte précoce pour prévenir les conflits, une charte d’éthique et de bonne conduite des autorités traditionnelles, ainsi qu’un cadre permanent de dialogue entre le Haut Conseil des chefferies traditionnelles et le gouvernement.

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ATPE

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