À N’Djaména, l’utilisation de journaux et autres papiers imprimés pour emballer des aliments reste une pratique courante dans les marchés et quartiers. Viande, beignets, frites ou autres préparations chaudes sont parfois directement déposés sur ces supports. Une habitude économique et pratique pour certains vendeurs, mais qui soulève des préoccupations en matière de sécurité alimentaire et d’hygiène. Pour Chérif Mohamedine Mohamed, spécialiste en santé publique, le problème ne se limite pas à la propreté apparente du papier.
Dans plusieurs quartiers de la capitale, il n’est pas rare de voir des vendeurs recourir à des journaux ou à des feuilles imprimées pour emballer leurs produits. Pour certains, cette pratique permet de faire face au manque de récipients ou aux difficultés liées à l’utilisation des sachets. Pour Motomadji G., mère de deux enfants, cette pratique représente un risque pour les consommateurs. « C’est vraiment dangereux. C’est un risque pour nous et pour nos enfants. Quand on achète de la viande et qu’on la met dans du papier imprimé, l’encre peut coller à la viande. Pour les beignets aussi, l’huile mouille complètement le papier », témoigne-t-elle. Elle privilégie les emballages destinés à l’usage alimentaire. « Je préfère qu’on utilise les sachets plutôt que les papiers imprimés. Sinon, au moins des feuilles vierges peuvent être utilisées pour les pains.», ajoute-t-elle.
Du côté des vendeurs, l’utilisation du papier s’explique surtout par des contraintes pratiques. Aïcha M., vendeuse de beignets, explique avoir recours à cette méthode lorsqu’un client ne dispose pas d’un récipient. « J’utilisais le papier pour emballer les beignets quand les sachets étaient interdits. Mais maintenant, je préfère utiliser les sachets. Je demande aussi aux clients de venir avec leurs tasses », explique-t-elle. Cependant, certaines situations l’obligent encore à utiliser du papier. « Parfois, un client ne vient pas avec une tasse et les beignets sont encore chauds. La personne ne peut pas les tenir directement avec le sachet. Dans ce cas, je suis obligée d’utiliser le papier », précise-t-elle.
Des risques aux multiples facettes
Pour Chérif Mohamedine Mohamed, spécialiste en santé publique, le problème ne se limite pas à la propreté apparente du papier. Les journaux et autres papiers imprimés ordinaires ne sont généralement pas conçus pour être en contact direct avec les aliments. « Les encres utilisées pour l’impression peuvent contenir différents composants chimiques. Certains peuvent migrer du papier vers les aliments, notamment lorsque ceux-ci sont chauds, gras ou humides », explique-t-il. Le risque peut ainsi être plus important lorsque des aliments comme la viande, les frites ou les beignets chauds sont directement déposés sur un journal. Certains papiers et encres peuvent notamment contenir des hydrocarbures d’huiles minérales. Une exposition répétée à certaines substances peut présenter des risques pour la santé. Toutefois, le niveau de risque dépend de la substance concernée, de la quantité susceptible de migrer vers l’aliment et de la durée d’exposition.
La chaleur, l’humidité et la présence de matières grasses peuvent également favoriser le transfert de certaines substances du papier vers les aliments. Au-delà des encres, l’hygiène constitue une autre source de préoccupation. Un journal peut avoir été manipulé par plusieurs personnes, posé sur des surfaces souillées ou exposé à la poussière et aux insectes. Des micro-organismes présents sur sa surface peuvent alors entrer en contact avec les aliments. « Le papier ne constitue pas une protection contre les bactéries, les virus ou les parasites », souligne le spécialiste. Les personnes particulièrement vulnérables aux infections alimentaires, notamment les jeunes enfants, les femmes enceintes et les personnes âgées, doivent faire l’objet d’une attention particulière. Pour réduire les risques, les vendeurs et les consommateurs sont invités à éviter le contact direct entre les aliments et les journaux ou autres papiers imprimés. Les emballages spécialement conçus pour le contact alimentaire, notamment les papiers et cartons alimentaires, les sachets et les récipients adaptés, constituent des solutions plus appropriées.
Le choix de l’emballage doit également tenir compte de la température et de la nature de l’aliment. Un produit chaud, gras ou humide nécessite un matériau adapté afin de limiter les risques de contamination ou de migration de substances. Les services compétents ont également un rôle à jouer dans la sensibilisation des vendeurs et des consommateurs. Des contrôles réguliers et une meilleure information sur les matériaux autorisés pour l’emballage des aliments pourraient contribuer à réduire cette pratique.
Aïmadji Sylvie












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