« Tant qu’il y a des armes entre les mains des civils, nous n’aurons pas la paix». Cette déclaration du Président de la République, le Maréchal du Tchad, Mahamat Idriss Déby Itno, le 10 août 2026, dans son message à la Nation, à l’occasion du 66ème anniversaire de l’indépendance, remet au premier plan la question du désarmement des civils et, plus largement, la responsabilité collective dans la consolidation de la paix.
Cette question revêt une importance particulière pour le Tchad, pays situé dans une région marquée par des crises sécuritaires persistantes. Le pays partage notamment ses frontières avec le Soudan et la Libye, deux États confrontés à des conflits armés. Cette proximité géographique constitue un facteur de vigilance supplémentaire face aux risques de circulation illicite des armes, favorisée par la porosité de certaines frontières. Sans établir de lien automatique entre ces conflits et les armes détenues illégalement au Tchad, le contexte régional montre combien la maîtrise des flux d’armes constitue un enjeu majeur de sécurité nationale. Dans un pays confronté à des tensions intercommunautaires et à diverses formes d’insécurité, la circulation incontrôlée des armes est un facteur aggravant. Une arme détenue illégalement peut transformer un conflit familial, un différend foncier ou une querelle entre individus en affrontement aux conséquences dramatiques.
La lutte contre la prolifération des armes apparaît, dès lors, comme une nécessité pour préserver la sécurité et la cohésion nationale. Cette lutte dispose d’un fondement juridique. L’article 56 de la Constitution tchadienne révisée de 2025 interdit strictement aux civils la détention et le port d’armes de guerre sur l’ensemble du territoire national. Il précise également que les conditions de détention et de port des armes civiles sont déterminées par la Loi. Les opérations de désarmement doivent donc s’inscrire dans ce cadre légal. Elle ne peut être considérée comme de simples opérations de confiscation, mais comme une démarche de sécurité publique devant respecter les procédures prévues par les textes.
Respecter la loi
Les chiffres communiqués par le Premier ministre, Ambassadeur Allah Maye Halina, devant le Sénat, le 16 mars 2026, illustrent l’ampleur du phénomène. Il avait indiqué que 3 889 armes de tous calibres avaient été saisies entre 2025 et 2026 lors des opérations de désarmement et de contrôle conduites par les Forces de Défense et de Sécurité. Mais, derrière ces chiffres se trouve une réalité qui interpelle également les citoyens. L’État peut déployer ses forces, multiplier les contrôles et renforcer les sanctions, mais il ne pourra durablement éliminer les armes illégalement détenues sans la collaboration de la population. Chaque citoyen doit donc assumer sa part de responsabilité. Détenir une arme sans autorisation, la dissimuler ou la remettre à une autre personne pour échapper aux contrôles contribue à fragiliser la sécurité collective. La population doit comprendre que cacher une arme n’est pas une solution de protection, mais peut au contraire exposer son détenteur, sa famille et son entourage à de graves conséquences. Toutefois, cette responsabilité doit fonctionner dans les deux sens. Les citoyens sont appelés à respecter la loi, tandis que les agents chargés du désarmement doivent exercer leur mission avec professionnalisme, impartialité et respect des droits.
Le message présidentiel du 10 août 2026 doit ainsi être compris comme un appel à une mobilisation collective. L’État doit faire respecter la loi, les forces de sécurité doivent agir dans le cadre de leurs compétences, la justice doit jouer pleinement son rôle et les citoyens doivent renoncer à la détention illégale des armes et coopérer avec les autorités. La paix ne se décrète pas, elle se construit par la loi, la responsabilité et la confiance. Désarmer les civils, c’est certes renforcer l’autorité de l’État, mais c’est aussi permettre à chaque citoyen de contribuer directement à la sécurité et à la paix.
Hassaballah Ahmat Khamis












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